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Politique: "Il est impératif d'en finir avec cette transition ...", affirme l'ancien ministre Lucien

CONAKRY-Huit mois après l'investiture du président Alpha Condé, l'ancien ministre Lucien Guilao ne cache pas ses inquiétudes quand au respect du délai pour l'organisation des élections législatives.S'il évolue désormais dans le secteur privé, Lucien Guilao continue de garder un œil sur l'actualité politique de son pays, alors que le dialogue piétine entre le gouvernement et l'opposition. Dans cet entretien exclusif qu'il nous accordé, l'ancien chef du département des guinéens de l'étranger revient également sur le cas de Nafissatou Diallo, sans oublier l'attaque contre la résidence privée du président Alpha Condé, le 19 juillet dernier.Exclusif!
Africaguinee.com: Bonjour M. Guilao!
Lucien Guilao:Bonjour M. Souaré!
Africaguinee.com: Huit mois après votre départ du gouvernement de transition de Jean-Marie Doré, quel regard portez vous sur les actions du gouvernement de Mohamed Said Fofana?
Lucien Guilao:Pour avoir été membre d’un gouvernement, je m’interdis de critiquer les actions gouvernementales par voie de presse. J’ai accès aux différents ministères et si j’ai des idées à émettre ou des critiques à faire, je sais à qui m’adresser.
Africaguinee.com: Vous étiez ministre chargé des guinéens de l'étranger dans ce gouvernement de transition. Avec le recul, quel bilan tirez-vous de votre passage à la tête de ce département?
Lucien Guilao:L’heure n’est plus au bilan.Ce qu’il faut retenir, c’est que le travail qui a été fait a permis au ministère d’exister et d’être reconduit par le Président de la République. Notre objectif principal était de faire en sorte, que par nos actions, ce ministère ne disparaisse pas une fois de plus.
Africaguinee.com: Vous aviez entrepris des projets de constructions de plusieurs logements pour les guinéens de l'étranger. Après votre départ du gouvernement où en est ce dossier aujourd'hui?
Lucien Guilao:Je ne pense pas être la personne la mieux indiquée pour répondre à cette question. Ce qu’il faut savoir c’est que le département actuel travaille encore là -dessus et n’est pas loin de conclure.
Africaguinee.com: Dernièrement, M.Guilao, le gouvernement de Jean-Marie Doré a rencontré le président Alpha Condé suite à l'attaque contre sa résidence privée. En tant qu'ancien ministre, comment réagissez-vous à ces évènements qui ont été suivis par de nombreuses arrestations dont 25 militaires selon le gouvernement?
Lucien Guilao:La Guinée revient de loin, et on a failli en une nuit, perdre tous nos acquis. Je ne peux que déplorer ce type d’actions. Le seul moyen d’arriver au pouvoir de nos jours reste les élections et il faut que tout le monde l’intègre une fois pour toute. A propos des nombreuses arrestations qui s’en sont suivies, laissons la justice faire son travail et faisons lui confiance. Elle a du pain sur la planche et je pense qu’elle tient là une grosse opportunité de se mettre en valeur. Moi j’ai confiance et j’ai envie qu’elle me surprenne agréablement.
Africaguinee.com:L'actualité politique, c'est aussi les prochaines élections législatives annoncées pour la fin de l'année 2011.Votre regard sur le paysage politique actuel?
Lucien Guilao:Je ne comprends absolument rien. Et c’est pourquoi je prends un peu de recul devant tout ce brouhaha. Vouloir d’une chose et son contraire est devenue la spécialité des hommes politiques. A ce rythme je me demande si l’on pourra tenir les délais. Il faut qu’on aille aux législatives avec le même fichier électoral révisé et la même CENI, qui nous ont permis de faire des élections présidentielles, celles là même qui ont été qualifiées de crédibles par tous les acteurs et la communauté internationale.Il est plus qu’impératif d’en finir avec cette transition, qui n’a que trop duré.
Africaguinee.com: M. Guilao, En tant qu’ancien Ministre des Guinéens de l’étranger, que pensez vous de l’affaire Nafissatou Diallo ?
Lucien Guilao:Je dis qu’il serait dommage qu’elle se termine comme ça. La vérité, on ne l’a connaît pas, le fait que les charges soient abandonnées (contre l'ancien patron du FMI, Dominique Strauss-Khan, Ndlr)ne signifie en aucune façon qu’il n’y a pas eu agression. Je pense qu’au civil, notre compatriote aura beaucoup plus de chance même si il y a trop d’éléments contre elle.Ceci étant, tout Guinéen, vivant à l’étranger a droit à la protection consulaire lorsqu’il est en difficulté avec l’administration du pays d’accueil. Dans le cas de cette dame, je ne pense pas que ce fut le cas et pourtant le président Alpha Condé avait donné des instructions pour que cela soit. Le soutient et la protection consulaire ont été timides ou quasi inexistant. Nous nous devons d’être solidaires de cette dame, non seulement parce qu’elle est guinéenne, mais aussi par ce que la SOLIDARITE est le troisième élément de notre devise Travail- Justice- Solidarité.
Africaguinee.com:Avec le recul, de quoi êtes vous le plus fier aujourd’hui ?
Lucien Guilao:Je suis fier de beaucoup de choses et je crains de passer pour quelqu’un de prétentieux en les énumérant.
Africaguinee.com: Faites un effort...
Lucien Guilao:Je suis fier de mon parcours et je ne remercierai jamais assez le bon Dieu et mes parents pour l’éducation qu’ils m’ont offert.Je suis fier d’avoir pu embrasser et réussir une carrière de footballeur de haut niveau après mes études universitaires.D’avoir été, l’un des premiers footballeurs professionnel guinéen et d’avoir offert avec mon premier salaire un lot d’équipements au SYLI National, en 1989 ne me rend pas moins fier.Je suis fier d’avoir, fabriqué, dans le cadre de mon boulot chez TOTAL Guinée, des centaines de jeunes entrepreneurs qui, aujourd’hui, sont tous à la tête de centaines de millions de francs.Je suis fier d’avoir été ministre dans le gouvernement de transition et d’y avoir côtoyé des cadres guinéens de grande qualité et des soldats de grande classe.
Africaguinee.com: De quoi êtes vous le moins fier aujourd’hui ?
Lucien Guilao:La Gestion de la transition n’a pas été une œuvre parfaite même si elle a permis de faire des élections crédibles et acceptées de tous.Deux faits, pour lesquels je ne suis pas du tout fier, et qui ont eu lieu pendant la transition sont les suivants :D'abord que la Guinée soit le seul pays à ma connaissance à valider sa constitution par décret plutôt que par voie référendaire.
Ensuite, que la Guinée fasse appelle à un étranger pour diriger sa CENI. Je l’ai accepté comme tout le monde, mais je n’en suis pas fier pour autant.
Africaguinee.com: Vous êtes aujourd'hui en charge de la communication, la formation et du développement durable de la société TOTAL Guinée. Est-ce une reconversion professionnelle?
Lucien Guilao:Reconversion Non. Retour OUI. Et ça fait plaisir !
Africaguinee.com: Avant de terminer, un remaniement ministériel n'est pas exclu après les élections législatives. Êtes-vous prêt à revenir au sein du gouvernement si le Président Condé vous fait appel?
Lucien Guilao:Vous pensez vraiment que je vais vous le dire ?
Africaguinee.com: Le mot de la fin?
Lucien Guilao:La Guinée d’aujourd’hui, est marquée par des inégalités sans cesse croissante. 5% de la population détiennent 95% du revenu national et à l’inverse 95% de la population ne se partagent que 5% du revenu national. Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. La classe moyenne quasi inexistante, voit son pouvoir d’achat baisser tous les ans. Non seulement les anciennes inégalités persistent, mais on assiste à la naissance de nouvelles inégalités. Le président de la république aura la tache assez rude pour redonner de l’espoir à tout un peuple. Il en est conscient et nous devons lui faire confiance et l’aider dans ce sens, par ce qu’il n’est de l’intérêt de personne que ce quinquennat se solde par un échec. Je refuse d’imaginer que la Guinée soit dans le même état dans 5 ans. En cas d’échec, ce n’est ni vous ni moi qui serons sacrifiés, ni même nos enfants, mais plutôt les enfants de nos enfants. Pour y arriver, cela passe par l’utilisation de toutes les compétences à bon escient. Il ne s’agira pas par exemple de ruiner le riche pour aider le pauvre, ou aider le salarié en anéantissant l’employeur ou même donner la force au faible en affaiblissant le fort. Il s’agira plutôt de rétablir les équilibres macroéconomiques et conduire des reformes en profondeur des structures socioéconomiques du pays. J’entends par équilibre macroéconomique, la relance de la croissance, la création d’emploi, la lutte contre l’inflation, l’équilibre de la balance des paiements, c’est le carré magique sans lequel, rien n’est possible. Trouver l’équilibre qu’il faut est déjà une chose difficile à réaliser dans une économie normale, et ça l’est encore plus dans le cas de la Guinée, c’est pourquoi il est plus que jamais primordial de mobiliser toutes les ressources humaines, car c’est l’homme qui valorise les autres ressources, afin de permettre à notre pays de s’engager dans la voie de développement souhaitée par tous.
Interview réalisée par Mamadou Hassimiou Souaré
Depuis Conakry
Pour Africaguinee.com
Tél: 00224 62 65 75 74
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  Rubrique: Interview  date: 01-Sep-2011 ŕ 14:50:12  Partager:   :  |
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