Assainissement en Guinée : « Sans modèle de financement durable, nous resterons dans l’urgence », prévient le ministre Aboubacar Camara

CONAKRY – Le ministre de l’Hydraulique, des Hydrocarbures et de l’Assainissement, Aboubacar Camara, a dressé un constat sans complaisance de la situation du secteur en Guinée. Face à la presse, il a estimé que l’absence d’un mécanisme de financement pérenne constitue le principal frein à une gestion efficace et durable des déchets.

Selon le ministre, le pays continue de subir les conséquences de plusieurs décennies de sous-investissement, marquées par des infrastructures insuffisantes et des mécanismes de gestion inadaptés. Il a cité notamment la décharge de Dar-Es-Salam, proche de la saturation, ainsi que les difficultés liées à la collecte, au drainage et à la valorisation des déchets.

« On peut faire venir les meilleurs experts du monde, mais tant qu’il n’existera pas un modèle financier durable, indépendant des seules dotations budgétaires de l’État, il sera difficile de résoudre durablement les problèmes d’assainissement », a-t-il déclaré.

Des infrastructures devenues insuffisantes

Aboubacar Camara a indiqué qu’un état des lieux réalisé par son département avait mis en évidence les limites du dispositif actuel. Dans plusieurs communes, les PME chargées de la collecte des déchets ne disposent pas des moyens nécessaires pour remplir efficacement leurs missions, tandis que les stations de transit sont aujourd’hui saturées.

Le ministre estime que ces infrastructures ont été conçues à une époque où la production de déchets était beaucoup plus faible et où l’assainissement était davantage perçu comme une dépense que comme un investissement stratégique.

Il a également souligné que les difficultés rencontrées par les entreprises de collecte entraînent des retards dans le ramassage des ordures, poussant parfois les ménages à les abandonner dans les rues ou les espaces publics.

Fermeture annoncée de la décharge de Dar-Es-Salam

Le chef du département a annoncé l’engagement d’un « processus historique » visant à fermer la décharge de Dar-Es-Salam, qu’il qualifie de véritable point noir environnemental pour Conakry.

Des discussions sont en cours avec des partenaires techniques afin de transformer les déchets en énergie et de réhabiliter progressivement le site pour en faire un espace aménagé au profit des populations.

Revaloriser les métiers de l’assainissement

Le ministre a également plaidé pour un changement de regard sur les métiers liés à la propreté urbaine, estimant que les éboueurs jouent un rôle essentiel dans la protection de la santé publique et de l’environnement.

Il a regretté que ces professions souffrent encore d’une image dévalorisante, alors qu’elles constituent un maillon indispensable du système de salubrité.

Vers un nouveau modèle de financement

Pour sortir de la gestion permanente de l’urgence, le ministère travaille sur plusieurs pistes destinées à garantir des ressources durables au secteur.

Parmi les options envisagées figurent une plus forte implication des grandes entreprises, le recours à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) ainsi que la mise en place de mécanismes de financement permettant de soutenir durablement les opérations de collecte, de traitement et de valorisation des déchets.

Parallèlement, le gouvernement poursuit la réforme de sa politique d’assainissement et de ses schémas directeurs afin de les adapter à la croissance démographique et aux ambitions du programme Simandou 2040.

Eau potable : priorité aux zones rurales

Aboubacar Camara a également présenté les grandes orientations de son département dans le secteur de l’hydraulique. Il a annoncé la redynamisation du Fonds de l’hydraulique et le développement de forages modernes alimentés par l’énergie solaire dans les zones rurales, avec l’appui de partenaires tels que l’UNICEF.

L’objectif est d’améliorer durablement l’accès à l’eau potable, tout en mettant en place des mécanismes de gestion capables d’assurer l’entretien et la pérennité des infrastructures.

Le ministre a enfin rappelé que, malgré l’abondance des ressources hydriques dont dispose la Guinée, les investissements restent insuffisants pour répondre à une demande en constante augmentation. Il a assuré que plusieurs projets structurants sont en préparation, aussi bien à Conakry que dans les capitales régionales.

Aboubacar Camara a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective. Selon lui, l’amélioration de l’assainissement passe autant par des investissements durables que par un changement des comportements individuels en matière de gestion des déchets et de protection du cadre de vie.

 

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le 10 juin 2026 12:35

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