Symposium : la presse guinéenne rend un ultime hommage au doyen Souleymane Diallo, fondateur du Lynx
CONAKRY – La presse guinéenne a rendu un ultime hommage à Souleymane Diallo lors du symposium organisé en sa mémoire. Fondateur du journal Le Lynx et figure emblématique de la presse indépendante guinéenne, il a été célébré ce jeudi au Palais du Peuple de Conakry.
Journalistes, autorités, proches et admirateurs s’y sont réunis dans une atmosphère empreinte d’émotion. Décédé récemment à l’âge de 78 ans, celui que beaucoup surnommaient affectueusement « le Gros Lynx » laisse derrière lui un héritage considérable, bâti au fil de plusieurs décennies de combat en faveur de la liberté de la presse, de la démocratie et du droit à l’information.
Dans une salle plongée dans le recueillement, les témoignages se sont succédé pour saluer la mémoire d’un homme présenté comme « une conscience nationale », « un sage » et « l’un des derniers grands baobabs du journalisme guinéen ».
Au nom des associations professionnelles de presse, Amadou Tham Camara a livré un vibrant hommage au défunt journaliste.

« Aujourd’hui, la Guinée pleure. La presse guinéenne pleure. Et nous pleurons tous. Parce qu’aujourd’hui, ce n’est pas seulement la disparition d’un homme que nous déplorons. C’est une page entière de notre histoire qui se tourne », a-t-il déclaré devant une assistance émue.
L’ancien membre du Conseil national de la transition de 2010 a rappelé le rôle majeur joué par Souleymane Diallo dans la construction du paysage médiatique national.
« Il n’a pas seulement accompagné l’évolution de la presse guinéenne. Il en a été l’un des principaux bâtisseurs. Il n’a pas seulement observé l’histoire. Il a participé à son écriture », a souligné M. Camara.
Selon lui, le parcours du doyen Souleymane Diallo constitue désormais une référence pour les nouvelles générations.
« Votre plume s’est arrêtée. Mais vos écrits continueront d’éclairer. Votre présence nous manque déjà. Mais votre exemple continuera de nous guider », a-t-il conclu.
Un pionnier de la presse libre
Pour de nombreux intervenants, il est impossible de raconter l’histoire du journalisme guinéen moderne sans évoquer le parcours de Souleymane Diallo.

De retour en Guinée au début des années 1990, dans un contexte d’ouverture démocratique, il fonde Le Lynx, puis plus tard La Lance. Ces deux publications s’imposeront rapidement comme des références dans le paysage médiatique national.
Dans son intervention, la présidente de l’Association guinéenne de la presse indépendante (AGPI), Kadiatou Conté, a rappelé que le défunt avait fait de la satire journalistique un puissant outil citoyen.

« Il a appris aux Guinéens à lire entre les lignes, à réfléchir et surtout à ne plus avoir peur », a-t-elle affirmé.
Selon elle, le fondateur du Lynx n’a pas seulement créé des journaux, mais de véritables institutions ayant contribué à l’éveil des consciences et à l’enracinement de la culture démocratique en Guinée.
Un artisan de l’émancipation professionnelle
Au-delà de son activité de journaliste, plusieurs intervenants ont insisté sur son engagement en faveur de l’organisation et de la défense de la profession.
Membre fondateur et premier président de l’Association guinéenne des éditeurs de la presse indépendante (AGEPI), Souleymane Diallo a été présenté comme l’un des principaux artisans des acquis dont bénéficie aujourd’hui la presse guinéenne.
« Il avait compris qu’un journaliste isolé est un journaliste vulnérable », a rappelé Kadiatou Conté, évoquant son combat constant pour la solidarité professionnelle et la protection des libertés médiatiques.
« Notre patron était notre père »
L’un des moments les plus émouvants de la cérémonie est venu du témoignage de Diao Laboya Diallo, directeur de publication du journal Le Lynx, qui s’exprimait au nom du groupe Le Lynx–La Lance.
La voix chargée d’émotion, il a décrit un homme passionné par son métier jusqu’à ses derniers jours.
« Monsieur Diallo était notre patron. Mieux encore, il était notre père, notre maître, notre modèle. Une source d’inspiration pour tous ceux qui ont le journalisme pour passion », a-t-il déclaré.
Il a également révélé que le fondateur du journal continuait à fréquenter régulièrement la rédaction malgré son âge avancé.
« Notre employeur était aussi l’employé le plus assidu du groupe. Il était au bureau du lundi au samedi et souvent à l’imprimerie le dimanche », a-t-il confié.
Peu avant son départ pour le Canada, en décembre dernier, Souleymane Diallo avait demandé à ses collaborateurs de s’habituer à sa longue absence.
« C’était sa manière de nous transmettre le flambeau », a estimé Diao Laboya Diallo.
Un héritage à préserver
Tout au long des interventions, un même message est revenu : la nécessité de préserver l’héritage laissé par celui qui a consacré sa vie à la défense de la liberté d’expression.
Élevé au rang de Grand Officier de l’Ordre national du Colatier en reconnaissance de ses services rendus à la Nation, Souleymane Diallo laisse surtout l’image d’un journaliste demeuré fidèle à ses convictions malgré les procès, les intimidations, les gardes à vue et les multiples pressions auxquelles il a été confronté tout au long de sa carrière.
Alors que la presse guinéenne pleure l’un de ses plus illustres représentants, une certitude demeure : le nom de Souleymane Diallo restera à jamais associé au combat pour une presse libre, indépendante et responsable en Guinée.
Mamadou Yaya Bah
Pour Africaguinee.com
Créé le 11 juin 2026 19:10Nous vous proposons aussi
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