Inclusion financière : la Guinée lance « Nimba Pay », sa nouvelle plateforme de paiement instantané, inclusif et interopérable
CONAKRY – Le système financier guinéen vient de franchir un cap historique. Ce mardi 22 juillet 2026, l’amphithéâtre de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) a servi de cadre au lancement officiel de « Nimba Pay », la nouvelle plateforme nationale de paiement instantané, inclusif et interopérable. Présidée par le Premier ministre, chef du Gouvernement, Amadou Oury Bah, cette cérémonie consacre une véritable révolution numérique destinée à interconnecter les banques, les institutions de microfinance et les opérateurs de mobile money.

Inspirée du « Nimba », célèbre emblème de la fertilité et de la prospérité nationale, la plateforme permet désormais à chaque citoyen d’envoyer, de recevoir et de payer de l’argent de manière fluide, sécurisée et instantanée, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, selon le gouverneur de la BCRG.
Un record industriel de 127 jours pour bâtir la souveraineté monétaire
Conçu en Guinée et opéré par des équipes guinéennes, Nimba Pay repose sur une infrastructure publique numérique propulsée par la technologie open source Mojaloop. Un choix fort de souveraineté pour l’État guinéen.
Lors de son allocution, Aly Badara Bérété, directeur général de la Guinéenne de la Monétique (GuiM), n’a pas caché sa fierté face à l’exploit technique réalisé par les ingénieurs locaux et l’intégrateur ThitsaWorks. « Pendant longtemps, les paiements électroniques ont évolué en silos, limitant l’innovation et freinant l’inclusion financière. Avec Nimba Pay, cette époque appartient désormais au passé. En seulement 127 jours ouvrés — moins de six mois —, nous avons livré cette infrastructure. C’est un record absolu dans l’industrie des paiements », a-t-il déclaré.

À partir d’aujourd’hui, la Guinée franchit une étape décisive, a-t-il enchaîné. « Nous connectons l’ensemble de l’écosystème financier national autour d’une plateforme unique, neutre et sécurisée. Nous rendons possible l’interopérabilité. Nous rendons les paiements instantanés. Nous facilitons les transferts d’argent. Nous simplifions les paiements marchands. Et surtout, nous créons les fondations sur lesquelles pourront se développer de nouveaux services financiers au bénéfice des citoyens, des entreprises et de l’État », a précisé le directeur général de la Guinéenne de la Monétique (GuiM).

Cette prouesse a été rendue possible grâce à l’appui stratégique de la fondation panafricaine AfricaNenda. Représentée par son directeur général adjoint, M. Akinwale Goodluck, la fondation a salué le leadership guinéen.
« La Guinée rejoint désormais le nombre croissant de pays africains qui investissent dans des infrastructures modernes. Après le Rwanda et le Liberia, elle devient le troisième pays où AfricaNenda accompagne avec succès un tel lancement », a-t-il indiqué.

Présidant la cérémonie, le Premier ministre Amadou Oury Bah a donné une dimension hautement politique et historique à cette réforme, liant de manière directe la stabilité de la monnaie à celle de la paix sociale en Guinée :
« La Guinée a souffert depuis son indépendance à cause de son incapacité à gérer de la manière la plus idoine sa masse monétaire et sa politique monétaire. Toutes les crises politiques et sociales depuis l’indépendance vont de pair avec des crises financières. Donc, si vous observez les crises financières, vous pouvez anticiper les crises politiques et sociales qui vont intervenir. »

« La refondation n’est pas simplement une question d’institutions ou d’infrastructures. C’est aussi, fondamentalement, la monnaie : sa structure, son fonctionnement, sa vitesse de circulation. C’est une journée historique parce qu’on touche du doigt le vrai problème », a déclaré le chef du Gouvernement.
Du PIX brésilien à l’UPI indien : le défi crucial de l’adoption par les banques
Pour sa part, le gouverneur de la BCRG, Dr Karamo Kaba, a rappelé les progrès spectaculaires de l’inclusion financière en Guinée, où le taux d’accès aux comptes financiers est passé de 4 % en 2011 à près de 36 % en 2024. Nimba Pay doit désormais servir d’accélérateur pour intégrer les 64 % de Guinéens restants.

« En lançant officiellement Nimba Pay, le système de paiement instantané et inclusif de la République de Guinée, nous mettons en service bien plus qu’une simple plateforme technologique. Nous dotons notre nation d’une infrastructure de paiement moderne, souveraine et interopérable, appelée à transformer durablement les échanges économiques, à accélérer la modernisation de notre système financier et à promouvoir davantage l’inclusion financière », a souligné le gouverneur de la BCRG.
Au regard des résultats enregistrés, le taux d’accès aux comptes financiers est passé de 4 % en 2011 à près de 36 % en 2024, grâce notamment au développement de la monnaie électronique. Le Dr Karamo Kaba estime que ces résultats sont encourageants, même si les systèmes de paiement demeuraient fragmentés, rendant les transferts entre institutions parfois lents, coûteux, voire impossibles.
« Désormais, chaque Guinéen pourra envoyer ou recevoir de l’argent instantanément, en toute sécurité, d’une banque vers une autre, d’un établissement de monnaie électronique vers un autre ou d’une institution de microfinance vers une autre, à tout moment et partout sur le territoire », a-t-il ajouté.

L’interopérabilité devient donc une réalité au service de tous.
Selon le gouverneur de la BCRG, au-delà des paiements instantanés, Nimba Pay constitue un levier stratégique pour renforcer l’inclusion financière, réduire les coûts de transaction, sécuriser les paiements, protéger les utilisateurs et préparer les prochaines étapes de la transformation numérique du pays, notamment les paiements de l’État et les paiements transfrontaliers.
Cependant, comme l’a souligné Elhadj Mohamed Lamine Conté, premier vice-gouverneur de la BCRG, PCA de la GuiM et président du Comité de pilotage, le succès ne résidera pas dans les fastes de la cérémonie, mais dans l’utilisation concrète de l’outil :

« Les expériences internationales, du PIX au Brésil à l’UPI en Inde, en passant par le GHIPSS au Ghana, nous livrent une leçon constante. Le succès de Nimba Pay dépendra du nombre de Guinéens qui feront de ce système leur réflexe quotidien. J’invite les institutions financières de la première cohorte à faire vivre le service et celles non connectées à rejoindre le mouvement sans attendre. Ce n’est pas une contrainte réglementaire, c’est une opportunité stratégique. »
La cybersécurité, le « nouveau chantier » de l’État
Tout en déclarant officiellement lancée la plateforme, le Premier ministre Bah Oury a tenu à attirer l’attention du ministre de l’Économie numérique et des Télécommunications sur les nouvelles menaces qui guettent l’écosystème : « En tant que premier vice-président du Comité de la sécurité nationale, nous sommes interpellés. Nous ne sommes pas tout à fait préparés à ces risques et à ces nouvelles menaces. D’où la nécessité d’accentuer les travaux pour contrecarrer toute attaque liée à la cybersécurité. Il faudra que les systèmes mis en place soient robustes. »

La première cohorte d’institutions financières pionnières, comprenant notamment Ecobank, UBA, la Banque islamique, Orange Finances Mobiles Guinée et Cofina, est désormais en première ligne. Les prochaines étapes sont déjà tracées : après les transactions de personne à personne et les paiements marchands, Nimba Pay s’attaquera dès les prochains mois aux paiements gouvernementaux (G2P/P2G) et aux transferts transfrontaliers.

Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 22 juillet 2026 17:47Nous vous proposons aussi
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