Classes préparatoires de Dalaba : Critères, épreuves, filières, classement au Figaro… Le Dr Mamadou Nassirou Diallo dit tout

Mamadou Nassirou Diallo : « Aux CPGE de Dalaba, notre ambition est de conduire les meilleurs étudiants vers les plus grandes écoles d’ingénieurs »

CONAKRY- Deux promotions, un taux de réussite de 100 %, des admissions dans plusieurs grandes écoles d’ingénieurs en France et au Maroc, ainsi qu’une reconnaissance internationale. Dans cet entretien exclusif accordé à Africaguinee.com, le responsable pédagogique des Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) de Dalaba revient sur les ambitions de cette école d’excellence, les critères de sélection, les débouchés offerts aux étudiants et les défis à relever pour former davantage d’ingénieurs guinéens. (Première partie).

AFRICAGUINEE.COM:  Les résultats du baccalauréat sont désormais connus. Quel message souhaitez-vous adresser aux nouveaux bacheliers cette année ?

DR MAMADOU NASSIROU DIALLO : Je commencerais par les féliciter pour le travail accompli jusqu’à l’obtention du baccalauréat, en particulier avec mention. Ensuite, je souhaite les éclairer sur les opportunités d’études supérieures. C’est un choix vaste qu’il faut effectuer de manière avisée. Parmi les options disponibles en Guinée, il y a les classes préparatoires de Dalaba.

Beaucoup de nouveaux bacheliers ont entendu parler des CPGE sans vraiment en connaître le fonctionnement. Pouvez-vous nous expliquer ce concept à Dalaba ?

Les Classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) de Dalaba constituent la première étape du parcours de formation d’un futur ingénieur. Il s’agit d’un modèle inspiré du système français, qui repose sur deux années de préparation intensive.

Durant ces deux années, les étudiants suivent une formation pluridisciplinaire. Ils acquièrent de solides bases dans les matières scientifiques, notamment les mathématiques, la physique, la chimie, l’informatique et les sciences de l’ingénieur. En parallèle, ils suivent également des enseignements en français, en philosophie, en anglais et en culture générale.

L’objectif est de leur offrir une formation complète, sans les orienter trop tôt vers une spécialité. Cette approche leur permet de développer des compétences scientifiques, mais aussi des capacités d’analyse, de réflexion et de communication.

À l’issue des deux années de préparation, les étudiants passent les concours d’accès aux grandes écoles d’ingénieurs. Les épreuves écrites sont organisées directement à Dalaba, grâce à l’accord obtenu auprès des autorités françaises, qui reconnaissent les CPGE de Dalaba comme centre d’épreuves écrites à l’étranger pour les concours d’accès aux grandes écoles.

Les candidats admissibles se rendent ensuite en France pour passer les épreuves orales. Ces entretiens permettent aux jurys d’évaluer leur maîtrise des connaissances, leur capacité de raisonnement ainsi que leur aptitude à résoudre des problèmes face à des enseignants. À l’issue de ce processus, les étudiants admis intègrent les grandes écoles d’ingénieurs, en France ou dans d’autres pays partenaires, où ils poursuivent les trois années restantes de leur cursus d’ingénieur.

Quels sont les profils recherchés pour intégrer les CPGE de Dalaba ?

Bien que le modèle préparatoire soit théoriquement ouvert à divers profils, la phase de mise en place en Guinée a débuté avec la filière Mathématiques, Physique et Sciences de l’Ingénieur (MPSI), destinée principalement aux bacheliers en Sciences Mathématiques.

Depuis l’année dernière, nous avons élargi le recrutement aux bacheliers en Sciences Expérimentales. Ils peuvent s’orienter vers la filière Économie et Statistique à Dalaba ou viser, via le même concours, l’INP-HB en Côte d’Ivoire dans des filières orientées vers la biologie ou la Physique-Chimie (PC).

La sélection se fait-elle uniquement sur la base des résultats du baccalauréat ?

Non, d’autres critères entrent en ligne de compte. Pour être autorisé à passer le test de sélection, le candidat doit :

 -Être bachelier de la session en cours (session 2026).

 -Avoir obtenu une moyenne minimale de 12/20 (mention Assez Bien ou plus).

 -Être âgé de 22 ans maximum au 31 décembre 2026.

Les candidats répondant à ces critères passent un test de sélection étalé sur deux jours :

 Jour 1 : Une épreuve commune sous forme de QCM évaluant la culture scientifique et littéraire (en partenariat avec la Côte d’Ivoire).

 Jour 2 : Deux épreuves complémentaires de 3 heures chacune en mathématiques et en physique.

Ce test nous permet d’évaluer le niveau global de l’étudiant et de s’assurer qu’il possède le bagage intellectuel requis pour suivre ce rythme exigeant.

Quelles sont les filières proposées au sein des CPGE de Dalaba ?

Le fonctionnement des CPGE est un peu différent de celui des universités. Au départ, les étudiants ne choisissent pas une spécialité. Ils intègrent une classe préparatoire à vocation généraliste. Nous proposons aujourd’hui deux filières. La première est la filière Mathématiques, Physique et Sciences de l’ingénieur (MPSI). Elle offre une formation scientifique très large. À l’issue des deux années de préparation, les étudiants peuvent s’orienter vers de nombreuses spécialités : informatique, mécanique, aéronautique, génie civil, intelligence artificielle, industrie, mines ou encore finance.

La seconde est la filière Économie et Statistiques. Elle est davantage orientée vers les mathématiques appliquées, la finance, les statistiques, la science des données (data science) et les métiers liés à l’analyse et au traitement des données. Ces deux parcours offrent une base solide qui permet ensuite aux étudiants de choisir la spécialité correspondant le mieux à leur projet professionnel.

Comment se déroule concrètement la formation et à quoi les étudiants doivent-ils s’attendre en termes de rythme de travail et d’encadrement ?

La formation est particulièrement exigeante. Les étudiants suivent entre 36 et 40 heures de cours en présentiel chaque semaine.

L’équipe pédagogique est composée d’enseignants guinéens, mais aussi de professeurs venus de Tunisie et de France. Le rythme de travail est très soutenu. Dès le début des cours, le 1er septembre, les enseignements s’enchaînent sans interruption.

Le volume horaire est important et le programme est identique à celui des autres classes préparatoires partenaires, qu’elles soient en France, au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou dans d’autres pays. Les étudiants préparent les mêmes concours et doivent donc maîtriser l’intégralité du programme. Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre du retard. Si le programme n’est pas achevé au terme des deux années, les étudiants seraient désavantagés face aux autres candidats lors des concours.

Les étudiants bénéficient-ils de bourses ou d’autres avantages pendant leur formation ?

Effectivement. Les CPGE fonctionnent selon un régime d’internat. Les étudiants sont logés sur le campus de Dalaba et bénéficient d’une bourse d’excellence accordée par le ministère de l’Enseignement supérieur. Nous privilégions cette organisation afin de garantir un encadrement de proximité. Nous suivons chaque étudiant au quotidien pour identifier ses difficultés, valoriser ses points forts et l’accompagner tout au long de son parcours. Les étudiants sont logés, nourris et disposent également de moyens de transport assurant les déplacements entre les résidences universitaires et les salles de cours.

Quels débouchés s’offrent aux étudiants après les deux années de classes préparatoires ?

Les débouchés sont très nombreux. Il serait difficile de tous les énumérer. En réalité, la seule filière à laquelle les classes préparatoires ne donnent pas accès est celle de la médecine et, plus largement, des études de santé. En dehors de ce domaine, les possibilités sont très vastes. Les étudiants peuvent poursuivre leur parcours dans des écoles d’ingénieurs spécialisées en aéronautique, informatique, intelligence artificielle, génie civil, bâtiment, industrie, mines, mécanique, finance, science des données et bien d’autres disciplines scientifiques et techniques. À l’issue de leur cursus, ils obtiennent un diplôme d’ingénieur, reconnu au grade de master.

Au terme des deux années de préparation, nous accompagnons chaque étudiant dans son orientation en fonction de son niveau, de ses résultats et de son projet professionnel. Ce qu’il faut également préciser, c’est qu’après les épreuves écrites organisées à Dalaba et les épreuves orales passées en France, les étudiants sont classés en fonction de leurs performances. Ce classement détermine ensuite leur affectation dans les différentes écoles d’ingénieurs.

Les établissements les plus prestigieux sélectionnent d’abord les candidats les mieux classés. Les autres écoles recrutent ensuite progressivement les étudiants en fonction de leur rang. Ainsi, chaque candidat intègre l’école correspondant à son classement, qu’il s’agisse de l’École polytechnique, des Écoles des Mines, de CentraleSupélec ou d’autres grandes écoles d’ingénieurs françaises.

Les diplômés des CPGE ont-ils accès aux grandes écoles internationales ?

Oui, tout à fait. Il est important de rappeler que les étudiants issus des CPGE peuvent accéder aux plus prestigieuses grandes écoles internationales, notamment en France. Je pense, par exemple, à l’École des Ponts ParisTech, aux Écoles des Mines, à CentraleSupélec ou encore à l’École polytechnique.

L’accès à ces établissements se fait exclusivement par concours. Ce n’est pas une formation à laquelle on peut accéder simplement en s’acquittant de frais de scolarité, même lorsque l’on en a les moyens.

Autrement dit, ce sont les résultats et le niveau académique de l’étudiant qui déterminent son admission. Les concours restent la seule voie d’accès à ces écoles d’excellence. Les classes préparatoires constituent précisément le parcours conçu pour préparer les étudiants à ces concours très sélectifs, que ce soit à Dalaba ou dans d’autres pays disposant du même système.

Disposez-vous de statistiques sur les premières promotions ?

Cette année, nous sommes en pleine campagne de recrutement de la quatrième promotion. À ce jour, deux promotions ont déjà achevé leur cycle de classes préparatoires. La première est sortie l’année dernière. Elle comptait 39 étudiants et tous ont intégré une école d’ingénieurs où ils poursuivent actuellement leur formation.

La deuxième promotion vient également d’achever son parcours. Les premiers résultats, déjà publiés sur les canaux de communication du ministère, font état d’un taux de réussite de 100 %. Tous les étudiants admis ont obtenu une ou plusieurs propositions d’admission. Certains ont été retenus dans deux écoles d’ingénieurs, d’autres dans trois, voire quatre établissements.

Ils ont ainsi la possibilité de poursuivre leurs études dans de prestigieuses écoles d’ingénieurs en France ou au Maroc, notamment à Centrale Casablanca et aux Arts et Métiers de Rabat. Chacun effectue ensuite son choix en fonction de son projet de formation, de la spécialité qu’il souhaite intégrer et de ses perspectives professionnelles.

En quoi les CPGE de Dalaba constituent-elles une alternative aux universités classiques ?

C’est un complément plutôt qu’une alternative. Le système de sélection par concours permet d’orienter des étudiants vers des cursus d’ingénieurs internationaux qui ne sont pas directement accessibles via le parcours universitaire traditionnel.

Récemment, le journal Le Figaro, en France, a publié le classement des meilleures Classes préparatoires aux Grandes écoles (CPGE), et les CPEG de Dalaba en font partie. Qu’est-ce qui a permis d’obtenir ce résultat ?

C’est avant tout notre rapidité à atteindre ce niveau. Nous en sommes seulement à notre troisième année d’existence. En trois ans, la première promotion sortie de nos classes a intégré un grand nombre de grandes écoles en France. Ce classement a été établi en prenant en compte l’ensemble des classes préparatoires situées hors de France. Il existe aujourd’hui des classes préparatoires en Chine, en Inde, mais aussi au Maroc, en Tunisie, au Sénégal, en Mauritanie et dans plusieurs autres pays.

Ce classement montre que les efforts que nous fournissons portent leurs fruits et que notre travail est désormais reconnu à l’international. En France, un journal comme Le Figaro identifie désormais qu’il existe, en Guinée, une école d’excellence capable d’accompagner des étudiants guinéens jusqu’au même niveau qu’un étudiant ayant suivi une classe préparatoire à Paris.

Certains bacheliers peuvent toutefois être intimidés par le processus de sélection et le niveau d’exigence de ces classes préparatoires. Que leur répondez-vous ?

La première chose que je dis souvent à la rentrée, c’est qu’il ne faut jamais forcer quelqu’un à intégrer une classe préparatoire. C’est un parcours qui demande énormément d’efforts. Ce sont deux années de sacrifice.

Nous le répétons constamment : pendant ces deux ans, les étudiants doivent accepter de mettre beaucoup de choses de côté. Les réseaux sociaux, les loisirs, parfois même la vie de famille. Ils travaillent du matin au soir, la nuit, les week-ends, tous les jours. C’est un rythme qui n’a rien à voir avec celui du lycée, ni même avec celui de l’université.

À l’université, l’objectif est souvent d’obtenir la moyenne pour passer en année supérieure. En classe préparatoire, ce n’est pas une moyenne que l’on recherche. Ce qui compte, c’est le classement parmi des milliers de candidats à travers le monde.

Il suffit de relâcher ses efforts un instant pour qu’un autre prenne votre place. C’est pourquoi nous avons recruté des enseignants dont la mission ne se limite pas à terminer le programme : ils doivent aussi préparer les étudiants à intégrer les grandes écoles. Ainsi, ceux qui choisissent de venir à Dalaba doivent être profondément motivés et avoir une réelle envie de réussir.

Sans cette volonté, ils auront beaucoup de difficultés à tenir le rythme. Dès la troisième semaine, nous commençons les interrogations orales ainsi que les devoirs surveillés. Chaque samedi, les étudiants composent pendant quatre heures sur table. Chaque copie est minutieusement corrigée et évaluée.

Nous assurons également un suivi personnalisé. Lorsqu’un étudiant est absent une seule journée, nous le savons immédiatement. L’assiduité est indispensable. Même une semaine d’absence pour cause de maladie peut avoir des conséquences importantes. C’est pourquoi nous disposons d’un service médical et, lorsque c’est nécessaire, nous accompagnons les étudiants vers une structure de santé afin qu’ils reprennent rapidement les cours.

Si un étudiant prend du retard, se repose sur ses acquis ou attend deux ou trois semaines avant de commencer à réviser sérieusement, son année est pratiquement compromise. Nous le leur expliquons dès le début. Beaucoup n’y croient pas, mais après trois, quatre ou cinq mois, ils réalisent qu’ils ont commis des erreurs. Ils essaient alors de se rattraper, mais il est souvent trop tard.

Avez-vous déjà enregistré des cas de démission en raison du niveau d’exigence ?

Nous n’avons pas connu de démissions, car nous échangeons beaucoup avec les étudiants. Pour les deux premières promotions, nous avons fait preuve d’une certaine indulgence. Comme nous étions au début du projet, nous faisions face à plusieurs difficultés, notamment en matière de logistique et d’hébergement.

Même lorsque certains étudiants rencontraient des difficultés, nous les avons accompagnés jusqu’aux concours. Pour quelques-uns, nous avons même facilité leur départ en Chine, dans le cadre du partenariat que nous avons développé, afin qu’ils y poursuivent une formation de cinq ans.

En revanche, cette année, nous avons dû nous séparer de neuf étudiants de première année, car le niveau attendu n’était pas atteint. Nous avançons progressivement vers une culture de l’excellence.

Si un étudiant ne possède pas le niveau requis, il ne peut pas accéder à la deuxième année. Nous préférons offrir cette place à un nouveau candidat qui pourra intégrer la première année et poursuivre le parcours dans de meilleures conditions. C’est cette exigence qui nous permet de maintenir la qualité de la formation.

L’an dernier, le concours d’entrée se déroulait sur une seule journée et consistait essentiellement en un questionnaire à choix multiples (QCM). Cette année, il s’étendra sur deux jours. Nous avons également ajouté de nouvelles épreuves afin d’évaluer les candidats de manière plus complète et plus rigoureuse.

A suivre!

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 7 août 2026 08:27

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