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Crise économique en Guinée: "Notre préoccupation, c'est le pouvoir d'achat des travailleurs...", exp

CONAKRY-Si la Guinée semble s'acheminer vers un bras de fer entre le gouvernement et l'opposition, les syndicats guinéens souhaitent un salaire minimum de 2 millions de francs guinéens pour chaque travailleur dans le pays.Pour le syndicaliste Amadou Diallo, le président Alpha Condé a lancé des signaux positifs envers le mouvement syndical pour sortir le pays de cette crise.Au micro de notre reporter, l'ancien ministre du travail et secrétaire général par intérim de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée(CNTG) nous livre sa vision sur la situation des travailleurs en Guinée...
AFRICAGUINEE.COM: Bonjour M. Diallo. Le mouvement syndical guinéen a rencontré récemment le président Alpha Condé. Avez-vous obtenu des résultats concrets à l'issue de cette rencontre?
Ahmadou Diallo : Merci M. SOUARE de m’avoir donné cette opportunité pour essayer de parler un peu de cette rencontre avec la première autorité du pays. Nous avons effectivement eu une rencontre très serrée avec le chef de l’Etat, on a fait presque 3 heures de rencontre et d’échange. En fait il nous a entretenu, il nous a fait un tour d’horizon de tous les problèmes du pays et il a mis en exergue certaines réalités qui paralysaient le pays. Il nous a informés de tout ce qui prévaut dans le cadre du secteur minier, dans le cadre du secteur économique et social. Au finish nous avions sur nous une plate forme revendicative qui lui a été soumise et elle a été lue par ma personne. Dans cette plate forme i y a pas mal de choses que nous avons eu à demander au chef de l’Etat sachant bien qu’il vient d’être investit à la magistrature suprême de notre pays mais qu’à cela ne tienne, étant donné que l’administration est une continuité il fallait qu’on lui pose tous les problèmes des travailleurs d’une façon particulière et ceux de la population en générale. Mais je vous assure qu’il a écouté avec une attention particulière ces différentes revendications. Il a essayé de répondre à certaines revendications et aussi il nous a demandé de l’appuyer pour qu’ensemble nous gouvernions en vue de trouver les solutions les plus importantes pour les travailleurs. Au sortir de la rencontre on n’a pas eu des réponses de sitôt mais à la dernière minute selon les informations que nous avons reçues sur sa rencontre avec les commerçants la fois dernière au palais du peuple il a pris en compte l’une de nos revendications en ce qui concerne le rabais de la RTS (Ndlr Retenue et Taxe sur Salaire). Ce que je peux dire à ce niveau c’est que c’est le seul gain pour le moment que les travailleurs de Guinée peuvent s’attendre. Ce n’est que purement informel parce qu’en fait ça n’a pas été encore formalisé
AFRICAGUINEE.COM: L'une de vos revendications porte sur le renforcement du pouvoir d'achat des travailleurs avec l'instauration d'un salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) estimé à 2 millions de francs guinéens. Est-ce une proposition réaliste au vu des difficultés actuelles du gouvernement qui avoue que les caisses de l'Etat sont vides?
Ahmadou Diallo : Moi je suppose que c’est une proposition qui est réaliste parce qu’au fait il y a eu des études préalables qui ont été faites en 2009 et en 2008 relativement à cela avec certains experts du Bureau International du Travail (BIT). A cette époque on avait proposé un SMIG à hauteur de 1.700.000 GNF mais vu les temps qui courent et un pouvoir d’achat très réduit des travailleurs nous avons estimé qu’il fallait de 1.700.000 à 2.000.000 GNF. Et je pense que c’est un montant réaliste. Il faut trouver un point de départ pour les travailleurs parce que c’est le seul pays où le SMIG n’existe pas. Avec 2 millions le travailleur guinéen va s’estimer très heureux par rapport à sa condition de vie et c’est ce que nous demandons pour un premier temps.
AFRICAGUINEE.COM: Quand est-il aujourd'hui de la protection sociale des travailleurs en Guinée?
Ahmadou Diallo : Par rapport à la protection sociale des travailleurs guinéens sachez que c’est un volet très important. Aujourd’hui les travailleurs ne sont pas protégés. Seul le secteur privé le fait peut être et ça ce sont les gens qui cotisent au niveau de la caisse nationale de sécurité sociale et chez nous qui appartenons au secteur formel cela n’a pas été instauré pour le moment mais je pense qu’avec les différentes études qui vont être faites bientôt avec le BIT et récemment nous avons même rencontré Assane Diop qui s’occupe de ce volet et on est entrain de faire des pourparlers à ce niveau pour que les fonctionnaires guinéens soient eux aussi couvert.
AFRICAGUINEE.COM: Justement, le Directeur exécutif du BIT chargé de la protection sociale, M. Assane Diop est en Guinée où il doit rencontrer les autorités guinéennes. Qu'attendez-vous de cette visite au niveau syndical?
Ahmadou Diallo : Moi je pense qu’avec la venue du directeur exécutif du BIT le camarade Assane Diop c’est une belle opportunité. Il va essayer de rencontrer les autorités à tous les niveaux pour essayer d’expliquer l’importance de ce volet pour que les nouvelles autorités prennent en compte toutes les préoccupations liées à la question pour que les travailleurs guinéens ne soient pas en reste. Ça serait donc une rencontre d’ordre capital. J’espère qu’aux sorties de toutes les rencontres qu’il doit avoir avec toutes les couches sociales de notre pays on aura un résultat positif.
AFRICAGUINEE.COM: Autre problème qui préoccupe le mouvement syndical, c'est celui du dialogue social. Après l'élection du président Alpha Condé, où en êtes vous dans le cadre des négociations tripartites entre le gouvernement le patronat et les syndicats?
Ahmadou Diallo : C’est une bonne question également ! A ce niveau le dialogue social doit être le crédo du syndicat en guinée parce que sans dialogue rien ne peut être résolu. Le tripartite depuis très longtemps n’a pas été celui qu’on attendait. Ça toujours été deux pieds contre trois ou un seul pied contre trois. Mais je crois qu’avec les nouvelles autorités du pays, surtout que lors de notre dernière rencontre le président Alpha Condé nous a promis que trimestriellement il fera en sorte qu’il nous rencontre nous qui sommes ses partenaires privilégiés. De l’autre côté nous avons notre représentant qui est Madame la ministre de la fonction publique, je crois qu’avec elle nous allons faire la rencontre mensuellement pour ne pas que le dialogue social soit coupé.
AFRICAGUINEE.COM: Aujourd'hui après l'élection présidentielle, l'opposition guinéenne dénonce plusieurs violations de la constitution par le président Alpha Condé et refuse le recensement électoral en vue des législatives. Quelle est la position des syndicats sur ce bras de fer entre le gouvernement et l'opposition?
Ahmadou Diallo : En fait, nous nous sommes des syndicalistes. Nous ne sommes pas des opposants. C’est vrai que quand il s’agit de la vie de la nation tous les acteurs sont concernés pour le développement socio-économique du pays. Mais quand vous parlez de politique je ne saurais m'immixer dans cette affaire parce que je suis syndicaliste. Sur la question je ne vais pas tellement m’étendre la dessus. Les opposants sont des politiciens, s’il y a un bras de fer entre le gouvernement et les opposants ça ne regarde que les deux parties. Moi en ma qualité de syndicaliste je ne parlerais que dans le cadre de la défense des intérêts moraux et matériels des travailleurs. Je vais essayer un peu de m’éloigner de cette question. Je ne sais pas ‘il y a un bras de fer ou pas et même si ça existe cela ne me regarde pas et je ne saurais vous donner une réponse pouvant vous satisfaire.
AFRICAGUINEE.COM: Après le décès du syndicaliste Dr Ibrahima Fofana et l'absence de Hadja Rabiatou Sérah Diallo, certains observateurs craignent un affaiblissement du mouvement syndical par manque de leadership. Qu'en pensez- vous?
Ahmadou Diallo : Il faut que ces personnes se détrompent. Dr Ibrahima Fofana est décédé il est donc parti, Hadja Rabiatou Sérah n’est pas absente elle est en mission au conseil national de la transition. Vous savez toute administration, qu’elle soit publique ou syndicale c’est la continuité. A partir du moment que ces deux personnes là sont absentes cela ne veut pas dire qu’il y a la paralysie du mouvement syndical. Notre dernière rencontre avec le chef de l’Etat le prouve à suffisance. On a posé nos problèmes, on a fait passer une plate forme revendicative sans les deux personnes. Le syndicat n’a pas un point de replis pur quelque raison que ça soit, c’est une continuité. Il s’agit seulement de se donner la main, de se concerter et qu’il y ait la cohésion entre nous pour que nous puissions faire bouger l’appareil syndical.
AFRICAGUINEE.COM: Avec la crise économique qui paralyse le pays, quelles solutions préconisez-vous pour soulager les travailleurs et les populations?
Ahmadou Diallo : La crise dont vous faite état est réelle. Le pays a connu des troubles aussi importantes. Et c’est récemment que nous avons aboutis à des élections démocratiques pour la première fois. Comme le président aime à le dire très souvent c’est un pays qu’il gère et non un Etat. Donc il a hérité d’un lourd fardeau donc ce n’est pas facile de remettre le pays sur les rails. Donc il faut qu’on donne le temps au temps pour qu’il puisse nous aider à développer le pays. Il a toujours eu à dire que « la Guinée is Back », la guinée va revenir. Donc il faut qu’on le suive et voir jusqu’où il va nous amener, quelle est sa force pour mettre les guinéens au travail, Comment il va diminuer le chômage au niveau des jeunes. A ce niveau il est entrain de poser des jalons qui ne sont pas mauvais, il est entrain d’aider les femmes et les jeunes. Récemment lors de sa dernière rencontre avec le secteur privé, il a émis le souhait d’avoir des relations très solides avec eux.
AFRICAGUINEE.COM: Un mot pour terminer…
Ahmadou Diallo : Mon mot de la fin c’est d’abord vous remercier de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer sur un certain nombre de questions. Aujourd’hui la préoccupation du syndicat c’est comment pouvoir résoudre le pouvoir d’achat des travailleurs qui est à terre, comment trouver des solutions face à l’inflation qui est de mise dans le pays, comment pouvoir solutionner le cas de la protection sociale, comment chercher à rétablir le dialogue entre les autorités et le syndicat. Je souhaite que les autorités nous tendent une main franche pour que nous convergions dans le même sens en vue d’aider les travailleurs guinéens. C’est donc cet appel la que je lance parce que les travailleurs guinéens souffrent beaucoup. Ils ont du mal à joindre les deux bouts.
INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : 224 62 65 75 74/ 60 36 80 12
E-mail :
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  Rubrique: Interview  date: 19-Apr-2011 à 17:59:38  Partager:   :  |
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