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Réal Barnabé: "En Afrique de l'Ouest, la Guinée est le dernier pays à accepter la libéralisation des
[IMG1]Réal Barnabé est journaliste canadien, fondateur de Réseau Liberté. Il était récemment à Conakry, dans le cadre d'un séminaire sur "Les parlementaires et les médias en Guinée". Nous l'avons rencontré. Interview.
Africaguinee.com: Quel regard portez-vous sur la presse africaine en général?
Réal Barnabé: Depuis une quinzaine d'années, il y a eu un grand changement dans la presse en Afrique. On est passé d'un régime totalitaire à un régime de liberté, tout au moins à un début de la liberté de la presse. Il fut un temps où les médias, à des exceptions près, étaient contrôlés par les gouvernements en place. Ces médias étaient perçus comme des outils de propagande du parti au pouvoir. Avec le vent de la démocratisation, dans les années 90, on a vu la création de radios et de journaux indépendants. Cela a beaucoup changé le paysage médiatique en Afrique. Malgré tout, il subsiste encore beaucoup de problèmes. Néanmoins, on a fait un grand pas dans la bonne direction.
Il y a quand même de grandes disparités sur le continent...
Bien sûr ! Mais, il y a aussi des disparités à l'intérieur des régions. En Afrique de l'ouest, on sait que la Guinée est le dernier pays à accepter la libéralisation des ondes. Alors que d'autres pays, il y a eu des radios privées depuis plus de 10 ans. Il y a des disparités, mais il y a aussi des points communs. Malgré la pluralité des médias, les lois des pays sont très restrictives, de sorte qu'on peut emprisonner un journaliste au moindre prétexte. Au niveau de la presse écrite, il y a encore beaucoup de travail à faire pour la rendre davantage professionnelle. Cela suppose de la rendre plus rigoureuse, en vérifiant les informations et en distinguant les genres journalistiques. Dans un reportage par exemple, le journaliste devrait se contenter de relater les faits et non pas émettre des opinions personnelles. Le reporter (je ne parle pas de l'éditorialiste dont le rôle est de prendre position au nom du journal) n'a pas à imposer au lecteur ou à l'auditeur son point de vue personnel. Le rôle de la presse en démocratie c'est de donner au public l'information dont il a besoin pour se comporter de manière responsable.
Avant de créer Réseau Liberté, vous avez été journaliste à Radio Canada. Est-ce que vos innombrables séjours en Afrique ont changé votre façon de percevoir les réalités de ce continent?
J'ai été journaliste à la Radio et à la Télévision canadiennes pendant plusieurs années. Mais je n'avais jamais fait de reportages en Afrique. Au début des années 90, j'ai eu l'occasion de venir en Afrique, dans le cadre de mes responsabilités à Radio Canada, où j'étais à l'époque gestionnaire. A l'époque, je venais pour organiser des stages pour des journalistes africains. Quelques années après, j'ai créé Réseau Liberté. C'est sûr que ma perception a beaucoup changé. Depuis 1992, je suis venu au moins 100 fois en Afrique. Je suis un Africain maintenant. J'aime bien l'Afrique, je suis bien en Afrique. J'ai des pays préférés, mais je me sens bien un peu partout. Je compte aussi beaucoup d'amis dans la presse. Ma mission, c'est de contribuer au développement de la presse, principalement en Afrique, mais aussi dans d'autres pays: au Moyen-Orient, en Haïti...Quand je fais plusieurs mois en Afrique, je suis un peu malheureux.
Les Africains sont souvent offusqués quand ils regardent les chaînes de télévision occidentales, où on ne montre presque que des images négatives...
Il faut comprendre que lorsqu'on travaille à la rédaction d'un journal télévisé national, qui dure souvent une demi-heure, on a peut-être de l'espace que pour diffuser une quinzaine de nouvelles. Ce qui fait la nouvelle, c'est ce qui sort de l'ordinaire. Et, ce qui sort de l'ordinaire est souvent négatif. Si, par exemple, un avion s'est écrasé en Thaïlande, cela fait une manchette internationale. Mais, si en même temps 50 avions réussissent sans problèmes en Thaïlande, on n’en parle pas.
Ce que je veux dire, c'est que, malheureusement, les nouvelles qui viennent de l'Afrique sont souvent des nouvelles tristes. Je dis souvent à mes confrères, que partout où on va en Afrique, on voit la misère, des problèmes et des difficultés. A côté de tout cela, il y a la vie. Mais on arrive à témoigner de cette vie. Même dans les pays où ça va trop mal, cela ne veut pas dire directement que tous les gens sont malheureux. Il y a une vie sociale, une vie culturelle et des artistes. Mais, malheureusement, on ne voit pas toutes ces réalités sur les medias, parce qu'on met l'accent sur ce qui est un peu spectaculaire.
Un mot sur le séminaire "journalistes et parlementaires en République de Guinée’’, que vous avez animé du 17 au 21 septembre à Conakry ?
Je suis très content de la participation. Le groupe m'a semblé très engagé et intéressé. Maintenant, c'est à eux de dire s'ils sont satisfaits de leur côté. J'ai l'impression que oui ! C'est encourageant de voir que lorsqu'on fait une intervention comme celle-la, que ça donne des résultats. Plusieurs participants m'ont dit qu'ils ont appris beaucoup de choses.
Interview réalisée par Djéninké Sylla
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 27-Sep-2007 ŕ 20:40:32  Partager:   :  |
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