Bogola Haba : « Nous encourageons le FRONDEG à revenir sur sa décision »
CONAKRY – Le retrait du FRONDEG du processus électoral ne passe pas inaperçu au sein de la mouvance présidentielle. Dans cet entretien accordé à Africaguinee.com, Bogola Haba, lui-même candidat aux législatives du 31 mai, appelle le parti d’Abdoulaye Yéro Baldé à revoir sa position, malgré les dénonciations d’irrégularités. Il met en garde contre une lecture prématurée des rapports de force et plaide pour une participation inclusive.
AFRICAGUINEE.COM : Certains partis politiques dénoncent de nombreuses irrégularités dans le processus électoral en cours. Le FRONDEG a d’ailleurs annoncé son retrait des élections du 31 mai 2026. Quelle est votre réaction face à cette décision ?
KEAMOU BOGOLA HABA : Il y a deux aspects dans votre question. Le premier concerne les irrégularités évoquées. Je ne suis pas habilité à les juger, dans la mesure où nous ne sommes pas organisateurs du processus. Ce que je peux dire, en revanche, c’est que cela a également été difficile pour nous, notamment en ce qui concerne la constitution des dossiers. Certains dossiers étaient incomplets dans les délais impartis. À cela s’ajoutent les exigences liées à la parité, qui restent des critères complexes en matière d’alternance. Il y a également la question de la caution à verser, ainsi que les délais à respecter. Autant de contraintes qui ont pesé sur l’ensemble des acteurs politiques. Je pense donc que les difficultés que nous avons rencontrées à la base ont également concerné nos amis de l’opposition.
Mais est-ce suffisant pour justifier une décision de retrait, au risque de priver les électeurs de leur droit d’éligibilité ? Je ne le pense pas. C’est pourquoi nous appelons ces partis et leurs leaders à revenir sur leur décision. D’autant plus que c’est la même Direction générale des élections qui avait organisé la présidentielle de décembre 2025. Ils y ont participé jusqu’au bout et, même s’ils ont par la suite formulé des griefs, ils ont reconnu la qualité du processus. Ce sont les mêmes acteurs aujourd’hui. Je pense qu’il est important de faire confiance à cette institution, mais aussi à la justice. D’ailleurs, plusieurs partis ont obtenu gain de cause devant la Cour suprême, y compris le FRONDEG, si ma mémoire est bonne.
Concernant la liste nationale, il y avait initialement, je crois, 21 partis validés par la Direction générale des élections (DGE). Par la suite, sept formations ont obtenu gain de cause et ont été rétablies dans leurs droits de participer au scrutin. De la même manière, les juridictions ont donné raison à plusieurs partis politiques. Dans certaines communes, comme Ratoma, des décisions ont été rendues en faveur de candidats, parfois au détriment d’alliés qui avaient introduit des recours. À ce stade du processus, il est aussi de notre responsabilité, en tant que leaders politiques, d’accompagner nos bases. Ces militants et sympathisants nous ont soutenus lors de l’élection présidentielle. Il est donc normal, en retour, de les accompagner dans le cadre des élections locales.
Le président du Front démocratique de Guinée, qui était lui-même candidat à la présidentielle, a bénéficié du soutien des populations. Il lui revient donc, à son tour, d’accompagner ceux qui sont engagés dans les élections de proximité. C’est pourquoi il est parfois difficile de prendre des décisions centralisées imposant une ligne uniforme à tous les candidats. Contrairement à la présidentielle, les élections locales sont des scrutins de proximité, ancrés dans les réalités de terrain.
Dans ce contexte, demander à des militants ou à des candidats, engagés dans leurs communes respectives, de se retirer ou de ne pas compétir peut apparaître à la fois difficile et contradictoire, d’autant plus qu’ils sont souvent en compétition avec d’autres acteurs locaux issus des mêmes communautés.
C’est pour toutes ces raisons que nous encourageons le FRONDEG à revenir sur sa décision. Comme lors de l’élection présidentielle, la politique ne se fait pas pour soi seul, mais pour les populations. Revenir sur une position n’est ni une honte, ni un aveu de faiblesse. Nous devons, ensemble, œuvrer à l’amélioration du processus électoral, d’ici à la proclamation des résultats.
Même si ces irrégularités peuvent être préjudiciables au FRONDEG, vous les encouragez tout de même à revenir sur leur décision ? Si le parti estime que ces manquements peuvent fausser le jeu électoral, n’est-ce pas compréhensible ?
Non, je ne pense pas que ce soit la bonne approche. Nous sommes dans une compétition dont l’issue n’est pas connue à l’avance. C’est d’ailleurs une erreur que commettent souvent les acteurs politiques. Même la mouvance au pouvoir, dont nous faisons partie, ne peut aujourd’hui garantir les résultats qui sortiront des urnes. Il s’agit d’élections de proximité. Dans ce contexte, il serait hasardeux de considérer que tout est déjà joué. Si le FRONDEG dispose de candidats sur l’ensemble du territoire — et, de ce que j’ai pu observer de leur cartographie électorale —, il ne doit pas sous-estimer ses propres chances.
Ces candidats sont en position de se battre et de démontrer qu’ils méritent, eux aussi, la confiance des populations. D’autant plus que les élections communales obéissent à un mode de scrutin proportionnel. Chaque siège compte et les équilibres se jouent souvent au niveau des conseils communaux. Tous les partis ont donc intérêt à être représentés au niveau local pour défendre les intérêts de leurs bases. Il en est de même pour les élections législatives. À ce stade, aucun candidat ne peut être considéré ni en position de force, ni en position de faiblesse. Tout reste ouvert.
Est-ce aussi votre souhait politique ?
Vous savez, depuis le 5 septembre, un travail de fond a été engagé, conduisant à une forme de dépolitisation de la société guinéenne. Cette évolution s’explique notamment par le fait que les partis politiques traditionnels avaient, en partie, perdu la confiance des citoyens, au regard des crises traversées ces dernières années. De nombreux mouvements citoyens ont ainsi émergé. Pour ma part, j’ai longtemps été engagé en politique, notamment comme président fondateur de l’UGDD, avant de participer à d’autres formations comme l’UPG ou encore le NFD que nous avons contribué à créer.

Nous avons animé la vie politique pendant des années. Mais il faut reconnaître que la classe politique a montré certaines limites. L’arrivée du CNRD a marqué un tournant, avec une recomposition de l’espace public et l’émergence accrue de mouvements citoyens. Parmi les plus marquants, on peut citer le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), qui a précédé le CNRD, avant de se désintégrer, puis d’autres initiatives comme le Front national pour la défense de la transition. De nombreux autres mouvements ont vu le jour, traduisant un glissement progressif du champ strictement politique vers un engagement citoyen. Cette dynamique s’est renforcée ces dernières années, notamment avec l’essor des technologies et des réseaux sociaux, qui ont profondément transformé l’accès à l’information et les modes d’expression. Aujourd’hui, les jeunes, où qu’ils se trouvent, disposent de plateformes pour s’exprimer librement. Dans ce contexte, aucun parti politique ne peut prétendre contrôler à lui seul l’opinion ou les dynamiques en cours.
Cette évolution a progressivement orienté notre société vers les mouvements citoyens. Et cette dynamique s’est poursuivie jusqu’aux élections. Il a été, par exemple, très difficile de structurer la GMD. Vous le savez, en décembre, lorsque le président Mamadi Doumbouya a été sollicité, ce sont d’abord les mouvements citoyens qui ont porté cette initiative. Mais la question s’est posée : sous quelle forme organiser cette mobilisation ? C’est ainsi qu’a été mise en place, dans un premier temps, une convergence républicaine pour fédérer ces mouvements. Par la suite, l’idée de structurer cette dynamique en parti politique a émergé, mais elle s’est heurtée à plusieurs obstacles.
En réalité, même la tentative de formalisation de la GMD en parti politique n’a pas abouti, notamment en raison de divergences liées à la place et au rôle des mouvements citoyens. Ces derniers bénéficient aujourd’hui d’une forte confiance de la population et tiennent à préserver leur indépendance. C’est d’ailleurs ce qui a conduit à une ouverture accrue vers les candidatures indépendantes dans la Constitution. Cette évolution traduit une transformation profonde du paysage politique guinéen.

Dans ce contexte, il faut s’attendre à voir émerger, au sein de la future Assemblée, de nouveaux profils : des leaders de mouvements citoyens, des femmes engagées, des jeunes influents, qui ne sont pas forcément issus des partis politiques traditionnels, mais qui jouent un rôle de premier plan dans la mobilisation sociale. C’est dans cet esprit que nous avons baptisé notre liste « Nouveau Départ ». Il s’agit d’une liste largement portée par des mouvements de soutien. Vous remarquerez, par exemple, qu’elle est dirigée par un jeune, ce qui illustre cette nouvelle dynamique.
Pour la première fois également, on observe des configurations inédites, avec des responsables politiques, y compris des ministres, positionnés loin dans l’ordre de la liste, ce qui traduit un rééquilibrage au profit de nouvelles figures issues de la société. Cette transformation impose de prendre en compte la montée en puissance de ces mouvements, tout en réfléchissant à la manière de les encadrer et de valoriser leur contribution. Les femmes leaders de mouvements, tout comme les jeunes, occupent désormais une place centrale dans cette recomposition. Ainsi, la future Assemblée nationale ne sera pas monocolore, mais reflétera davantage la diversité de la société guinéenne : différentes professions, corporations et sensibilités y seront représentées.
Cette diversité entraînera inévitablement des dynamiques internes plus complexes, avec des compétitions au sein même des regroupements politiques. D’ailleurs, la compétition interne au sein de la mouvance GMD est parfois plus intense que celle qui l’oppose aux autres forces politiques.
C’est pourquoi il sera essentiel de travailler à la construction d’une majorité cohérente, unie et orientée vers les résultats. À défaut, cette majorité pourrait être confrontée à ses propres contradictions, du fait justement de sa diversité et de son absence d’homogénéité.
Nous y reviendrons
Siddy Koundara Diallo
Pour Africaguinee.com
Créé le 4 mai 2026 09:10Nous vous proposons aussi
TAGS
étiquettes: Bogola Haba, Yéro Baldé









