Labé : Un bail commercial dans une école, le projet de la discorde à Hoggo Mbouro

LABÉ– Tempête à Labé autour du patrimoine scolaire. La construction en cours du siège du quartier Mairie au cœur du complexe public Hoggo M’bouro suscite la colère des parents d’élèves (APEAE) et des anciens élèves, qui dénoncent un « morcellement » inacceptable de l’espace éducatif. Face au tollé, les autorités locales  défendent un projet légal et stratégique, censé renforcer la sécurité de l’école. Plongée au cœur d’un bras de fer qui divise.

Le conseil de quartier de Mairie a trouvé refuge dans l’enceinte du complexe scolaire public Hoggo Mbouro pour y construire son siège. Hélas, le chantier en cours donne lieu à une vive polémique. La Coordination régionale des APEAE et l’Association des anciens élèves du complexe dénoncent et condamnent fermement cette initiative.

Le président du conseil de quartier défend le projet qui s’étend sur un espace de 25 mètres sur 20 dans une concession scolaire de 1,12 ha. Le financement est assuré par un bailleur de fonds, rassure Abdoul Malick Diallo.

Envisager la construction d’un bureau de quartier dans une concession scolaire n’est pas une première à Labé. Le même scénario s’est produit au lycée Wouro, dont le domaine a été escamoté par le conseil de quartier de Madina pour y construire son siège, révèle le coordinateur régional des APEAE.

Dans un document consulté par africaguinee.com, le principal et le proviseur de Hoggo Mbouro ont, à travers une correspondance adressée à l’attention du directeur préfectoral de l’éducation de Labé, marqué leur accord. La requête pour réaménagement, quant à elle, est signée par Amadou Mouctar Bah, directeur de l’école primaire du centre, ainsi qu’Amadou Diari Baldé et Lancei II Camara, respectivement principal et proviseur du collège-lycée Hoggo Mbouro.

L’ancien président de la délégation spéciale de Labé, Thierno Ibrahima Pounthioun Diallo, s’y associe sur fond de dossiers provenant de la préfecture et de la direction préfectorale de l’éducation de Labé, avec un contrat entre le quartier et le bailleur en annexe.

Contacté par Africaguinee.com pour en savoir davantage, Lancei II Camara, proviseur du lycée Hoggo Mbouro nous a conseillés de nous rapprocher du chef de quartier, qui a mené toutes les démarches ayant abouti à l’obtention de l’accord. Selon lui, la raison invoquée pour initier un tel projet est simple : ériger le bureau du quartier au sein de l’établissement contribuera à la sécurisation de l’école, notamment pendant les vacances. Il confie que l’école a souvent été victime de vols répétés, et que ce bâtiment servira également de siège au quartier Mairie.

De son côté, la Coordination régionale des APEAE de Labé (Association des parents d’élèves et amis de l’école) marque son désaccord et confie n’avoir jamais été saisie officiellement de cette décision. Le coordinateur régional regrette cette situation. Alpha Oumar Moromi Diallo dénonce également un projet similaire réalisé au lycée Wouro, dans le quartier Madina :

« Nous l’avons appris de façon indirecte. Immédiatement, nous avons convoqué une réunion d’urgence avec le coordinateur préfectoral des APEAE. Première impression : personne d’entre nous n’était informé, encore moins associé. Si nous avions été informés auparavant, on aurait refusé parce que c’est un domaine scolaire. C’est une découverte pour nous et nous marquons notre désaccord au niveau des coordinations préfectorale et régionale des APEAE. Nous avons saisi les autorités éducatives pour exprimer notre indignation. Le directeur préfectoral de l’éducation par intérim a reçu notre équipe à son bureau pour expliquer ce qu’il sait de la situation. Il a reçu des documents de la part des établissements réunis au sein de l’école Hoggo Mbourou. Nous étions tous indignés de cette situation.

Le DPE intérimaire a informé l’inspecteur régional de l’éducation au téléphone. Ce n’est pas à Hoggo Mbouro seulement, à Wouro également. D’ailleurs, à Wouro, c’est plus grave : selon le proviseur, 23 mètres sur 24 ont été coupés sur le domaine de l’école pour construire un bâtiment, sur la parcelle du lycée Wouro. Avec le président de l’APEAE de Wouro, on aura d’amples informations. À Wouro, le bâtiment est presque achevé, il est déjà couvert. Pour les deux cas, je vous répète que nous ne sommes pas informés.

J’ai saisi la FEGUIPAE au niveau national, j’ai demandé à la présidente de tout faire pour rencontrer le ministre de l’Éducation sur la question, parce que comme je vous le disais, l’APEAE n’est pas d’accord avec le morcellement des espaces des écoles, même d’un millimètre, car un jour, on aura besoin d’extension. Les anciens élèves détiennent un projet pour l’école Hoggo Mbouro. Ils sont plus de trois mille associés », s’indigne Alpha Oumar Moromi Diallo, coordinateur régional du bureau de l’APEAE.

Abdourahim Sall, membre de l’Association des anciens élèves du complexe Hoggo Mbouro, s’interroge au nom de sa structure sur la faisabilité d’un tel projet extra-scolaire dans une concession scolaire.

« Cela a été une surprise pour nous. Personnellement, j’ai été interpellé par quelques anciens élèves qui sont venus pour la fête de Tabaski ici à Labé. J’ai reçu un appel téléphonique me demandant cela faisait combien de temps que je n’étais pas allé à l’école Hoggo Mbouro. Un peu longtemps, lui ai-je répondu. On m’a fait savoir qu’une partie est morcelée sans savoir dans quel cadre. C’est à 22 heures que je suis venu constater ; j’ai dit que c’est incroyable. Maintenant, on a cherché à avoir des informations et nous avons appris que c’est le conseil de quartier de Mairie qui veut faire un local. On s’est dit qu’il va falloir mener des enquêtes pour savoir si c’est faisable au niveau de l’école ici.

On n’est pas contre le fait que le quartier Mairie ait un bureau, parce que moi-même je suis natif de Mairie, je suis né et j’ai grandi dans ce quartier, mais est-ce que c’est faisable au sein de l’école ? Déjà, en tant qu’anciens élèves, on était en train de voir ce qu’on pouvait faire pour l’école. S’il se trouve que le peu d’espace que l’école possède est en train d’être morcelé pour faire des bureaux, cela nous inquiète. Vraiment, on attire l’attention des autorités éducatives par rapport à cela : si c’est faisable ou si tel n’est pas le cas, qu’ils prennent leurs responsabilités. Nous, association des anciens élèves, ce que nous pouvons faire, c’est d’attirer l’attention des autorités. Nous avons aussi interpellé l’association des parents d’élèves (APEAE) par rapport à cette situation, ils n’en étaient pas du tout informés. C’est à travers notre association qu’ils ont eu l’information », s’indigne Abdourahim Sall.

À Mairie, Elhadj Abdoul Malick Diallo, président du conseil de quartier, défend son bureau. Il indique à Africaguinee.com que c’est un projet au bénéfice du quartier. Il exhibe des documents pour justifier la construction du bureau du quartier sur la base d’un contrat de bail avec un bailleur. L’espace est de 20 mètres sur 25, soit 500 mètres carrés :

« Le quartier Mairie est un centre de négoce, nous n’avons pas de domaines vides. À notre arrivée à la tête du quartier, avec la feuille de route de la commune, il nous a été instruit de trouver un domaine pour construire le siège du quartier. Les bureaux des quartiers ne continueront pas à rester dans nos salons. Ce domaine qui abrite l’école a été octroyé par le quartier, c’est un domaine de 1,12 ha. Nous retrouvons les documents de donation où j’étais signataire en tant que sage. Nous avons fait une demande de réaménagement. La commune l’a transmise à la préfecture. Celle-ci a fait à son tour un soit-transmis à la DPE ; le DPE a annoté les services techniques jusqu’à l’école ici. Hoggo Mbouro est un complexe : l’élémentaire, le collège et le lycée, tous ont signé. 500 m² nous ont été rétrocédés par l’école, soit 25 m sur 20. On s’est rendu compte que le domaine est là, mais nous sommes dans l’impossibilité de construire en tant que quartier.

Nous avons eu beaucoup de promesses d’appui sans suite. Finalement, nous avons négocié pour aboutir à un contrat de bail avec l’un de nos citoyens qui s’engage à construire un bâtiment R+2. Le quartier va se battre pour le troisième étage, parce que c’est une fondation de trois étages. C’est cette fondation que vous voyez ici. Un forage fait partie du contrat mais, comme un forage fonctionnel est déjà à côté, le bailleur va plutôt meubler les bureaux à la fin des travaux. Une guérite pour la sécurité de l’école est aussi prévue. Nous sommes en ville : au rez-de-chaussée du bâtiment, on aménagera deux espaces, un cybercafé et une papeterie, ce qui constituera une source de recettes pour construire le troisième étage. C’est un consensus de tout le bureau de quartier, tout est noté sur PV. Tous les documents ont été signés, du quartier à l’urbanisme jusqu’à l’habitat. Le contrat de bail est là avec le plan.

Nous n’allons pas nous priver d’un tel avantage, d’un tel investissement pour le quartier Mairie. Donc rien n’est caché, c’est pour le quartier, ce n’est pas une habitation privée pour moi. Dix mètres de l’espace sur les 25 reviennent au bailleur. C’est quand il finira pour le quartier qu’il va entamer pour lui. C’est mieux que d’attendre un don jusqu’à trouver les moyens de faire notre projet. D’ailleurs, c’est impossible autrement. Le contrat est de six mois, avec toute la transparence. Aujourd’hui nous sommes là, demain ce sont d’autres qui vont diriger le quartier, donc c’est au bénéfice de tous. Des bureaux sont prévus, tout comme des salles de réunion et de réception. Beaucoup sont contents du projet, mais d’autres aussi viennent raconter des choses…. Cela nous permettra d’assurer la sécurité de l’école aussi, parce que des choses s’y passent parfois et ce n’est pas souhaitable », soutient le chef de quartier Abdoul Malick Diallo.

Alpha Ousmane Bah

Thierno Oumar Tounkara

Tel: (+224) 664 93 45 45

Créé le 6 juin 2026 19:57

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