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Elhadj Aboubacar Somparé, Président de l'Assemblée nationale: " Six mois, c'est trop peu pour juger
[IMG1] Dans cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder, la 2è personnalité de l’'Etat guinéen revient sur la crise qui mine le PUP, ses relations avec Mamadou Sylla, les prochaines élections législatives, le dossier Hyperdynamics, l'action du gouvernement de consensus... A bâtons rompus.
Africaguinee.com : Le Parti de l'Unité et du Progrès (PUP) traverse actuellement une crise profonde. Le Président Lansana Conté, pour restaurer l'ordre et la quiétude au sein du parti, a exclu MamadouSylla des rangs. Ce qui, du coup, vous rend victorieux dans le bras de fer qui vous oppose au Président de Futurelec Holding. Ne craignez-vous pas un revirement de la part du Président de la République pour remettre son ami en selle?
Aboubacar Somparé : Non ! Je ne crains pas un revirement, parce que nous avons privilégié le respect des principes. Et le Président de la République était d'accord avec nous, que dans une association quelconque, il y a des règles. Si l'on transgresse ces règles, c'est courir le risque de faire éclater l'organisation. Un parti politique a des statuts et un règlement intérieur. On ne peut pas improviser ex nihilo de créer un poste de vice-président sans que ce ne soit ordonné par le congrès du parti. Alors, moi je me suis battu contre cet abus, pour le respect des principes et le Président m'a donné raison.
En votre qualité de 2è personnalité de l'Etat guinéen, vous avez essuyé des injures publiques de la part de Mamadou Sylla, a t-on appris. Comment avez-vous vécu ces moments?
Des injures, c'est trop dire ! Il a élevé le ton pour dire que l'Assemblée lui doit un certain nombre de véhicules qu'il a livrés et qui n'ont pas été payés. Que nous avons donc donné des chèques sans provision. C’est ce qu'il a brandi. J’ai répondu que nous avons arrêté un mode de payement et le ministre des Finances a promis de régler le compte définitivement. Je lui ai dit qu’on n’est pas là pour ça, mais pour parler des principes du parti. Ce n'était pas en fait des injures.
Sur une chaîne étrangère, on a entendu Sékou Konaté, encore Secrétaire général par intérim, vous interdire de vous mêler des affaires du PUP en tant que Président de l'Assemblée Nationale. Pourrait-il s'attendre à des représailles lors du prochain congrès ?
Il ne peut pas m'interdire de m'intéresser au PUP. Parce que je suis là par la volonté du parti. La Présidence de l'Assemblée est un poste électif comme la Présidence de la République. Le Président de la République, du fait qu'il est le premier magistrat, est le Président de tous les Guinéens. On dit qu'il est au dessus des partis. Le Président de l'Assemblée nationale, dans la mesure où il est à l'hémicycle, sur le perchoir, il s'occupe de l'ensemble des partis. Mais il a été élu là par un parti politique. Quand je retourne à ma base politique, on ne peut pas m'interdire de m'y intéresser. Ce n'est pas possible, c'est une aberration !
Mamadou Sylla et vous, avez donné l'image d'être de très bons amis. Mais apparemment rien ne semble survivre à la guerre de succession...
Ce n'est pas une guerre de succession. C’est trop dire. J'ai simplement affirmé à Mamadou Sylla qu'il ne peut pas être vice- président du parti comme il le voulait sans que ce ne soit ordonné par un Congrès. Donc, il faut qu'on respecte les statuts et le règlement du parti. C’est ce qu'il n'a pas voulu comprendre. En fait, si notre amitié est compromise, c'est par sa faute. Et, de toutes les façons, moi je serai toujours derrière les principes.
Les prochaines législatives mettront fin à votre présidence de la 2è législature de l'Assemblée nationale. Avez-vous le sentiment d'avoir fait oeuvre utile pour le peuple qui vous a mis là -bas?
Moi, j'ai ce sentiment. Evidemment, c'est le peuple qui sera juge de chacun de nous. En tous cas, je crois que j'ai fait le travail pour lequel j'ai été élu avec le maximum de conscience.
Que pensez-vous de la déclaration du Premier Ministre, qui propose un report du scrutin législatif?
Telles que les choses se présentent, il est difficile d'organiser des élections crédibles en décembre. L’'Assemblée est arrivée à son terme. Normalement, on devrait pouvoir organiser les élections, mais les conditions matérielles ne sont pas tout à fait réunies. Nous sommes maintenant en début octobre. Jusqu'à présent la Commission électorale nationale indépendante n'est pas mise sur pied, le recensement n'est pas fait. Or, les fiches électorales, les cartes électorales, cette fois-ci, doivent comporter la photo des électeurs. Vous imaginez qu'il faut parcourir tous les villages, cela ne se passera pas dans un mois ou deux. Il faut un minimum de trois mois. Dans trois mois, nous serons en décembre. Il y a aussi d'autres activités de préparation qu'il faut engager pour être prêt vraiment à faire une élection crédible. C'est pour cela que matériellement, j'ai dit qu'il faut reporter les élections.
Etes-vous optimiste quant à l'organisation par l'équipe du Premier ministre Lansana Kouyaté, d'élections libres, transparentes et crédibles?
Il faut voir un peu la structure des choses. La CENI(NDLR:Commission électorale nationale indépendante,chargée d'organiser les élections) est là justement pour essayer d'équilibrer un peu les prises de position des fonctionnaires de l'administration. J’espère qu'avec la présence d'une CENI, les choses seront plus équilibrées.
A votre avis, Lansana Kouyaté est-il l’homme indiqué pour organiser ce scrutin?
Lansana Kouyaté est un Premier ministre qui fait son travail. Dans la mesure où les différents chefs de département exécutent leur part de travail, il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas organiser des élections crédibles, que ce soit avec Lansana Kouyaté ou un quelconque autre Premier ministre.
Pensez-vous que le PUP va conserver sa majorité au Parlement, après avoir vu ses fondements fortement secoués lors des événements douloureux de Janvier et février derniers?
Si le parti fournit l'effort nécessaire de reconquête du terrain, sa majorité peut être reconduite. Nous sommes en train de reprendre contact avec notre base, préfecture après préfecture, région après région. Et partout où nous sommes passés, nous avons trouvé que notre électorat n'est presque pas atteint. Donc, nous espérons vraiment reconquérir totalement notre majorité.
Qu'avez-vous à dire aux partis politiques à l'approche de ces consultations électorales?
Je souhaite que la lutte politique soit civilisée. Les partis politiques doivent renoncer au sectarisme. La société est en train de s'ethniciser. C’est très dangereux. Je crois qu'une grande nation comme la Guinée doit être capable d’avoir une classe politique digne de ce nom, qui pose les grands principes, mais qui ne va pas s'embourber dans des considérations sectaristes qui ne servent à rien. C’est pourquoi, je lance un appel aux partis politiques pour soigner leurs langages, leurs discours, d'éduquer leurs militants à plus de civisme, à plus de patriotisme pour que notre pays, la Guinée, puisse connaître enfin un plein développement.
On vous accuse de vouloir faire ratifier de force le contrat de partage de SCS Corporation, filiale de Hyperdynamics. Qu'est ce qui pourrait motiver une telle démarche, alors que les clauses de ce contrat ont tout l'air d'être défavorables à la Guinée?[IMG2]
L'accusation n'est pas fondée. On veut faire porter à l'Assemblée le chapeau qui doit revenir au gouvernement. C’est le gouvernement qui étudie les contrats, les conventions, qui les rédige avec les partenaires. Une fois que c'est discuté et entendu, il signe. Le Conseil du gouvernement se prononce dessus avant qu'on ne transmette à l'Assemblée. Arrivé au niveau de l'Assemblée, nous aussi on en débat. Alors, la convention a été signée par le gouvernement et déposée à l'Assemblée. Nous n’en avons pas eu le temps de ratifier quand il y a eu le changement. La nouvelle équipe gouvernementale se met en place, elle dit qu'elle veut changer, réviser mais ne procède pas au retrait officiel. C’est de façon cavalière qu'on vient me demander la copie de la convention et le lendemain, on proclame que c'est retiré officiellement. C’est la forme que j'ai condamnée. J’ai dit que nous sommes dans un Etat organisé, civilisé. Il y a une procédure quand le gouvernement dépose un document… à l'Assemblée. Et quand il veut le retirer, c'est par une autre procédure. Si on ne respecte pas la procédure, on aura manqué à la règle de l'Etat. C’est tout ce que j'ai reproché. C’est nous qui sommes les premiers à demander qu'on revoie la plupart des contrats que nous avons signés. Ceci dit, il ne faut pas non plus que pour des raisons obscures que l’on n’annonce pas aujourd'hui mais qui seront connues, tôt ou tard, que l'on fasse rétention. Ce n'est pas bon.
Et votre correspondance adressée au Premier Ministre pour débloquer la situation...
Oui, parce que la manière dont le ministre des mines a retiré le document n'est pas correcte. Alors, je leur ai dit ceci : « Vous avez procédé au retrait. Maintenant, il faut étudier rapidement et me rendre. » Parce que, dans mon esprit, il n'y a pas eu de retrait. J’ai encore la convention qui m'a été transmise par un gouvernement régulier. Je peux la ratifier à tout moment. Mais j'ai préféré être coopératif. La première fois qu’on s'était convenu, c'est qu'à la session extraordinaire, on allait ratifier. Ils (les membres du gouvernement: NDLR) n'ont pas respecté. J’ai donc écrit au Premier ministre que la prochaine fois, dès qu'ils seront prêts, ils n'ont qu'à me prévenir pour la ratification. C’est tout. C’est de les obliger à faire leur travail.
Quelle est maintenant votre position par rapport Ă ce contrat?
Ma position est celle de l’intérêt de la Guinée. Si le gouvernement veut revoir la chose de commun accord avec les partenaires, je n'ai rien contre. Au contraire. Mais alors, une fois qu'ils ont fini cela, que ça nous arrive à notre niveau, il faut qu'il nous laisse le temps de ratifier. Je pense qu'il ne faut pas retarder les choses pour des questions d'intérêts égoïstes. Il faut voir l'intérêt du peuple de Guinée.
Le ministre des mines et de la géologie avait soutenu tout récemment que Hyperdynamics est une société sans visage…
Vous savez, la commission qui avait parlé à la télévision est celle qui a été demandée par l'Assemblée nationale. Malheureusement, ils ont rendu compte de façon unilatérale et directement au niveau des mass media. Ils n'ont même pas convoqué les sociétés concernées. Quand on dit que c'est une société sans visage, je ne comprends pas ce que ça veut dire. La convention a été signée d'abord avec US Oil. US Oil a rétrocédé à la SCS. La SCS est une filiale de Hyperdynamics. Comment peut-on dire que c'est une société sans visage? Les mêmes fonctionnaires qui sont au département sont les mêmes qui ont décidé avec l'ancien ministre de signer la convention. Comment, aujourd'hui, ils peuvent se rétracter. Ce n'est pas sérieux !
En refusant de signer les décrets soumis par le Premier Ministre, le Président de la République n'est-il pas en train de réunir les ingrédients d'un autre soulèvement populaire contre ce qui ressemble à une volonté d'empêcher la réussite du Gouvernement?
Je ne suis pas au courant de cela. Je l'ai appris comme tout le monde. Je n'en sais pas plus. Mais je ne pense pas que ce soit l'origine d'une crise. Parce que le Président, après tout, c'est lui qui nomme à toutes les fonctions civiles et militaires. Si on lui fait une proposition de nominations, s'il n'est pas d'accord, il a le droit et le pouvoir de modifier...
Que faites-vous donc des accords du 27 janvier ?
C’est vrai, ces accords disent que le Premier ministre nomme aux emplois civils. Mais il propose au chef de l'Etat. Parce que le décret d'attributions du Premier ministre est un décret, mais la fonction du Président, c'est la constitution qui le lui reconnaît. C’est la constitution qui dit qu'il nomme à tous les emplois militaires et civils. Et maintenant, par délégation du pouvoir, on donne au Premier ministre cette possibilité et il soumet toujours au Président de la République. Car c’est lui qui est élu.
Six mois après sa nomination, comment appréciez-vous l'action du gouvernement de consensus dirigé par le Premier ministre Lansana Kouyaté?
Six mois, c'est trop peu pour juger un gouvernement. Je crois qu'il faut leur laisser au moins un an. Après, on peut jeter un regard critique. Mais six mois, vraiment ce n’est pas suffisant. Parce que vous savez la Guinée est un pays difficile. D’abord on est pauvre, on a très peu de revenus et les gens ne payent pas d'exemple dans le civisme. Il y a très peu de gens qui payent leurs impôts. Alors, tous ces éléments font que l'Etat guinéen est pauvre. Si le Premier ministre a un programme ambitieux, il faut qu'il trouve des ressources. Si ce n'est pas à l'extérieur, les ressources internes ne nous suffiront jamais. C’est pourquoi, je crois qu'il faut un peu de tolérance.
Votre dernier message...
Je demande à la population d'observer la patience et de privilégier le dialogue. Je dis cela au gouvernement, ainsi qu’à toutes les forces du pays. Nous sommes un grand pays à avenir radieux. Mais pour le concrétiser, il faut que l'on accepte de dialoguer. Je crois que c'est essentiel. Avec le dialogue, on pourra prévenir beaucoup de conflits inutiles, parce que le plus souvent, la violence naît de la frustration. Et la frustration, c'est quand on partage mal. Dès l'instant que l'on partage mal, ou l’on n’assume pas sa responsabilité, quelqu'un se sent lésé et il se révolte. C’est ce qu'il faut éviter.
Interview réalisée par Mamadi Savané
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 03-Oct-2007 ŕ 23:40:25  Partager:   :  |
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