« Ils ont fait peur au président Conté » : Bah Oury fait une révélation troublante sur le retard numérique de la Guinée

CONAKRY- Ce mercredi 6 mai 2026, le Premier ministre Bah Oury a jeté un regard critique sur la gouvernance passé. Entre regrets et enseignements stratégiques, il a révélé comment des conseillers de l’ombre ont freiné l’élan numérique du pays sous l’ère Lansana Conté.

Treize ans après l’arrivée du câble ACE, la Guinée s’apprête enfin à doubler sa capacité de connectivité. Mais pour Bah Oury, ce moment de célébration est aussi l’occasion d’une introspection nécessaire sur les rendez-vous manqués de l’histoire guinéenne. Le chef du Gouvernement a dévoilé une anecdote frappante pour expliquer pourquoi la Guinée est restée si longtemps à la traîne. Selon lui, le pays aurait pu être connecté bien plus tôt si le président de l’époque, Lansana Conté, n’avait pas été induit en erreur par son entourage.

« Vous savez pourquoi la Guinée a eu ce retard ? Parce que, lorsque le premier câble devait passer à Conakry, ils ont fait peur au président Conté en disant que cela va compromettre notre souveraineté nationale », a révélé le Premier ministre.

Ces conseillers auraient agité la menace d’une perte de contrôle sur les communications d’État pour bloquer le projet. « Ils ont dit au président : nous allons la perdre (la souveraineté), nous ne pouvons pas, les communications seront telles que vous ne pourrez pas… », a rapporté Bah Oury.

Un investissement de 10 millions de dollars jugé « sans intérêt »

Au-delà de l’argument sécuritaire, c’est l’étroitesse de vue économique de certains cadres de l’époque qui est pointée du doigt. À l’époque, le ticket d’entrée pour cette révolution technologique s’élevait à 10 millions de dollars. Une somme dérisoire face aux enjeux actuels, mais qui paraissait insurmontable ou inutile aux yeux des décideurs d’alors, explique le chef du Gouvernement.

« La somme, 10 millions de dollars à l’époque, certains ont dit : pourquoi payer 10 millions de dollars pour quelque chose qui n’a pas d’intérêt. C’était des responsables, à priori, ouverts sur les réalités du monde », a-t-il martelé.

Le coût de l’inaction

Pour le Premier ministre, ce refus de s’arrimer au progrès a eu des conséquences dramatiques sur le développement économique de la Guinée. Le manque à gagner se chiffre, selon ses estimations, en centaines de millions de dollars.

« On a perdu du temps. Ces 10 millions de dollars nous ont fait perdre beaucoup d’opportunités qui auraient pu générer des millions et des millions de dollars, voire même des centaines de millions de dollars », précise-t-il.

Une leçon pour les gouvernants de demain

Amadou Oury Bah invite les décideurs actuels et futurs à faire preuve de plus d’humilité et de vision face à une technologie qui évolue plus vite que la réflexion humaine individuelle. Pour lui, la responsabilité d’un dirigeant est d’anticiper le monde de demain, au-delà de ses propres certitudes.

« Le sens de responsabilité d’un gouvernant, c’est de ne pas se limiter à ce à titre individuel qu’on conçoit. Le monde de demain est tellement changeant, de manière tellement rapide que même l’intelligence au niveau individuel paraît presque insuffisante pour envisager le futur », a-t-il dit.

A suivre !

Africaguinee.com

Créé le 6 mai 2026 19:07

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