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Débat sur la composition ethnique de l'administration guinéenne:Des citoyens dénoncent!


[IMG1]Après le passage, le 11 octobre dernier, du Premier ministre guinéen à l'Assemblée nationale, le débat sur la composition ethnique de l'administration fait rage. Des citoyens guinéens ont réagi à ce sujet brûlant au micro de nos reporters...

Attigou Bah, cadre guinéen à Genève

Moi je pense très sincèrement que ce débat est stérile. Je pense que ce qui devrait préoccuper actuellement les Guinéens, c’est de trouver des gens patriotes, compétents, capables de redresser la situation sociopolitique et économique de notre pays. Et que ces gens apportent aux populations guinéennes la crédibilité et restaurent l’image de la Guinée. Mais s’il faut juste une représentation ethnique, et que le débat sur la composition ethnique de nos cadres vienne de l’Assemblée nationale, je trouve cela très décevant ! Par rapport à l’ensemble des députés qui ont décidé d’orienter le débat dans ce domaine là, je trouve que l’ethnicité ne mérite pas d’être débattue à l’Assemblée. Quant au Premier ministre qui se croit obligé de se justifier sur la composition ethnique des cadres qu’il a nommé, mon inquiétude irait dans le sens de la désolation quand on regarde ce qui se passe dans d’autres pays africains où ce genre de débat n’est jamais invoqué au niveau d’un Parlement !


Mohamed Fadiga, Comptable et ancien Diplomate

Dans presque tous les pays du monde, il y a des ethnies. Mais je crois que quand il s'agit de parler de nation, on doit bannir l'ethnocentrisme.[IMG2] Par contre, en Guinée c'est ce qui sévit. Cela ne date pas d'aujourd'hui. C'est surtout lors du passage du Premier ministre Lansana Kouyaté, le 11 octobre dernier, à l'hémicycle qu'on s'est rendu effectivement compte de l'évolution regrettable de la chose. Pour preuve, l'essentiel des questions allait dans ce sens comme si d'autres sujets avaient fini d'être élucidés. Un député est allé jusqu'à demander au Premier ministre le genre d'ethnie à chaque commandement. C'était le comble de l'ethnocentrisme, de la haine et du manque de sincérité, s'il faut le dire ainsi. Normalement, ce n'est pas l'ethnie qui doit intéresser les gens mais plutôt le travailleur. S'il faut choisir par ethnie, combien de temps allons nous mettre en Guinée pour trouver un Premier ministre ? Donc, c'est un faux débat. Le Premier ministre, dans sa réponse, au député Thierno Ousmane Diallo, auteur de la question sur l'ethnie, a prouvé, à nouveau, à l'opinion nationale et internationale qu'il est bien l'homme de la situation, un cadre mûr, modeste et sage. C'est ce qui explique d’ailleurs l'adhésion massive des Guinéens à son programme de développement. A mon avis, il y a des questions qui provoquent et qui ne méritent pas d’être posées.


Biro Diawara, représentant de la Commission Africaine des Promoteurs de la Santé et des Droits de l'Homme(CAPSH) :

Je pense qu’on doit plutôt débattre sur les problèmes liés à la pauvreté, la corruption, la restauration des Institutions Républicaines de l’Etat.[IMG3] La construction des Etats sur la base ethnique a été toujours utilisée dans la plupart des pays africains par les partis politiques. Nous devons dépasser ce stade. Les leaders d’opinions ont, dans leur majorité, créé leurs partis politiques sur la base régionale ou ethnique ,comme c’était le cas durant la colonisation. Notre pays doit privilégier la réconciliation nationale et dépasser les clivages ethniques pour le progrès de la Guinée. Aujourd’hui, je suis consterné par l’exclusion depuis le 10 octobre dernier, de la Guinée de l’Union Interparlementaire. Une exclusion due au non paiement des arriérés de cotisations de notre parlement auprès de cette institution internationale. Nos dirigeants doivent donc se préoccuper aussi de l’image de notre pays sur la scène internationale.


Ibrahima Sory Camara, Ingénieur chimiste

Je suis profondément touché quand je vois la jeunesse guinéenne, piégée dans la misère, se laisser diriger par des personnes pour des raisons purement égoïstes. [IMG4]Les jeunes doivent prendre leurs responsabilités avant qu'il ne soit trop tard. Ce fait malheureux est surtout encouragé par la presse écrite. Ce que je vois dans cette presse me choque à plus d'un titre. Et 80 % de ceux écrivent dans ces journaux ou sur les sites sont des jeunes. Avec une dose de prise de conscience, les Guinéens parviendront à briser les chaînes de l'ethnocentrisme et des manoeuvres politiciennes. L'ethnocentrisme en Guinée n'est autre que le jeu des politiciens véreux, tapis dans l'ombre et en court d'idées. Je demande donc aux nouvelles autorités du pays de se pencher sur la question et surtout prioriser les campagnes de sensibilisation, à travers des spots publicitaires, des journaux, radios... Concernant le Premier ministre, il est au dessus de la mêlée et se trouve être très en avance sur les Guinéens.

N'faly Kouyaté, Cadre guinéen à Genève

Je suis très déçu de la réaction des parlementaires guinéens qui sont intervenus sur des questions ethniques étant donné que notre pays traverse une période critique de son histoire.[IMG5] Il existe aujourd’hui des problèmes brûlants qui méritaient d’être débattus à l’Assemblée nationale par rapport à ces considérations ethniques. Je crois que l’heure n’est pas aux querelles intestines au sein de l’hémicycle guinéen. Il s’agit plutôt de réfléchir sur les manières à améliorer les conditions de vie des Guinéens en résolvant les problèmes d'eau, d'électricité par exemple. C’est la compétence des cadres qui doit primer, mais c’est ce n'est pas en disant que tel est soussou, peulh ou malinké, etc. qu’on résoudra nos problèmes. Nos parlementaires qui sont censés jurer, trancher, légiférer sur les problèmes de la Guinée ne doivent pas débattre de la composition ethnique de l’administration. Je considère cela comme une petitesse d’esprit et que les parlementaires peuvent mieux faire pour nous sortir de la situation difficile dans laquelle végète notre pays !


Mohamed Fadiga, étudiant au Centre d'Etudes de la Langue Anglaise( CELA), Université de Sonfonia

En Guinée, l'ethnocentrisme est une réalité. Même les partis politiques n'échappent pas à cette règle. Ce fait qui ne date pas d'aujourd'hui est beaucoup plus répandu chez les personnes sans scrupules.[IMG6] Mais je suis certain que les jeunes, dans l’avenir, sauront se départir de ce mauvais calcul. Aujourd'hui, certains critiquent le Premier ministre parce qu’il n'est pas un des leurs. Dommage pour notre jeune nation. Cet acte déshonorant est presque devenu une tradition en Guinée. Sinon, comment des cadres peuvent aller jusqu'à rapprocher des administrateurs d'une région. Heureusement, la Guinée a eu un monsieur comme Lansana Kouyaté qui sait se ressaisir et répondre sans choquer les sensibilités. Encore une fois, j'invite les nageurs en eau trouble à plus de sérénité pour sauver le navire Guinée. Et il revient au Premier ministre, chargé de conduire la transition, de continuer à faire preuve de maturité pour mener à bien sa mission. Egalement, il faut une éducation citoyenne des populations. Car, il ne sert à rien de s'enfoncer dans des débats stériles. La Guinée n’en a plus besoin. Pour finir, j’ajouterai que l'espoir est permis avec l'équipe du Premier ministre Lansana Kouyaté.

Mamadi Kaba, Stagiaire à la Société Guinéenne de Révision et de Conseil (SGRC)

Je regrette la montée de l'ethnocentrisme en Guinée. Les Guinéens doivent pouvoir dépasser ce stade qui n'apporte que regret à la nation.[IMG7] Sur la question à l'hémicycle, le Premier ministre a été formidable. Il a répondu, avec sagesse, à cette question qui défraie, ces derniers moments, la chronique en Guinée. En même temps, j'invite les élus du peuple à se contenir pour bannir le régionalisme et l’ethnocentrisme dans leur jargon. Les grandes nations ont pu transcender les obstacles dressés à elles grâce à l'unité de tous leurs peuples. Ce qu'il faut ensuite ajouter, c'est que l'ethnocentrisme en Guinée est motivé par le fait que les gens n'ont rien à faire. Tout le monde parle politique. Même les plus sous informés et analphabètes.

Alpha Amadou Diallo, Marchand

Je souhaite que les Guinéens dépassent un jour ce débat, à l'image du Sénégal, du Mali, etc. Dans ces pays, ce sujet n'existe presque pas. Tout le temps passé entre le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et la Guinée-bissau, je n’ai vu que des peuples unis et ambitieux.[IMG8] C'est l'harmonie qui prévaut chez eux. Chaque peuple vit en communion avec l’autre. Par exemple au Sénégal ou en Gambie, difficile de reconnaître un Guinéen. Donc, en Guinée, tout le monde doit également combattre l’ethnocentrisme qui ne mène qu’à la guerre civile. Cette lutte doit être encouragée par le Gouvernement, ensuite les mass media. Personnellement, je parle le soussou, le maninka, le poular. Et s'il s'agit de parler le kissi, le guerzé, je le ferai avec fierté. Quand je suis au Sénégal, je parle à la fois, et le wolof, le poular (de Guinée et du Toro), le diola, le mandingo, le manjaque (langue d'origine Bissau guinéenne parlée en Casamance) mais aussi le sérère.

Propos recueillis par Mamadou Kaba Souaré
et Mamadi Savané
pour Africaguinee.com









  Rubrique: A vous la parole  date: 21-Oct-2007 ŕ 23:46:46  Partager:   :

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