Consolidation de la paix : « La Guinée a été un véritable laboratoire mondial », selon le chef du système des Nations Unies
CONAKRY – À l’occasion de la célébration en différé de la Semaine de la consolidation de la paix, le Système des Nations Unies en Guinée a organisé, les 8 et 9 juillet 2026, un colloque de haut niveau. Cet événement marque le 20ᵉ anniversaire du Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix (PBF) et ses 19 années d’engagement en République de Guinée.
Placée sous le thème « La consolidation de la paix à l’ONU à l’aube du XXIᵉ siècle : des partenariats pour l’innovation, l’inclusion et l’impact durable », cette rencontre, initiée par le Secrétariat du PBF sous l’égide du Bureau du Coordonnateur résident, en étroite collaboration avec la Primature, a permis de dresser le bilan des acquis tout en esquissant les perspectives futures.

Un parterre de personnalités mobilisé pour la paix
La cérémonie d’ouverture a été présidée par le Premier ministre, Chef du Gouvernement, Amadou Oury Bah, en présence de plusieurs membres du Gouvernement. Diplomates accrédités en Guinée, hauts responsables militaires et paramilitaires – dont le Haut commandant de la Gendarmerie nationale, le Général Balla Samoura –, magistrats, partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants de la société civile, ont également pris part à la rencontre.

Diego Zorrilla : « La Guinée a été un véritable laboratoire mondial »
Prenant la parole, le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies en Guinée, Diego Zorrilla, a salué l’engagement des autorités guinéennes et leur ouverture sur des dossiers sensibles liés à la consolidation de la paix. Il a rappelé la place singulière qu’occupe la Guinée dans l’histoire du Fonds pour la consolidation de la paix : « La Guinée est le deuxième pays au monde récipiendaire du Fonds pour la consolidation de la paix. C’est surtout le premier pays sans conflit actif dans lequel le PBF a opéré. La Guinée a ainsi été un véritable laboratoire à partir duquel nous avons pu exporter de nombreuses connaissances vers d’autres nations », a-t-il déclaré.

Selon lui, plus de 50 projets ont été financés depuis 2007 pour un investissement global de plus de 112 millions de dollars. Le diplomate onusien a également insisté sur le caractère permanent de la consolidation de la paix : « Toutes les sociétés génèrent des conflits. Ce qui distingue les nations, c’est leur capacité à les gérer dans le respect de l’État de droit, avec des systèmes de justice forts et performants. »
Il s’est par ailleurs félicité de la cartographie des conflits réalisée fin 2024, estimant qu’elle a contribué au bon déroulement des processus électoraux de 2025 et 2026.
Luc Briard salue les avancées de la justice transitionnelle
L’ambassadeur de France en Guinée, Luc Briard, a réaffirmé le soutien de son pays au multilatéralisme et aux efforts de consolidation de la paix en Guinée. Le diplomate a notamment salué la tenue du procès des massacres du 28 septembre 2009.
« La communauté internationale vous est éminemment reconnaissante pour tout ce que vous avez fait dans la conduite de ce procès voulu par le Président Doumbouya. Cela montre l’importance d’écouter les victimes, de les protéger et de garantir les témoignages », a-t-il déclaré.

Il a assuré que la France poursuivra son accompagnement de la justice transitionnelle autour de quatre piliers : la vérité, la justice, la réparation et les garanties de non-répétition.
Amadou Oury Bah : « Le changement de paradigme du 5 septembre 2021 a été décisif »
Dans son allocution, le Premier ministre a rappelé qu’il avait lui-même signé, en 2008, l’acte d’engagement de la Guinée au Fonds pour la consolidation de la paix alors qu’il occupait les fonctions de ministre chargé de la Réconciliation nationale.

Rendant hommage aux premiers artisans de cette coopération, notamment Mme Baranga, il a établi un parallèle entre les efforts engagés à l’époque et les réformes actuelles.
« Nous avons connu des hauts et des bas, mais la rupture décisive fut celle du 5 septembre 2021. Sous l’impulsion du Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, la détermination a été forte pour changer totalement de paradigme », a déclaré le Chef du Gouvernement. Selon lui, cette nouvelle orientation a permis de renforcer la confiance entre les citoyens et les forces de défense et de sécurité, tout en favorisant un climat apaisé lors des derniers processus électoraux.
Le défi de la redistribution des richesses
Se projetant vers l’avenir, Amadou Oury Bah a invité les nouveaux exécutifs communaux à privilégier la bonne gouvernance et à lutter contre les pratiques de corruption. « Il faut gérer les collectivités pour servir les citoyens, non pas pour se servir », a-t-il lancé.
Des recommandations pour renforcer la paix

Pendant deux jours, les participants ont pris part à plusieurs panels consacrés aux acquis et aux impacts du PBF en Guinée depuis 2007. Les échanges ont porté sur quatre principales thématiques : la réforme du secteur de la sécurité (RSS), l’autonomisation et la participation des jeunes et des femmes, la cohésion sociale et la réconciliation nationale, ainsi que l’accès aux droits, à la justice et la lutte contre l’impunité.
Animés par des responsables militaires, des représentants de ministères, des magistrats, des experts et des acteurs de la société civile, ces panels ont permis de mettre en lumière les principaux résultats obtenus grâce aux interventions du PBF.
Les participants ont également été répartis en groupes de travail autour de trois axes : l’autonomisation et la participation des jeunes et des femmes, la cohésion sociale et la coopération transfrontalière, ainsi que le climat, la paix et la sécurité.

Selon Boubacar Bah, coordinnateur du Fonds pour la consolidation de la paix en Guinée (Peacebuilding Fund – PBF), ces deux journées de colloque ont pleinement répondu aux attentes. En effet, tous les acteurs ayant collaboré avec le PBF depuis 2007 ont pris part à cette rencontre.
« Nous avons réussi une forte mobilisation, d’abord des acteurs étatiques, des ministères concernés, des organisations de la société civile, du monde académique, des jeunes, des femmes, mais aussi des partenaires. Nous avions les ambassades de plusieurs pays donateurs du PBF, notamment celles de la Belgique, de la France et du Japon. D’autres représentations diplomatiques n’ont pas pu être présentes en raison de contraintes de calendrier, mais elles ont toutes salué cette initiative. Autour de tous ces acteurs, il y avait également la Primature et le Bureau du Coordonnateur résident, qui sont les deux entités chargées de l’administration du Fonds en Guinée, avec l’appui du secrétariat que j’ai l’honneur de coordonner », s’est-il félicité.
Au cours des échanges, la question de la pérennisation des acquis est revenue à plusieurs reprises dans les débats. Pour Boubacar Bah, cette préoccupation est intégrée dès la conception de chaque projet financé par le PBF.
« Dès le départ, nous nous demandons si ce que nous sommes en train de mettre en œuvre est durable. Existe-t-il une entité nationale capable de s’approprier l’initiative et de la poursuivre après notre intervention ? Pendant la mise en œuvre, nous nous assurons également que la stratégie de durabilité est effectivement appliquée. Car sans appropriation nationale, il ne peut y avoir de durabilité. Et cette appropriation ne peut être effective sans l’implication des acteurs concernés », a-t-il expliqué.

Le coordonnateur souligne que deux éléments sont essentiels pour garantir cette durabilité. « Le premier consiste à capitaliser sur les acquis et les bonnes pratiques que nous avons réussi à développer. Car une intervention n’est pas toujours synonyme de succès. »
Le second porte sur les enseignements tirés des difficultés rencontrées. « Les difficultés auxquelles nous avons été confrontés doivent être analysées et partagées afin que ces enseignements profitent aux futures interventions et aux prochains processus de consolidation de la paix auxquels le pays pourrait être confronté. C’est ce qui nous permet de partager ces connaissances et ces expériences au sein de la communauté de pratique du PBF, présente dans une soixantaine de pays. Ainsi, les pays engagés dans de nouvelles initiatives peuvent s’en inspirer. Au-delà du Fonds lui-même, ces expériences peuvent également aider les États à reproduire et à mettre à l’échelle les bonnes pratiques identifiées », a conclu Boubacar Bah.
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 10 juillet 2026 12:40Nous vous proposons aussi
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étiquettes: Guinée, ONU, Réconciliation nationale









