N’Zérékoré : Un pont vital s’effondre à Palé, toute une sous-préfecture au bord de l’isolement

NZEREKORE-Chaque saison des pluies ramène les mêmes inquiétudes à Palé, une sous-préfecture située à une cinquantaine de kilomètres de Nzérékoré. Cette année encore, le pont de Tohonyala, érigé sur la rivière du même nom entre Pamporé et Palé, est devenu le principal cauchemar des habitants. Malgré plusieurs journées de travaux communautaires organisées par les autorités locales et les citoyens, l’ouvrage reste fortement dégradé, paralysant la circulation des personnes et des marchandises.

Le dimanche 2 août 2026, jour du marché hebdomadaire de Palé, la situation a atteint son paroxysme. Plusieurs véhicules de transport et de nombreux commerçants sont restés immobilisés de longues heures devant le pont, incapables de poursuivre leur trajet. Une scène qui compromet sérieusement les échanges commerciaux et l’approvisionnement de cette localité reconnue pour son important potentiel agricole.

Pour éviter une rupture totale de la circulation, les autorités locales, les présidents de districts, les chefs de secteurs, les sages et les jeunes se sont mobilisés ces derniers jours afin de renforcer provisoirement le pont à l’aide de madriers.

« Nous avons une piste rurale qui était presque coupée. Seuls les petits engins et les motos pouvaient passer. Comme notre marché hebdomadaire se tient le dimanche, nous avons décidé de nous mobiliser pour permettre aux gros porteurs d’accéder à Palé. C’est une question de développement », explique le sous-préfet de Palé, Ciné Traoré.

Selon lui, depuis le début des travaux, les habitants des différents districts se relaient bénévolement pour transporter les madriers, renforcer le pont et réparer les portions les plus dégradées de la route.

« Depuis 8 heures, nous sommes sur le terrain. Nous sommes allés chercher les bois à près de huit kilomètres d’ici. Je remercie sincèrement la jeunesse, les présidents de district, les conseillers et toute la population de Palé pour cet engagement volontaire. Il n’y a pas de développement sans volontariat », souligne-t-il.

Toutefois, le représentant de l’État reconnaît que ces efforts communautaires atteignent aujourd’hui leurs limites. « Il y a des travaux que nous pouvons réaliser avec notre propre force, mais il y en a d’autres qui nécessitent des moyens financiers importants. C’est pourquoi nous lançons un appel au gouvernement, au préfet, au gouverneur, au ministre en charge de l’Aménagement du territoire ainsi qu’aux ressortissants de Palé vivant ailleurs, afin qu’ils viennent soutenir le développement de notre sous-préfecture », plaide-t-il.

Le président du district de Palé 2, Dankoly Haba, partage le même constat. Après plusieurs journées de travaux communautaires, il estime que seule une intervention de l’État permettra de sortir définitivement cette route de son état de dégradation.

« Le travail nous a énormément fatigués. Aujourd’hui, nous demandons au gouvernement de nous aider avec un projet de reprofilage de la route Pamporé-Palé. Beaucoup de dalots réalisés avec des tuyaux sont aujourd’hui complètement dégradés. Il faut construire de véritables ouvrages sur les rivières et améliorer également les pistes rurales reliant Palé aux villages environnants », sollicite-t-il.

De son côté, le maire de la commune rurale de Palé, Moussa 2 Lamah, rappelle les importants sacrifices consentis par la population ces dernières semaines.

Selon lui, trois villages se sont mobilisés pour couper et transporter quatre grands madriers de dix mètres de longueur afin de renforcer le pont. Le transport des bois a coûté plus de 2,3 millions de francs guinéens, tandis que le reste des travaux a été réalisé grâce au volontariat des habitants et à l’appui de quelques ressortissants de la localité.

« Nous avions également installé plusieurs supports sous le pont, mais les fortes pluies de la nuit dernière les ont déplacés. Sous le poids d’un véhicule, une partie de l’ouvrage a encore cédé », regrette le maire.

Pour l’élu local, la solution durable passe inévitablement par la construction d’un ouvrage moderne. « Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est un double dalot en béton armé. Le débit de cette rivière est très important pendant l’hivernage. Les solutions provisoires ne résistent plus aux intempéries », insiste-t-il.

Au-delà des difficultés de circulation, les conséquences économiques deviennent particulièrement préoccupantes pour cette zone essentiellement tournée vers l’agriculture.

« Les produits agricoles arrivent difficilement sur les marchés. Les bananes, les avocats et plusieurs autres récoltes pourrissent parfois avant même d’atteindre leur destination. C’est un impact très négatif pour nos producteurs », déplore Moussa 2 Lamah.

À Palé, les populations continuent donc de compter sur leur courage et leur solidarité pour maintenir un minimum de circulation. Mais face à la dégradation avancée du pont de Tohonyala, elles estiment qu’une intervention urgente des autorités est désormais indispensable afin de désenclaver cette sous-préfecture agricole et préserver les activités économiques dont dépendent des milliers d’habitants.

Paul Foromo SAKOUVOGUI,

Correspondant Régional d’Africaguinee.com

En Guinée Forestière.

Tel. (00224) 628 80 17 43 

Créé le 3 août 2026 10:00

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