Ebola: la Haute Cour du Kenya suspend l’ouverture d’un centre de quarantaine destiné à des ressortissants américains
La justice kényane a suspendu, vendredi 29 mai, l’ouverture d’un centre de quarantaine américain prévu ce même jour sur la base aérienne de Laïkipia, à environ 200km au nord de Nairobi. Révélé mercredi 27 mai par le Wall Street Journal, ce projet destiné à des ressortissants américains potentiellement exposés au virus Ebola suscitait une forte opposition dans le pays.
Saisie par le Katiba Institute, une organisation de défense des droits constitutionnels, la Haute Cour du Kenya a décidé que « l’intérêt général » justifiait une mesure conservatoire, empêchant l’ouverture du centre en attendant que le dossier soit examiné sur le fond. Elle fera savoir le 2 juin la suite qu’elle entend donner à ce dossier.
Cette suspension judiciaire intervient au lendemain de l’annonce par Washington, jeudi 28 mai, de 80 millions de dollars supplémentaires pour lutter contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. L’aide américaine totale s’élève désormais à environ 112 millions de dollars depuis le début de la crise.
Une ordonnance judiciaire à effet immédiat
L’ordonnance interdit au gouvernement kényan d’autoriser tout établissement de quarantaine ou de traitement lié à Ebola sur son territoire dans le cadre d’un accord passé avec les États-Unis ou un autre gouvernement étranger. Elle lui interdit également d’admettre sur son territoire des personnes exposées ou infectées par le virus. La décision sera signifiée au gouvernement dans les 24 heures, qui disposera alors de 48 heures pour répondre.
Tel qu’il avait été présenté par un responsable américain s’exprimant sous couvert d’anonymat, le centre devait initialement disposer de 50 lits d’isolement, avant d’être étendu à trois unités d’isolement de quatre patients chacune et deux unités de confinement biologique de deux patients chacune. Les individus testés positifs y auraient été pris en charge avant leur transfert vers des centres spécialisés en Europe, et non rapatriés aux États-Unis.
Ce dernier point entre en contradiction avec les propos tenus mercredi 27 mai par le secrétaire d’État américain Marco Rubio, selon qui les États-Unis ne laisseraient aucun cas d’Ebola entrer sur leur territoire. Un responsable américain a nié toute motivation politique dans le choix du Kenya, invoquant la volonté d’écourter le voyage des malades et d’« offrir les meilleurs soins » aux Américains affectés.
Un accord mené dans l’opacité
Le projet s’inscrit dans le cadre d’un accord de coopération sanitaire signé en décembre 2025 entre Nairobi et Washington, lui-même l’objet d’une procédure judiciaire distincte au Kenya. Le gouvernement kényan n’a jamais commenté publiquement l’ouverture du centre, ce que le Katiba Institute dénonce comme une mise en oeuvre menée en secret.
Un responsable américain a affirmé jeudi 28 mai que les États-Unis avaient « obtenu l’accord préalable » des autorités kényanes pour l’ouverture du site. Le secrétaire d’État Marco Rubio s’est entretenu ce même jour au téléphone avec le président kényan William Ruto. Son porte-parole a annoncé dans la foulée l’intention de Washington de financer à hauteur de 13,5 millions de dollars les efforts de préparation du Kenya face à Ebola.
L’annonce des 80 millions de dollars supplémentaires a elle aussi suscité des critiques. L’opposition démocrate et plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) reprochent à Washington de faire cavalier seul depuis le retrait des États-Unis de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), accusée d’agir en marge des instances internationales sur fond du démantèlement de l’agence américaine pour le développement (USAID).
Le Département d’État a justifié ces financements par la volonté de « protéger la population américaine et d’empêcher toute nouvelle propagation à l’échelle internationale ». Ces fonds serviront à l’achat et à la distribution d’équipements de protection, au dépistage aux frontières, à la recherche des contacts et à la fourniture de matériel de diagnostic. Les États-Unis ont par ailleurs consacré 50 millions de dollars à la mise en place de cliniques dans les zones les plus touchées.
Plus de 1.077 cas suspects
L’épidémie de maladie à virus Ebola a été déclarée le 15 mai en Ituri, province du nord-est de la RDC. Provoquée par le variant Bundibugyo, contre lequel il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique, elle s’est depuis propagée à deux autres provinces congolaises: le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
L’Ouganda voisin est le seul autre pays touché pour l’heure, avec sept infections confirmées dont une mortelle. Plus de 1.077 cas suspects ont été enregistrés dans l’ensemble de la zone affectée, dont 246 décès, selon l’agence sanitaire de l’Union africaine Africa CDC.
L’OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale depuis le début de la crise. L’organisation estime que l’ampleur réelle de l’épidémie n’est pas encore connue.
AFP
Créé le 30 mai 2026 14:01









