6h du matin au bas-fond : Zoom sur le quotidien de fer des femmes maraîchères de Koliady 1

KINDIA – En ce 8 mars, alors que les discours officiels célèbrent les droits de la femme, les maraîchères du bas-fond de Koliady 1, dans la préfecture de Kindia, poursuivent leur labeur quotidien. Pour  ces femmes, la terre est l’unique garantie de survie, finançant l’éducation des enfants et la santé des foyers. Mais derrière les bénéfices de la tomate et de la laitue, pointe une inquiétude croissante : l’exploitation d’une carrière voisine dégrade les champs, tandis que l’enclavement de la zone complique l’accès des acheteurs. Africaguinee.com est allé à la rencontre de ces travailleuses de l’aube qui, malgré la précarité et le coût élevé des engrais, continuent de faire bouger la société locale à la force du poignet.

Dans le bas-fond de Koliady 1, plusieurs femmes y travaillent chaque jour pour subvenir aux besoins de leurs familles. Parmi elles, Fatoumata Camara.

Mère de cinq enfants, elle  explique que ce bas-fond représente leur principale source de revenus. Elle raconte qu’autrefois les femmes travaillaient en groupement, mais qu’aujourd’hui chacune évolue presque seule, ce qui ralentit les activités. De nos jours, plusieurs difficultés freinent leur travail, notamment l’exploitation d’une carrière située à proximité. À cela s’ajoutent le coût élevé des intrants agricoles et l’état très dégradé de la route.

« Nous élevons nos enfants grâce à ce bas-fond. Nous cultivons de la tomate, de la laitue, du persil et d’autres légumes. Nous vivons de cette activité. C’est avec cela que nous payons les frais de scolarité de nos enfants, que nous nous habillons et que nous couvrons aussi nos dépenses de santé.

Avant, nous étions organisées en groupement, mais depuis longtemps chacune travaille seule et les activités tournent au ralenti. Nous avons aussi plusieurs problèmes, notamment l’exploitation de la carrière. Pendant la saison des pluies, les eaux de ruissellement abîment nos cultures. Les graviers et le sable descendent dans les champs et cela nous impacte énormément.

Il y a aussi le problème de l’engrais naturel que nous sommes obligées d’acheter. À cela s’ajoute l’état de la route qui est impraticable. Seules les motos peuvent venir ici. Les véhicules ne peuvent plus accéder au bas-fond. En ce mois dédié aux femmes, nous demandons aux autorités locales de nous aider à avoir une route praticable et de prendre des dispositions concernant l’exploitation de la carrière de Koliady. »

Dans son champ, Mamaissata Camara, rencontrée en pleine récolte de feuilles de patate et de persil, explique les différentes étapes de leur travail.

« Après avoir utilisé l’engrais chimique, nous procédons au pompage avec des insecticides. L’engrais naturel que nous utilisons coûte environ 120 000 francs guinéens le chargement. Les produits chimiques varient entre 30 000 et 60 000 francs guinéens, et un sac d’engrais peut atteindre 480 000 francs guinéens. En ce mois de mars, nous travaillons intensément. Nous demandons l’aide des autorités pour faciliter nos activités, surtout face aux impacts de l’exploitation de la carrière. »

De son côté, M’Mahawa Sylla affirme que la culture maraîchère reste une activité rentable malgré les difficultés. « Nous tirons beaucoup de bénéfices de la culture des légumes. Non seulement nous consommons ce que nous produisons, mais nous revendons aussi le reste au marché. Certaines femmes ont construit leurs maisons grâce à cette activité, d’autres ont acheté des animaux domestiques ou satisfait d’autres besoins. Mais le problème de la route reste très sérieux, surtout pendant la saison des pluies. »

Enfin, Mariama Sylla décrit le rythme quotidien des femmes dans ce bas-fond.« Nous arrivons ici à partir de 6 heures du matin pour désherber et arroser nos cultures. Parfois, nous faisons aussi la récolte pour vendre et subvenir aux besoins de la famille. Si tu ne viens pas très tôt, tu ne trouves pas d’eau. Il faut alors attendre le soir, voire venir la nuit pour arroser. »

Malgré les nombreuses difficultés, ces femmes maraîchères continuent de travailler avec courage et détermination pour nourrir leurs familles et contribuer à l’économie locale.

 

Reportage réalisé par Chérif Kéïta

Correspondant régional d’Africaguinee.com

À Kindia

Créé le 8 mars 2026 07:00

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