Djami Diallo: “Dès le 20 septembre, il sera interdit en Guinée de fabriquer des objets plastiques à usage unique…”
CONAKRY-La Guinée peut-elle réussir le pari de se libérer définitivement de la prolifération des sachets plastiques ? Comment le secteur privé va-t-il négocier ce virage industriel sans fragiliser l’économie locale ? Alors que l’échéance fatidique approche, quelles sont les alternatives concrètes proposées aux citoyens pour transformer leurs habitudes quotidiennes ? À l’aube d’une transition historique, la ministre de l’Environnement et du Développement durable, Djami Diallo, fait le point sur les avancées, le dialogue avec les opérateurs économiques et la fermeté de l’État pour réussir ce tournant écologique majeur.
La stratégie guinéenne repose sur une approche par étapes. Après l’interdiction de l’importation des matières premières au printemps 2025, le pays se tourne désormais vers l’échéance majeure de l’interdiction de production, fixée à septembre 2026. Selon les autorités, ce choix chronologique a été pensé pour ne pas asphyxier le tissu économique local, tout en répondant à un impératif de salubrité publique. Comme le rappelle avec force la ministre Djami Diallo :
« La décision d’interdire les sachets plastiques en République de Guinée, émane de l’urgence de protéger notre environnement et la santé de nos concitoyens. Parce que réellement aujourd’hui, c’est des milliers de tonnes de déchets plastiques qui sont dans la nature, qui obstruent nos caniveaux. Et ces déchets plastiques se fragmentent en micro-particules qui contaminent l’eau, contaminent nos sols, les poissons, le bétail, et in fine affectent la santé humaine », a-t-elle martelé.

Selon la ministre de l’Environnement, la mesure n’est pas isolée. Au contraire, elle s’inscrit dans une trajectoire globale et une ambition politique claire, portée au plus haut niveau de l’État. « Ce décret consacre également la vision du chef de l’État pour une Guinée propre et une Guinée qui est respectueuse de son milieu naturel. Et enfin, il traduit les engagements internationaux de notre pays en matière de lutte contre la pollution et de préservation de l’environnement », précise Djami Diallo.
Cibler le jetable, préserver l’essentiel
Pour réussir cette transition, la réglementation cible en priorité les produits à forte volatilité et à faible durée de vie, tout en intégrant des exceptions pragmatiques liées à la santé et à la sécurité. La ministre détaille les produits visés par la mesure :
« Essentiellement, ce sont les objets plastiques qu’on utilise une fois et qu’on jette. Ce sont les sachets d’eau, ce sont les sacs plastiques qu’on utilise au marché par exemple, ce sont les ustensiles, les gobelets en plastique qu’on utilise et qu’on jette. Il y a des objets plastiques qui ne sont pas concernés par l’interdiction. Notamment les emballages qui sont destinés aux matériels médicaux, aux activités agricoles, aux activités militaires ou pour le ramassage d’ordures. Mais également, les bouteilles d’eau ne sont pas concernées pour nous permettre de faciliter l’accès à l’eau potable. »
Dialogue et accompagnement
Face aux inquiétudes des opérateurs économiques concernant d’éventuelles pertes d’emplois ou des hausses de prix, Djami Diallo prône une méthode inclusive. Le gouvernement mise sur la concertation interministérielle, le partenariat avec la Chambre de Commerce et la valorisation du savoir-faire artisanal local pour concevoir des alternatives viables. L’État prévoit des mesures incitatives concrètes.
« Ce changement qui intervient est important pour les opérateurs économiques et c’est pour cela que nous privilégions une approche d’accompagnement du secteur privé pour promouvoir les alternatives durables, notamment les emballages biodégradables. Il est notamment envisagé la mise en œuvre d’incitations fiscales pour promouvoir les emballages biodégradables en Guinée. Toujours avec le secteur privé, nous comptons installer des points d’eau, des fontaines dans les écoles, dans d’autres lieux publics et continuer à renforcer les campagnes d’information et de sensibilisation », a-t-elle annoncé.

Face aux éventuelles réticences économiques, la ministre oppose une vision à long terme où l’inaction s’avère bien plus coûteuse que la réforme elle-même : « À mon sens, le vrai coût, c’est celui de l’inaction. La pollution plastique engendre déjà des coûts importants. Ce sont les inondations, ce sont les maladies, ce sont des pertes d’opportunités pour le secteur du tourisme. La réforme, elle va nous permettre de créer de nouveaux emplois dans l’artisanat, dans les filières de valorisation des déchets. Il faut dire aussi que plusieurs pays ont mené cette réforme avec succès. La Guinée le fera avec sagesse, en protégeant à la fois les familles et l’environnement. »
Rigueur sur le terrain et appel au civisme
Si le dialogue reste la priorité, l’application de la loi n’en demeure pas moins stricte. Des contrôles conjoints associant le ministère du Commerce et les forces de défense (notamment les conservateurs de la nature) ont déjà mené à la saisie de stocks illégaux et au blocage de conteneurs au port de Conakry. La ministre prévient que la surveillance va monter d’un cran à l’approche de la date fatidique.
« Ces contrôles vont s’intensifier à partir de septembre 2026 qui est la date d’entrée en vigueur de l’interdiction de production d’objets plastiques à usage unique en République de Guinée. (…) Notre priorité demeure la sensibilisation et l’adhésion des populations parce qu’une réglementation, elle est plus efficace lorsqu’elle est comprise, elle est acceptée de tous. »

Djami Diallo lance un appel au patriotisme écologique et au retour aux valeurs traditionnelles de consommation : « C’est vraiment de lancer à l’ensemble des concitoyens, rappeler qu’à partir du 20 septembre 2026, il sera interdit en République de Guinée de fabriquer des objets plastiques à usage unique. J’appelle à nos concitoyens vraiment de refuser le sachet plastique et d’adopter fièrement le panier guinéen, les sacs en tissu, les emballages biodégradables, parce que chaque geste que nous posons aujourd’hui préserve la santé de nos familles, mais également nous permet de bâtir un avenir digne pour les générations futures. »
A suivre!
Dansa Camara
Pour Africagiuinee.com
Créé le 19 juin 2026 07:04Nous vous proposons aussi
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