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La star Alpha Blondy se confie:"J’ai toujours détesté les coups d’Etats parce que je les considère c


[IMG1]Pas de nouvel album tant que la Côte d’Ivoire serait en guerre, avait prévenu Alpha Blondy. Le chanteur ivoirien a tenu parole et, quelques mois à peine après les accords de Ouagadougou qui ont rétabli la paix dans son pays, il met fin à un long silence de cinq ans en publiant Jah Victory. Un disque brillant dans lequel le doyen du reggae africain prouve qu’il peut toujours jouer sur cette scène le premier rôle.

Le titre de votre nouvel album, Jah Victory, est-il une référence à votre premier disque sorti en 1983, Jah Glory ?

Alpha Blondy : C’est toujours une référence à Dieu qui est omniprésent dans tout ce que je fais. J’avais dit que je ne ferais pas de disque tant qu'il y aurait la guerre en Côte d’Ivoire. Cette paix relative que nous vivons aujourd’hui dans notre pays est pour moi le fait de Dieu. Je crois qu’il a entendu les pleurs et les souffrances des Ivoiriens pour nous aider à mettre un terme à cette guerre fratricide. C’est pourquoi je dis que c’est la victoire de Dieu, la victoire de la paix sur la guerre, la victoire de l’amour sur la haine. La victoire de la lumière sur les ténèbres.

Pendant cette période, la musique occupait-elle moins de place dans votre vie ?

Non, pas du tout. Je n’ai jamais tourné autant que durant ces cinq ans. Je suis allé dans des coins du monde où je n’avais jamais pensé qu’on connaissait Alpha Blondy : en Uruguay, au Costa Rica, au Pérou, en Nouvelle-Zélande, en Australie. Je n’ai pas perdu mon temps. Au contraire, ça m’a permis de toucher mon public lointain. Il a pu voir la gueule d’Alpha Blondy. On a pu communiquer, boire ensemble, rigoler ensemble. Mon embargo était valable pour la Côte d’Ivoire, et maintenant que la guerre est terminée nous avons en projet un grand concert, le Festarrr, avec trois “r” : festival de la réconciliation, de la réunification et de la reconstruction. Il aura lieu le 30 décembre en Côte d’Ivoire à l’espace Jérusalem, à Bassam, où on attend 200 à 300000 personnes.

Que vous a apporté sur ce disque Tyrone Downie, l’ex-Wailers à qui vous avez confié les clés sur le plan musical ?

Quand j’avais produit Serge Kassi, c’est Tyrone qui avait travaillé sur l’album. Et j’avais déjà aimé sa touche "reggaematique".[IMG2] Je voulais faire un album entier avec lui. Il est sensible à toutes les musiques. Paranoïaque comme je suis, j’ai eu vraiment confiance en la sensibilité musicale de Tyrone, et je n’ai pas été déçu. Il a été le grand architecte musical, le grand chirurgien esthéticien de cet album. Je ne veux pas faire de reggae stagnant, je veux que ce soit évolutif, et il a compris mon feeling. Il a su faire danser les instruments étrangers au reggae, agencer la kora, l’accordéon, la cornemuse pour que ça swingue, tout en restant du Alpha Blondy. Ça a toujours été mon rêve et je le remercie pour le travail acharné, obsessionnel qu’il a fait.

A qui avez-vous pensé en écrivant Mister Grande Gueule ("Rends moi service/Ferme ta sale gueule…") ?

Je ne veux pas donner de nom. J’ai voulu transformer mes blessures, mes frustrations et les offenses qui m’ont touché en poésie. Au lieu de le faire violemment, j’ai préféré le traduire en musique. Chacun de nous a, dans sa vie, un "Mister Grande Gueule", et au lieu de lui casser la figure, vous pouvez lui envoyer ce disque d’Alpha Blondy et lui conseiller d’écouter ce morceau. Ce serait une façon très gentille de régler un différend.

La chanson que vous consacrez à Thomas Sankara, qui avait accédé au pouvoir en Haute Volta après un coup d’Etat, n’a pas manqué de susciter une réelle polémique. Certains vous reprochent de vous attaquer à un héros africain, …

Ce que j’adore chez les "débillétrés", c’est leur façon hâtive de tirer des conclusions après avoir lu la préface. Je leur conseillerais d’écouter le texte de Sankara attentivement. Cette chanson, pour moi, est un vaccin anti-coup d’Etat. J’ai toujours détesté les coups d’Etats parce que je les considère comme du grand banditisme. Ceux qui braquent le pouvoir comme d’autres braquent les banques sont des voleurs. Il faut que l’Afrique arrête cela. Et j’en veux à la France, pour les pays francophones, d’avoir validé ces crimes, ces hold-up. Qu’on ne s’étonne pas après que nos pays soient politiquement instables. Les militaires sont les garants de la république, ils ne sont pas là pour s’imposer en tant que politiques parce qu’ils ne le sont pas. N’est pas chanteur qui veut, n’est pas politicien qui veut. Il y a des gens formés à la chose politique, qu’on leur laisse la place pour faire leur travail. Je me tue à dire à mes frères qu’un coup d’Etat en entraîne toujours un autre, et tôt au tard les frères d’armes deviennent ennemis.

Avec la disparition du chanteur sud-africain Lucky Dube en octobre, le reggae africain a perdu l’un de ses ambassadeurs les plus populaires. Quelles relations aviez-vous avec lui ?

Je l’ai rencontré en 1998 à Abidjan, et ensuite en Italie, à San Siro pour un festival reggae. Le courant passait bien. Musicalement parlant, j’adore ce qu’il fait. Il a apporté sa touche particulière au reggae africain, avec sa voix et ses claviers qui pleurent. C’est vraiment très beau. Mon rêve a toujours été de faire un reggae africain à l’image du reggae jamaïcain où il y a le style de Bob Marley, de U Roy, de Ijahman… Le travail de Lucky Dube entrait complètement dans ce schéma de diversité. Et comme nous, artistes, donnons notre âme par le travail que nous faisons, je me dis qu’il est toujours parmi nous, puisque son âme est là.

Bertrand Lavaine
Source:RFI-musique
Africaguinee.com

  Rubrique: Interview  date: 12-Nov-2007 ŕ 10:41:58  Partager:   :

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