Senguélen (Forécariah): le Comité de suivi des impacts du Projet Simandou publie ses 8ᵉ et 9ᵉ rapports…
FORÉCARIAH– Le Comité de suivi des impacts du projet Simandou, avec l’appui de l’ONG Action Mines Guinée, a procédé ce vendredi 17 juillet 2026, dans le district de Senguélen, dans préfecture de Forécariah et dans la sous préfecture Maferinyah, à la restitution de ses 8ᵉ et 9ᵉ rapports trimestriels. La rencontre a mobilisé des représentants des communautés impactées, des autorités locales ainsi que des responsables des sociétés intervenant dans le cadre du projet Simandou.

Cette publication intervient dans un contexte particulier, marqué par les premières exportations de minerai de fer et l’entrée progressive du mégaprojet dans sa phase d’exploitation. Si cette étape est perçue comme un tournant économique majeur pour la Guinée, les représentants des communautés estiment que plusieurs impacts socio-environnementaux demeurent sans solution durable. Dans ces deux rapports couvrant la période de novembre 2025 à mai 2026, le Comité de suivi met notamment en lumière des préoccupations liées à la destruction de matériels de pêche, aux fissures observées sur plusieurs bâtiments à la suite des opérations de dynamitage, à l’envahissement de boue dans le port artisanal de Bakia ainsi qu’aux dommages enregistrés sur certaines terres agricoles.
« Plusieurs plaintes restent sans réponse satisfaisante »
Membre du Comité de suivi des impacts, Bangoura Alkali a indiqué que les rapports mettent l’accent sur plusieurs dossiers qui continuent de susciter l’inquiétude des communautés.

« Dans ce rapport, nous avons pu documenter plusieurs plaintes introduites auprès de la société. Nous continuons d’accompagner les communautés afin que ces réclamations soient effectivement prises en charge. Quatre principales plaintes y figurent : la destruction des filets de pêche des communautés de Matakang , Konimodia et Fria, les fissures enregistrées sur plusieurs bâtiments à Kaleyiré à la suite des opérations de dynamitage, l’envahissement de boue dans le port artisanal de Bakia et les dommages causés à certains domaines agricoles à sounganyah. Ce sont des préoccupations réelles qui affectent directement les moyens de subsistance des populations », a-t-il expliqué.

Selon lui, les solutions apportées jusqu’ici restent insuffisantes. « À ce jour, ces plaintes ne sont pas résolues à cent pour cent. Dans le cas des fissures à Kaléire, il avait d’abord été question de plusieurs bâtiments, y compris des lieux de culte. Finalement, la réponse apportée s’est limitée à la remise d’une tonne de ciment destinée uniquement à la réparation d’une nouvelle mosquée, alors que de nombreuses autres habitations restent endommagées. Nous estimons que cette réponse ne correspond pas à l’ampleur des dégâts constatés. Concernant le port artisanal de Bakia, la plainte a été rejetée à plusieurs reprises. Nous ne demandons pas nécessairement que les entreprises reconnaissent toutes les responsabilités, mais nous souhaitons qu’elles consentent des efforts concrets pour soutenir ces pêcheurs qui ont perdu une partie de leurs moyens de subsistance. C’est tout le sens de ce rapport et de notre plaidoyer. »
« La phase d’exploitation exige davantage de vigilance »
Pour Alpha Amadou Bah, superviseur du Comité de suivi des impacts au sein d’Action Mines Guinée, la publication de ces nouveaux rapports intervient à un moment décisif pour le projet Simandou.

« Depuis 2022, le Comité intervient dans les sous-préfectures de Maférinyah et de Kaback avec une mission essentielle : veiller au respect des droits des communautés impactées par le projet Simandou. Notre travail consiste à documenter les impacts, sensibiliser les populations sur les mécanismes de recours et faciliter le dialogue entre les communautés, les entreprises et les autorités. Les huitième et neuvième rapports sont publiés à un moment où le projet passe progressivement de la phase de construction à celle de production, avec déjà le transport du minerai par train. Cette nouvelle étape rend notre mission encore plus importante parce que les impacts ne disparaissent pas automatiquement avec la fin des travaux », a-t-il rappelé.

Il affirme que plusieurs plaintes restent toujours ouvertes malgré les procédures engagées. « Les rapports présentent notamment un cas de seize pêcheurs de Kaback qui ont déposé une plainte à la suite des impacts enregistrés sur leurs activités. Le Comité a accompagné la formalisation de cette plainte et l’a transmise au mécanisme de gestion des plaintes de l’entreprise. Des investigations ont été menées et certaines informations font état d’indemnisations partielles, que nous analyserons dans nos prochains rapports. Cependant, plusieurs anciens dossiers restent encore sans solution définitive. Au total, quatre plaintes demeurent ouvertes. Les entreprises reçoivent effectivement les plaintes, mais les difficultés apparaissent au moment de leur résolution. Les engagements pris restent parfois superficiels et les mesures proposées ne reflètent pas toujours l’ampleur réelle des dommages subis par les populations. Lorsque vingt et un bâtiments présentent des fissures et que la réponse consiste simplement à offrir une tonne de ciment, il existe manifestement un écart important entre les préjudices constatés et les solutions proposées. »
Les autorités locales appellent au dialogue
Présent à la rencontre, le chef du port adjoint de Sangbon, Bangaly Soumah, a plaidé pour une meilleure prise en compte des préoccupations exprimées par les communautés. « Nous voulons simplement que les préoccupations légitimes des populations soient prises en compte avec sérieux et respect. »

À travers cette restitution, le Comité de suivi des impacts entend poursuivre son plaidoyer afin que les mécanismes de gestion des plaintes débouchent sur des réparations jugées équitables par les communautés concernées, au moment où le projet Simandou entre dans une nouvelle phase de son développement.

Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 18 juillet 2026 13:33Nous vous proposons aussi
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