Conakry: pourquoi le prix du poisson est devenu « hors de portée » sur les marchés ?
CONAKRY- Le prix du poisson connaît une hausse sur les marchés de Conakry. Au marché de Madina, un des principaux centres d’approvisionnement de la capitale, de nombreux consommateurs affirment avoir réduit leurs achats face à cette augmentation.
Les vendeuses expliquent que les mauvaises conditions météorologiques rendent les activités de pêche plus difficiles. Les fortes pluies, les vents violents et la mer agitée limitent les sorties des pêcheurs, entraînant une baisse de l’approvisionnement sur les marchés. Aïssatou Diallo, grossiste en poisson, témoigne : « Depuis le début des pluies, les pêcheurs ramènent moins de poisson. Nous achetons plus cher auprès des fournisseurs et nous sommes obligées d’augmenter les prix pour éviter de vendre à perte. »
Même constat chez Fatoumata Camara, détaillante : « Les clients pensent que nous augmentons les prix volontairement, mais nous vendons en fonction du coût d’achat. Cette année, le poisson est devenu plus rare pendant l’hivernage », explique-t-elle.

Du côté des consommateurs, cette hausse des prix est difficile à supporter. Mamadou Bah affirme qu’il ne peut plus acheter la même quantité qu’auparavant. « Avec mon budget habituel, je repars aujourd’hui avec beaucoup moins de poisson. Nous sommes obligés de chercher d’autres aliments pour nourrir la famille », regrette-t-il.
Pour Mariama Sylla, mère de famille, cette situation pèse lourdement sur les dépenses du ménage. « Le poisson est un aliment que nous consommons presque chaque jour. Quand son prix augmente, tout notre budget est déséquilibré », confie-t-elle.
Ousmane Camara, pécheur au port de Bonfi explique les difficultés rencontrées pendant l’hivernage. « Pendant l’hivernage, nous, les pêcheurs, rencontrons beaucoup de difficultés. Avec les fortes pluies et le mauvais état de la mer, il devient parfois très difficile de sortir pour aller pêcher. Le vent est souvent fort et les vagues sont dangereuses, ce qui peut mettre nos vies en danger. Nous avons également des difficultés à conserver et à vendre correctement nos poissons. À cause des pluies, l’accès au port devient compliqué, et parfois nous ne pouvons pas travailler normalement. Cette situation réduit nos revenus et rend la vie difficile pour nos familles, qui dépendent en grande partie de notre activité. Nous demandons donc aux autorités de nous accompagner davantage, notamment en améliorant les infrastructures des ports et en renforçant les moyens de sécurité pour nous permettre de travailler dans de meilleures conditions pendant la saison des pluies. »

Alors que les commerçantes et les pêcheurs espèrent une amélioration des conditions de pêche dans les prochaines semaines afin que l’approvisionnement revienne à la normale, les consommateurs continuent de faire face à la flambée des prix sur les marchés de Conakry. Depuis le 1er juillet dernier, la campagne de repos biologique 2026 est entrée en vigueur. Et elle se poursuivra jusqu’ au 31 août 2026. Durant cette période, la pêche industrielle et semi-industrielle est suspendue dans la zone comprise entre la ligne de base et les 60 milles nautiques. En revanche, la pêche artisanale demeure autorisée, afin d’assurer l’approvisionnement régulier des marchés en produits halieutiques. Mais malgré cette autorisation, les défis sont entiers.
Interrogé, Fodé Idrissa Kallo, membre de la Fédération nationale des pêcheurs artisans de Guinée a expliqué les principales raisons de la hausse du prix du poisson. Selon lui, la hausse des prix observée actuellement sur les marchés s’explique par plusieurs facteurs conjoncturels et structurels. Il cite entre autres :
- La baisse de l’offre immédiate due aux difficultés de capture en cette période de forte perturbation climatique.
- L’augmentation des charges opérationnelles pour les pêcheurs (carburant, maintenance des équipements et des pirogues face aux intempéries).
- Les défis logistiques et de conservation au niveau des débarcadères, qui manquent encore cruellement d’infrastructures frigorifiques adéquates pour stocker et valoriser les captures.
A ces défis s’ajoutent l’impact de l’hivernage sur les activités de la pêche artisanale. « L’hivernage est une période particulièrement rude et délicate pour la pêche artisanale. Les conditions météorologiques se dégradent fortement (vents violents, tempêtes, houle importante), ce qui rend la navigation non seulement difficile mais extrêmement risquée pour les pirogues artisanales, souvent limitées en termes d’équipements de sécurité et de motorisation », a-t-il souligné.

M. Kallo explique également que les sorties (des pêcheurs) en mer connaissent une baisse drastique pendant cette saison. « Par mesure de prudence et face aux alertes météorologiques, de nombreux capitaines de pirogues choisissent de rester à quai. Cette réduction mécanique du nombre de jours de pêche pèse lourdement sur le volume global de poisson débarqué sur la côte », a-t-il dit.
Cette situation entraîne une baisse des captures. « C’est une suite logique : moins de sorties en mer et des conditions de travail difficiles entraînent mathématiquement une diminution des volumes capturés. À cela s’ajoute la pression continue exercée par la pêche industrielle au large, qui complique encore davantage l’accès à la ressource pour nos pirogues », déclare cet acteur de la pêche artisanal.
Les espèces de poissons les plus touchées
Ce sont principalement les espèces côtières et pélagiques – celles qui constituent l’essentiel de l’alimentation populaire et abordable (comme les sardines ou les ethmaloses) – qui subissent le plus le contrecoup de ces perturbations environnementales et des modifications de leurs zones de nurserie dans les mangroves.
Pour prévenir toute pénurie durable et stabiliser les prix au profit des consommateurs, plusieurs actions urgentes, il plaide pour un renforcement des infrastructures de débarquement et de conservation. « Il faut aussi moderniser nos quais et développer la chaîne du froid (chambres froides, unités de transformation) pour éviter les pertes post-capture ».

Il plaide aussi pour le dialogue et développement de l’aquaculture et la pêche dans les différents bassins versants pour diversifier et sécuriser l’approvisionnement local en protéines. « Il est nécessaire de travailler main dans la main avec l’administration et l’ensemble des acteurs de la filière pour optimiser la gestion des périodes de repos biologique et encadrer rigoureusement l’accès à la ressource », a-t-il formulé.
Perspectives d’évolution pour les prochains mois
Selon les spécialistes, la situation devrait s’améliorer progressivement à la fin de l’hivernage, lorsque la météo redeviendra plus clémente et permettra une reprise normale des activités en mer. Néanmoins, ils estiment que pour briser ce cycle récurrent, il est impératif « d’accélérer la modernisation des infrastructures de débarquement, d’améliorer le plan de carrière et la sécurité sociale des acteurs de la pêche, et de renforcer la surveillance participative pour protéger durablement nos écosystèmes côtiers et nos mangroves ».
Alpha Oumar Barry (stagiaire)
Créé le 3 août 2026 05:41Nous vous proposons aussi
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