Immersion à Bendougou : Le « grenier de Kindia » en quête d’un nouveau souffle

KINDIA- Situé à une quinzaine de kilomètres de la commune urbaine de Kindia, le district de Bendougou vit au rythme des activités agricoles et pastorales. Ici, la terre nourrit les familles et la riziculture occupe une place importante dans l’économie locale. Mais derrière ce potentiel agricole se cache une réalité plus préoccupante : le coût élevé des intrants, les dégâts causés par les animaux dans les champs et les difficultés d’accès aux services sociaux de base, notamment aux soins de santé. Pour les quelque 4 250 habitants de cette localité, majoritairement agriculteurs et éleveurs, produire suffisamment devient chaque année un défi de plus en plus difficile à relever.

À Bendougou, les journées sont rythmées par les travaux champêtres. Le riz, l’arachide, les concombres et d’autres spéculations constituent l’essentiel des productions locales. Certains exploitants parviennent même à réaliser deux campagnes agricoles par an, témoignant des possibilités qu’offre cette terre.

Pourtant, ce potentiel peine à se traduire en une amélioration durable des conditions de vie. Derrière les récoltes, il y a les dépenses, les difficultés d’approvisionnement et l’incertitude qui accompagne chaque saison agricole. Pour de nombreuses familles, le problème commence bien avant les semailles : il faut trouver les moyens d’acheter les semences, les engrais et les produits phytosanitaires indispensables à la production.

Des intrants agricoles devenus un luxe

À Bendougou, l’accès aux engrais et aux produits phytosanitaires représente l’une des principales difficultés rencontrées par les producteurs. Faute d’un approvisionnement suffisant à proximité, les agriculteurs sont contraints de se rendre dans la ville de Kindia pour se procurer ces produits. Une démarche qui alourdit davantage des dépenses agricoles déjà difficiles à supporter.

Fatoumata Camara, présidente des femmes de Bendougou, connaît bien cette réalité. Elle décrit les difficultés auxquelles sont confrontées les productrices, particulièrement celles qui dépendent directement des revenus de leurs exploitations pour subvenir aux besoins de leurs familles.  

« Nous produisons le riz, l’arachide, les concombres et plusieurs autres cultures, mais le problème d’engrais nous fatigue beaucoup. Pour en avoir, il faut aller jusqu’en ville. Nous achetons le sac à 600 000 FG, puis nous devons payer le transport jusqu’à notre lieu de travail. Le transport d’un sac d’engrais peut varier entre 20 000 et 30 000 FG », explique-t-elle.

À ces dépenses s’ajoute le coût des produits destinés à lutter contre les mauvaises herbes. Selon la présidente des femmes, une boîte de produit phytosanitaire revient à environ 70 000 francs guinéens.

« Nous sommes également confrontées à un manque de produits phytosanitaires utilisés contre les mauvaises herbes. Une boîte coûte environ 70 000 FG. Pourtant, sans intrants, la récolte baisse », déplore-t-elle.

Dans ces conditions, les producteurs doivent constamment arbitrer entre les besoins de leurs exploitations et les moyens financiers dont ils disposent. Acheter suffisamment d’engrais pour améliorer les rendements, se procurer les produits nécessaires à l’entretien des cultures et assurer le transport des intrants représente une charge importante, particulièrement pour les ménages aux ressources limitées.

Pour Fatoumata Camara, la solution passe notamment par un accompagnement plus conséquent des autorités publiques.

« Nous demandons aux autorités de nous aider à avoir des intrants subventionnés pour pouvoir produire davantage », plaide-t-elle.

Derrière cette demande se trouve un enjeu qui dépasse les seules préoccupations des agriculteurs. Dans une localité où une grande partie de la population dépend de la terre, la disponibilité des intrants et leur accessibilité financière conditionnent les rendements, les revenus des ménages et la capacité des producteurs à assurer les prochaines campagnes agricoles.

Quand les troupeaux détruisent les espoirs de récolte

Comme si les difficultés d’approvisionnement ne suffisaient pas, les producteurs de Bendougou doivent également faire face aux dégâts causés par les animaux dans les champs. Les tensions entre agriculteurs et éleveurs constituent une autre source d’inquiétude, particulièrement pendant les périodes de culture.

Pour les cultivateurs, voir des troupeaux pénétrer dans une parcelle représente bien plus qu’une simple perte de récolte. C’est aussi le risque de voir disparaître les investissements consentis pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois : argent dépensé pour les intrants, temps consacré aux travaux champêtres et espoir de tirer des revenus de la production.

Fatoumata Sylla évoque avec amertume cette situation qui, selon elle, oblige les agriculteurs à exercer une surveillance permanente de leurs exploitations.  

« Ça fait mal quand tu achètes les intrants agricoles très chers, tu fournis des efforts pour produire, au moment où ton champ commence à bien donner, les bœufs viennent détruire », raconte-t-elle.

Face à ces incursions, certains producteurs sont contraints de passer une partie de la journée à surveiller leurs champs. Mais cette présence permanente ne suffit pas toujours à protéger les cultures.

« C’est pourquoi la journée, on est obligé de garder les champs. Mais comme on ne peut pas passer la nuit au champ, des fois les bœufs profitent de la nuit pour détruire tout sur leur passage », poursuit-elle.

Face à cette situation, les producteurs réclament des mesures concrètes pour sécuriser leurs champs. Parmi leurs principales attentes figure l’accès à des grillages permettant de clôturer les parcelles et de limiter les incursions des animaux.

« Donc, nous demandons ardemment l’aide des autorités et des partenaires pour avoir des grillages afin de clôturer les champs. Sinon, on ne peut pas continuer », insiste Fatoumata Sylla.

Le  dialogue pour éviter l’escalade

À Bendougou, les différends liés aux dégâts causés par les animaux ne sont pas nouveaux. Selon Ibrahima Soumah, président du district, plusieurs situations ont déjà été réglées à l’amiable grâce à l’intervention des responsables locaux et au dialogue entre les parties concernées.

« Les différends entre agriculteurs et éleveurs sont fréquents ici. Heureusement, plusieurs cas ont déjà été réglés grâce au dialogue et à la médiation du conseil du district », indique-t-il.

Pour le président du district, la recherche de solutions durables doit reposer sur plusieurs mesures complémentaires, notamment l’organisation de la circulation des troupeaux, la sensibilisation des acteurs et la protection des exploitations agricoles.

« Mais il faut des solutions durables : délimiter les pistes de transhumance, sensibiliser les deux parties et surtout nous aider à clôturer les champs », recommande-t-il.

Au-delà de la médiation, les habitants attendent un accompagnement capable de s’attaquer aux causes récurrentes de ces conflits. Pour eux, la coexistence entre agriculture et élevage demeure possible, à condition que des règles claires soient définies et que les moyens nécessaires à leur application soient mobilisés.

Un potentiel agricole fragilisé par le manque d’infrastructures

Les difficultés de Bendougou ne se limitent ni au coût des intrants ni aux conflits agro-pastoraux. Le manque d’infrastructures sociales de base constitue également une préoccupation pour les habitants, notamment l’absence de centre de santé dans le district.

Dans une localité située à une quinzaine de kilomètres de Kindia, cette insuffisance complique l’accès de proximité aux soins.

Pour les familles de Bendougou, les besoins sont donc multiples. Il s’agit de pouvoir produire dans de meilleures conditions, de protéger les récoltes contre les dégâts des animaux, mais aussi de bénéficier d’un environnement où les services indispensables sont plus accessibles.

Cette accumulation de difficultés contraste avec les possibilités agricoles de la localité. Avec une population estimée à 4 250 habitants et une activité rurale importante, Bendougou dispose d’atouts qui pourraient contribuer davantage à l’économie locale, à condition que les obstacles auxquels les producteurs sont confrontés soient progressivement levés.

Le « grenier de Kindia » en quête d’un nouveau souffle

Malgré les contraintes, les habitants de Bendougou ne renoncent pas à leurs activités. Ils continuent de cultiver leurs terres, de diversifier leurs productions et de miser sur l’agriculture pour assurer leur subsistance. Mais cette détermination ne saurait, à elle seule, compenser durablement le coût élevé des intrants, les pertes liées aux incursions des troupeaux et le manque d’équipements collectifs.

Pour les producteurs, l’enjeu est désormais de transformer les efforts fournis dans les champs en récoltes plus importantes et en revenus plus stables. Cela suppose un accès facilité aux engrais et aux produits phytosanitaires, des dispositifs de protection des parcelles et une meilleure organisation de la cohabitation entre agriculture et élevage. L’accompagnement des autorités et des partenaires apparaît, à leurs yeux, comme un levier essentiel pour atteindre ces objectifs.

À Bendougou, la terre continue de nourrir les espoirs. Mais pour que ce potentiel agricole profite pleinement aux habitants, il faudra davantage que la volonté des producteurs : des moyens adaptés, des infrastructures de proximité et des réponses durables aux difficultés qui entravent leur travail.

Dans ce district considéré comme l’un des greniers de Kindia, les habitants attendent désormais que les promesses d’un développement rural plus équilibré se traduisent en actions concrètes. Car derrière chaque parcelle cultivée, il y a des familles qui comptent sur leur récolte pour vivre, et derrière chaque saison agricole, l’espoir de voir enfin leurs efforts récompensés.

Chérif Kéita

Correspondant d’Africaguinee.com

À Kindia 

Créé le 28 octobre 2026 08:41

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