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Elections en Guinée: "il faut éviter que le RPG du président Alpha Condé devienne un parti-Etat...",

Alors que le président Alpha Condé annonce les législatives pour le dernier trimestre 2011, l'ancien ministre Aboubacar Sylla veut éviter que le parti présidentiel contrôle la future assemblée nationale.Avec l'Union des forces du changement (UFC), il n'exclut pas une alliance avec d'autres partis politiques pour la bataille des législatives.Dans cet entretien exclusif qu'il nous a accordé, Aboubacar Sylla revient également sur la gestion de la transition en Guinée, le rôle du Général Sékouba Konaté et sa vision de la nouvelle politique adoptée par le gouvernement de Mohamed Said Fofana.Exclusif!
AFRICAGUINEE.COM :Le gouvernement vient de proposer l’organisation des élections législatives pour le dernier trimestre 2011. Quelle est votre réaction ?
Aboubacar SYLLA : Je n’ai pas tous les éléments qui me permettent d’apprécier la pertinence de cette date mais si l’on doit s’en tenir aux dispositions constitutionnelles, les élections législatives doivent avoir lieu six (6) mois après l’adoption de la Constitution. S’il y a lieu de prolonger ce délai pour des raisons objectives, il faudrait que cela se passe dans le cadre d’un consensus, que toutes les parties concernées par le scrutin, que tous les acteurs politiques soient appelés autour d’une table et que les contraintes et les obligations soient présentées, de manière à ce qu’une date soit collégialement convenue pour que cette transition continue à être gérée de façon consensuelle et apaisée. Il faudrait qu’on se souvienne que la transition politique initiée par la Déclaration de Ouagadougou du 15 janvier 2010 n’est pas encore terminée et qu’elle ne le sera qu’après l’installation de l’Assemblée Nationale, donc s’il y a lieu de déterminer une autre date au-delà de celle qui avait été prévue par la constitution, il faudrait envisager une consultation de tous les acteurs politiques guinéens. Malheureusement, le Président de la République ne semble plus favorable à cette gestion consensuelle et décide seul de l’agenda électoral en ignorant sans état d’âme la Constitution qui est la loi des lois dont lui-même tire sa légitimité puisqu’il a été élu selon ses dispositions.
AFRICAGUINEE.COM : Dernièrement, votre parti l’Union des Forces du Changement (UFC) a proposé le renforcement de la légitimité du conseil national de transition face à l’exécutif. Qu’en est-il exactement ?
Aboubacar SYLLA : Nous avons surtout déploré le fait que jusqu’à maintenant notre démocratie marche sur un seul pied au lieu de marcher sur les trois pieds que sont l’exécutif, le législatif et le judiciaire. On a constaté que même des décisions qui sont du ressort du législatif sont prises par l’exécutif. Donc on a l’impression qu’on est dans tout sauf dans une démocratie. Qu’il y a un exécutif extrêmement fort et qu’il n’y a aucun contre-pouvoir. Ceci n’est pas du tout normal. Les dispositions constitutionnelles sont claires. Avant la mise en place de l’assemblée nationale c’est le CNT qui joue de façon transitoire ce rôle. Donc il faudrait que tout ce qui relève du législatif soit soumis au CNT qui l’adopte sous forme de loi que l’exécutif promulgue, comme cela se fait dans toutes les démocraties. Nous avons cité une série de décisions qui ont été prises comme la suppression de l’impôt par capitation qui est une bonne mesure parce qu’il n’ y avait aucune raison que ce soit les populations des zones rurales, qui sont justement les plus touchées par la pauvreté, qui payent cet impôt alors que nous savons tous que les citadins qui vivent ici ne payent pas d’impôt sur le revenu. Donc c’est une sorte de justice sociale qui a été rendue. Mais la création ou la suppression d’un impôt relève de prérogatives parlementaires. Seul le CNT est habilité à prendre de telles mesures qui doivent faire l’objet de vote après un projet de loi introduit par l’exécutif. Je peux vous en citer encore d’autres encore comme le nouveau Code minier qui est en réalité une Loi minière en préparation et dont on applique déjà les principes avant même que le CNT n’en soit saisi . Au niveau du judiciaire, le ministre de la justice a suspendu il y a quelques jours certains magistrats. Or vous savez très bien que le ministre de la justice relève de l’exécutif et qu’il existe une institution qu’on appelle Conseil Supérieur de la Magistrature qui est certes présidé par le chef de l’Etat mais qui comprend également des juges et des hommes de loi. Et seul ce Conseil Supérieur de la Magistrature d’après notre constitution, est habilité à prendre des sanctions contre les juges. Vous savez, dès qu’on franchit les limites entre les pouvoirs, on n’est plus dans une démocratie. Donc nous avons tenu à mettre un accent sur cette question. Nous avons également tenu à rappeler que le gouvernement n’avait pas fait de déclaration de politique générale jusqu’à présent devant le CNT, heureusement je crois que notre appel a été entendu puisque depuis la semaine dernière, c’est maintenant chose faite. Nous avons également déploré le fait qu’il n’y ait pas de budget de l’Etat soumis au CNT et que l’Etat exécute actuellement ses dépenses, prélèvent les taxes et impôts et fait ses recettes sur une base totalement illégale. Bref nous avons rappelé que tout régime démocratique fonctionne avec trois pouvoirs. Nous partons du principe que ces trois pouvoirs doivent être séparés car c’est cette cette règle qui régit le fonctionnement de toute démocratie.
AFRICAGUINEE.COM : Lors de votre dernière intervention vous avez défendu le Général Konaté estimant qu’ « il n’a signé aucun contrat ». Cependant certaines sources au niveau de la BCRG parlent de plus de 6.000 milliards de francs guinéens dépensés entre janvier et décembre 2010. Qu’en est-il exactement ?
Aboubacar SYLLA : Je dois d’abord vous dire que je ne suis l’avocat de personne. Je l’avais dit lors de ma dernière conférence de presse, je ne connais pas personnellement le Général Konaté.je ne l’ai jamais rencontré en tête à tête pendant toute la durée de la transition parce qu’il n’a participé à aucune des sessions du Conseil des ministres ; donc toutes les décisions que nous prenions en Conseil nous les prenions en dehors de lui. On ne faisait que lui en rendre compte quelque fois. Mais je suis en faveur du rétablissement de la vérité historique. Je suis contre l’imposture, je suis farouchement opposé à tout procès inéquitable. J’ai dit qu’on doit rendre un hommage au Général Sékouba Konaté pour le rôle politique qu’il a joué dans notre pays. Nous, en tant que leaders du Forum des Forces Vives de Guinée, nous savons dans quel état était notre pays au lendemain des évènements du 28 septembre 2009. Nous savons que presque tous les leaders politiques en dehors peut être de M. Jean Marie Doré et moi, avaient du quitter la Guinée parce qu’ils se sentaient menacés. Donc la vie politique était complètement figée. Il a fallu que le Général Konaté, au terme des accords de Ouagadougou, soit désigné Président de la transition le 15 Janvier 2010 et qu’il lance un appel à tous les leaders politiques pour qu’ils rentrent enfin au pays. Il s’est engagé à assurer notre sécurité et mit à notre disposition des forces mixtes composées de policiers, de gendarmes et de militaires y compris à nos domiciles respectifs pour que la vie politique reprenne. Il a fallu aussi son engagement personnel pour que le premier tour des élections ait lieu le 27 juin 2010.Il a pris tout le monde de vitesse et a même accepté que la campagne électorale débute avant la date, donc c’est quelqu’un qui a eu un grand rôle dans l’avènement de la société démocratique que nous sommes entrain de vivre aujourd’hui. Ensuite vous savez que le Général Konaté a trouvé une armée dans une totale déliquescence. Certes il y avait encore quelques officiers supérieurs respectueux de l’ordre républicain mais il y avait surtout des soldats qui étaient beaucoup plus des délinquants et des hors-la-loi que de vrais militaires. 
Vous savez très bien qu’il a fallu qu’il discipline l’armée, qu’il éloigne ceux qui devaient l’être, qu’il radie de l’armée ceux qui devaient être exclus, qu’il rapproche ceux qui le méritaient et qu’il prenne certains risques physiques lui-même pour que cette armée nous amène tous vers des élections pluralistes et indépendantes telles que celles que nous avons connu en Guinée. Par ailleurs, c’est quelqu’un qui n’a jamais manifesté un quelconque désir de s’accrocher au pouvoir. On voit que depuis qu’il a quitté le pouvoir, contrairement à ce qui se passe souvent dans certains pays, il s’est mis totalement en marge. Et aujourd’hui il n’intervient pas, il n’interfère pas dans la vie politique nationale. Alors j’ai rendu un hommage mérité à ce cadre en me joignant à beaucoup d’autres mais comme les gens ont une mémoire très courte en Guinée on brûle vite ce qu’on a adulé hier. On n’oublie que toutes les institutions de la république à commencer par le CNT, le Conseil Economique et Social, la Cour Suprême ont rendu un hommage appuyé au Général Sékouba Konaté pour le rôle politique qu’il a joué pendant cette période historique de notre pays. On n’oublie que tous les leaders politiques, que ce soit ceux de l’alliance arc-en-ciel ou ceux de l’alliance Cellou Dalein Président ont tous rendus un hommage à ce haut cadre de l’armée. On n’oublie que toute la communauté internationale lui a rendu un hommage et certains oublient encore qu’il a été coopté par l’Union Africaine pour diriger la Force Africaine en Attente. Et surtout il a réussi à faire éviter à notre pays un bain de sang. Peu de guinéens conscients et peu d’étrangers avisés auraient imaginé que la Guinée allait se retrouver à ce stade aujourd’hui, c'est-à -dire avec un président élu démocratiquement et non contesté sans qu’auparavant on ait connu un bain de sang et même une guerre civile. Quant aux douloureux évènements du 28 septembre 2009 dont je fus moi-même une victime, la récente levée de sanctions de l’Union Européenne ajoutée à la reconnaissance internationale dont il bénéficie actuellement attestent de sa non-implication dans la prise de décision et dans l’exécution de ces massacres. Maintenant pour ce qui est de la gestion économique, s’il y a eu 6.000 milliards de francs guinéens de dépensés pendant cette période, ça reste à prouver. On ne peut pas imputer cela au Général Konaté parce que d’abord ce montant n’est pas un montant détourné c’est un montant dépensé, pendant cette période là il y a eu beaucoup de dépenses, des dépenses normales comme elles peuvent être des dépenses indues. Mais l’Etat a continué à fonctionner. L’administration a continué à fonctionner, les salaires ont continué à être payées, les pensions également, on a continué à faire des investissements publics, on a continué à construire des casernes, des routes. Donc ce n’est pas un montant entièrement détourné, c’est un montant dépensé. Tout dépend de ce que les autorités vont prouver dans l’avenir, notamment du résultat d’audits éventuels réalisés de façon rigoureuse et professionnelle afin de situer les écarts et les responsabilités individuelles. J’ai dit également que tous les marchés qui furent adjugés ont fait l’objet de contrats dument signés par le ministre de tutelle et le ministre des finances. Et j’ai dit que ce serait faire deux poids deux mesures que d’apprécier positivement la gestion qui a été faite par certains ministres qui ont été reconduis dans le gouvernement actuel et en même temps critiquer la gestion du gouvernement de transition sous prétexte que c’est le Général Sékouba Konaté qui a dirigé cette transition. Le Général Konaté ne signait pas les contrats et tout ministre qui estimait qu’on l’obligeait à faire des dépenses indues avait la liberté de démissionner et personne ne l’a fait. Donc moi j’essaie d’être tout à fait objectif dans cette affaire. Encore une fois je n’ai aucun rapport particulier avec le Général Sékouba Konaté mais je suis pour la vérité historique dans ce pays.
AFRICAGUINEE.COM : Vous qui étiez le porte parole de ce gouvernement, qu’est ce qui selon vous n’a pas marché pendant cette période de transition ? Est-ce qu’il y a des choses que vous regretteriez aujourd’hui ?
Aboubacar SYLLA : Ecoutez ! Le Gouvernement d’Union Nationale de Transition avait deux missions essentielles, la première mission c’était d’organiser les élections présidentielles qui pour la première fois devaient se passer dans une transparence totale avec des résultats acceptées par tous, la deuxième mission de ce gouvernement était de restructurer les forces de défense et de sécurité. Je crois qu’on peut dire que globalement que ces deux missions ont été atteintes. On a organisé des élections dans des conditions acceptables, la preuve : le pays est aujourd’hui en paix, Il y a un régime qui n’est pas contesté, en tout cas pas de façon violente. Je crois qu’on ne pouvait pas s’attendre à mieux compte tenu de toutes les menaces d’embrasement voire de guerre civile qui pesaient sur notre pays. Deuxièmement, les forces de défense et de sécurité ont été contenues, la réforme a été engagée. Elles ont acceptée que les citoyens aillent aux urnes, elles ont accepté les résultats du scrutin, elles se sont effacées devant le pouvoir exécutif mis en place et elles lui ont même fait allégeance. N’en déplaise à certains, je crois que le Gouvernement d’Union Nationale de Transition a globalement réussi sa mission. Maintenant puisque l’Etat est une continuité et que même pendant la période de transition la gestion des autres secteurs notamment ceux relevant des domaines économique et financier s’est poursuivie, il y a eu probablement des dérapages de tous genres dans certains départements ministériels. Mais au niveau de celui dont j’avais personnellement la charge, le ministère de la communication il n’y a eu aucun dérapage ni aucun écart de gestion même si après mon départ du gouvernement, un journaliste sans doute manipulé, s’est amusé écrire de graves accusations contre ma personne. J’ai porté plainte pour diffamation au niveau du tribunal, l’affaire est mise en délibéré et dans quelques jours le verdict sera connu. Et on verra bien si les accusations ont été faites à tort ou à raison. De toute façon si je m’en tiens aux réquisitions du procureur lui-même, je ne parle même pas des plaidoiries de mes avocats, je pense que le jugement va être relativement sévère. Le journaliste n’a même pas osé comparaître durant les deux audiences. Il a préféré envoyer son avocat et malgré que la loi lui fait obligation de comparaître en personne, il n’a pas osé se présenter devant la cour parce qu’il n’avait pratiquement rien à dire, rien à prouver. Pour ce qui est des autres secteurs, comme l’impunité est de règle dans la gestion des affaires publiques, il y a eu certainement des dérapages en ce qui concerne la gestion financière et économique pendant cette transition.
N’oublions surtout pas qu’il y avait une obligation que le gouvernement avait c’était de faire en sorte que la reforme des forces de défense et de sécurité soit effective et pour ce faire, il y avait une contrainte majeure, c’était le casernement des militaires. Il fallait rénover au moins les casernes militaires. Comme l’avait dit en son temps le ministre de l’Economie et des Finances il y avait un effort de rattrapage à faire au niveau des infrastructures et des équipements et matériels militaires parce que depuis trop longtemps l’armée guinéenne avait été laissée à l’abandon. Ces investissements intensifs ont pu occasionner des sorties intempestives de fonds en faveur de l’armée mais je crois que c’était aussi le prix à payer pour qu’on ait la paix que nous avons aujourd’hui, qu’on ait cette cohésion nationale qui est au dessus de tout le reste. Cela n’exonère cependant en aucune façon les responsables de la chaine des dépenses publiques quant à la violation des procédures de passation et de règlement des marchés financés par l’Etat, notamment ceux qui sous prétexte d’urgence ont laissé prospérer de façon anarchique les marchés de gré à gré, sources comme chacun le sait de surfacturation et de coulages de toutes sortes.
AFRICAGUINEE.COM : M. Sylla selon plusieurs sources le président Alpha Condé aurait ordonné la récupération de tous les domaines qui vous avaient été octroyés par l’ancien Premier ministre Jean Marie Doré. Pouvez-vous nous confirmer cette information ?
Aboubacar SYLLA : On a beaucoup parlé de ces domaines et de ce qu’on a appelé les tickets de sortie de cinq cents millions que le premier ministre aurait accordé aux membres du gouvernement de même que les véhicules de fonction que les membres du gouvernement ont gardé par devers eux. Je dois dire que cette dernière mesure a été entérinée par l’actuel Chef de l’tat. Sinon on n’aurait pas pu la mettre en œuvre. En ce qui concerne ces domaines je vais vous rappeler un peu le contexte dans lequel ce gouvernement a été mis en place, je crois que ça peut aider à nuancer un peu la sévérité du jugement de certains compatriotes sur cette question. Le gouvernement d’union nationale était composé en majorité de responsables de partis politiques, de leaders politiques, syndicaux et sociaux et de membres du CNDD (Ndlr Conseil National pour la Démocratie et le Développement). Donc il s’agit de personnes qui viennent d’horizons différents et qui ont donc certainement des conditions de vie différentes. Il y a certains qui avaient abandonné leurs formations politiques, leurs syndicats ou leurs ONG pour venir donner de leurs personnes, participer à cette transition et être obligatoirement neutres pour éviter que le gouvernement d’union nationale ne soit accusé de pencher vers l’un des candidats. Donc certains ont considérés qu’ils ont fait des sacrifices importants dans le gouvernement qui se traduiraient ultérieurement par des investissements majeures qu’il seraient obligés de faire pour relancer les partis politiques, pour relancer les syndicats, pour relancer les ONG, qui pendant leurs absences n’ont pas pu évoluer normalement. Donc certains se sont donc dis qu’il fallait normalement qu’ils aient un coup de pouce de l’Etat. Certains ont estimés que des membres du gouvernement compte tenu de leurs diversités menaient un train de vie économique relativement modeste. Il y avait un risque que des membres du gouvernement se retrouvent après la transition dans un dénuement total sans véhicule et avec même des problèmes de survie. Ce ne serait pas honorable pour la république qu’un ancien membre du gouvernement, surtout un ancien membre d’un gouvernement d’union nationale de transition qui a eu une mission historique à accomplir et qui l’a accomplie, vive aujourd’hui dans des conditions misérables. Donc certains se sont dit que l’Etat avait le devoir de faire en sorte que ces personnes qui l’ont incarné vivent avec une certaine dignité après avoir achevé leur mission. Un troisième groupe a estimé que la meilleure façon d’amener tout le monde à œuvrer pour que le processus de transition s’achève le plus rapidement possible, de manière à éviter que certains ne cherchent à se cramponner à leurs postes donc à faire durer la transition pour continuer à bénéficier à certains traitements, pour ne pas que l’après gouvernement soit pour eux une véritable traversée de désert et que pour cela ils ne freinent le processus. Donc c’est pour toutes ces raisons qu’il y a eu un consensus afin qu’un minimum soit accordé aux membres du gouvernement à savoir un terrain d’environ 1 000m2 à Kagbélèn, dans la préfecture de Dubréka. Et ensuite les véhicules de services ont été accordés parce que certains membres du gouvernement n’avaient même pas de véhicules personnels, Moi ce n’est pas mon cas. Moi comme vous le savez je suis un homme d’affaires privé. Si ça ne tenait qu’à moi je vous assure qu’il n’ y aurait pas eu de tickets de sortie parce que personnellement j’ai quelques activités privées qui me permettent de vivre dignement et je n’ai pas besoin d’être soutenu par l’Etat pour pouvoir garder mon niveau de vie mais malheureusement ce n’était pas le cas pour beaucoup d’entre nous car comme je l’ai dis tantôt les conditions de formation du gouvernement ont fait qu’on a fait appel à des personnes d’horizons économiques et de standings différents. Certains n’avaient même pas de maisons personnelles, ils logeaient chez des particuliers et ils marchaient à pied. Ceux-ci se sont retrouvés dans le gouvernement parce que c’était un gouvernement à la composition particulière car l’essentiel était de donner une certaine représentativité nationale à cette équipe de transition. Donc ce ‘’ticket de sortie’’ que l’on diabolise aujourd’hui a été attribué dans ces conditions. Le président Alpha Condé a dit que ces terrains devraient être éventuellement retirés aux anciens ministres, je crois qu’il a donné une justification objective de cette décision. Il demandé à ce que ces terrains soient repris pour une cause d’utilité publique parce que la zone concernée est prévue pour le recasement pour les populations qui peuvent être éventuellement déguerpies du centre ville lorsqu’on déciderait d’engager un programme immobilier pour la restructuration des quartiers de Kaloum. Peut être que si les terrains avaient été attribués aux ministres un peu plus loin dans une autre zone, le problème ne se serait pas posé. Il me semble que le problème ce n’est pas le principe mais le lieu d’attribution des terrains. Les gens ne se mettent pas en tête les conditions dans lesquelles ce gouvernement a travaillé, le sacrifice que ses membres ont consentis. On l’a fait pour la patrie ! Moi j’ai abandonné mon parti politique pendant près d’un an et aujourd’hui je sais tout l’effort que je suis entrain de fournir pour le remettre à flot parce que même les structures qu’on avait mises en place à l’intérieur du pays étaient à refaire pour la plupart à cause de l’absence du leader que j’étais sur le terrain politique. Ne pouvant m’exprimer publiquement sur les élections, encore moins être candidat à l’élection présidentielle, nos militants et sympathisants étaient enclin à migrer vers les partis politiques qui présentaient des candidats. Donc certains ont suggéré que pour aider les leaders politiques, syndicaux et sociaux membres du Gouvernement de transition on leur alloue une subvention pour les aider à redémarrer leurs partis politiques, leurs centrales ou leurs ONG. C’est une assistance financière de l’Etat. Il ne faut pas oublier que dans le cadre légal guinéen il est prévu que l’Etat finance les partis politiques. Donc ce n’est pas scandaleux. Je crois qu’il faut un peu relativiser cela et tourner la page.
AFRICAGUINEE.COM : Est-ce que le chef de l’Etat a récupéré aussi vos anciens véhicules de service ?
Aboubacar SYLLA : Ce sont des véhicules que le président Alpha Condé a accepté que les anciens ministres gardent. Moi je vous donne mon exemple : dès que le gouvernement de transition a présenté sa lettre de démission, le même jour j’ai fait garer mon véhicule au département de la communication, vous pouvez vérifier. C’est dix jours après quand mon successeur fut nommé et que la passation soit intervenue, que l’information m’a été donnée que les anciens ministres pouvaient garder leurs anciens véhicules, c’est le Secrétaire Général du gouvernement qui nous l’a confirmé le jour de la passation de service. C’est ainsi que le véhicule m’a été remis. En ce qui me concerne, il s’agit d’un véhicule qui date de trois ans et qui a été utilisé par mes deux prédécesseurs comme voiture de fonction.
AFRICAGUINEE.COM : Revenons sur les législatives. Quelle stratégie adoptez au niveau de votre parti l’UFC pour conquérir la future Assemblée Nationale ?
Aboubacar SYLLA : Je sois d’abord vous dire que les élections législatives sont pour nous une priorité, c’est une priorité d’une extrême importance parce que n’ayant pas participé aux présidentielles et la vocation de tout parti politique étant la conquête du pouvoir, nous mettons tout en œuvre pour gagner le maximum de députés à la prochaine assemblée nationale. Nous nous battrons par tous les moyens légaux pour que ceci soit une réalité. Maintenant nous essayons de présenter aux guinéens un parti, l’UFC, que nous considérons comme un parti différent des autres, un parti pas comme les autres qui a des avantages plusieurs spécificités, à savoir que c’est un parti multi ethnique dans la réalité, un parti où le genre est considéré c'est-à -dire un parti où les hommes et les femmes sont à parité égale dans toutes les structures dirigeantes. C’est un parti qui a un programme économique, un programme de société parfaitement cohérent, qui a des solutions pratiques et rationnelles pour sortir notre pays de cette crise, qui a des idées de reformes au niveau de tous les secteurs. C’est également un parti où les leaders ne sont responsables en rien dans la situation désastreuse de notre pays. Donc nous essayons de vendre ces arguments avec une stratégie de proximité pour faire en sorte que notre parti soit rapidement connu afin que lors des législatives nous puissions engranger le maximum de suffrage. Une autre stratégie c’est d’aller dans les alliances. Nous avons déjà des propositions d’alliances, nous sommes entrain de les étudier, nous sommes entrain de travailler par exemple avec l’UPG (Ndlr Union du Peuple de Guinée de Jean Marie Doré) mais nous n’avons pas conclu d’alliance d’abord. L’UPG est juste venu vers nous, les deux états major sont entrain de travailler sur une plate forme commune. Si nos objectifs se rejoignent, les stratégies aussi, en ce moment il n’y aurait pas de raison qu’on ne fasse pas des alliances pour aller ensemble pour les législatives avec éventuellement d’autres partis qui pourraient se regrouper autour du noyau que nous constituerons dans le but de créer une alliance beaucoup plus élargie, avec un maximum de chance de victoire.
AFRICAGUINEE.COM : Seriez-vous prêt à nouer des alliances avec certains membres de l’alliance arc-en-ciel ?
Aboubacar SYLLA : Absolument ! Si des membres de l’alliance arc-en-ciel venaient vers nous pour nous proposer des programmes qui seraient en harmonie avec les nôtres. Mais n’oubliez pas, moi je considère que les alliances qui avaient été signées lors de l’élection présidentielle sont aujourd’hui caduques de fait, à partir du moment où l’élection présidentielle est complètement terminée. Normalement chaque parti politique reprend son autonomie, je crois que toutes les formations politiques sont aujourd’hui libres d’aller à des alliances de leurs choix. Nous nous n’avons pas d’a priori, une fois qu’il y a un programme, une bonne stratégie, une vue conforme, si les partis sont décidés à s’allier à nous on s’alliera et une fois à l’assemblée on constituera un groupe parlementaire. Et on définira ensemble quelle stratégie adopter par rapport au pouvoir en place mais notre souhait serait que notre pays la Guinée se retombe pas dans la situation de parti Etat. Notre souhait serait que le RPG (Ndlr Rassemblement du Peuple de Guinée, parti au pouvoir) ayant gagné la présidentielle, ne gagne pas à lui seul une majorité à l’Assemblée Nationale. C’est pour cela que nous nous battons pour que l’assemblée nationale ne soit pas une caisse de résonance du Gouvernement mais constitue un véritable contre pouvoir pour permettre à notre démocratie d’aller à l’avant.
AFRICAGUINE.COM : Selon certaines informations qui nous sont parvenues, les leaders politiques issues de la Basse Guinée auraient décidé de s’unir derrière un des leurs pour mettre le maximum de chance de leurs cotés lors des élections législatives prochaines. On cite même le nom de Mamadou Sylla comme étant ce leader de la Basse Guinée. Qu’en pensez-vous ?
ABOUBACAR SYLLA : C’est vrai qu’il y a une forte volonté de la part des leaders politiques qui se partagent traditionnellement la même région, la Basse Guinée, d’entrer dans une dynamique unitaire. Ils sont vivement encouragés dans cette voie par les Sages et toutes les autorités morales de la région. L’objectif est d’identifier un parti porte-étendard et un leader charismatiques susceptibles de rallier le maximum de suffrages. Sur cette question, il y a actuellement beaucoup de désinformation et de manipulation, certains leaders voulant prendre de vitesse les autres et œuvrant à tromper l’opinion en se faisant passer pour l’heureux lauréat de cette sélection. En réalité, aucune décision n’est encore intervenue et je crois qu’il faut s’attendre à des débats particulièrement houleux et à ce jour ni les critères de choix ni le profil du leader porte-étendard n’est encore défini. Mais les négociations vont bon train.
AFRICAGUINEE.COM : Dernière question M. Sylla. Bientôt les 100 jours du gouvernement que dirige Mohamed Said Fofana, quelle appréciation faite vous de cette équipe ?
Aboubacar SYLLA : J’ai une appréciation mitigée ! Lors de ma dernière conférence de presse je l’avais souligné. Il y a une contrainte qui a fortement handicapé les capacités de cette équipe, sa constitution et son efficacité c’est que le Pr. Alpha Condé s’est fixé comme première priorité la victoire de son parti ou de l’alliance qu’il va constituer aux élections législatives. Tous les membres du gouvernement, tous ses proches collaborateurs ont été désignés sur la base de leurs capacités ou de leurs aptitudes à rassembler des communautés et à apporter des voix au président Alpha Condé ou au parti du Président de la république. Aujourd’hui on a devant nous un gouvernement de campagne dont l’efficacité est loin d’être évidente. Plus de deux ou trois mois après la mise en place de ce gouvernement ou tout au moins l’entrée en fonction de certains ministres, ils en sont encore à visiter leurs services respectifs donc à faire l’état des lieux. A ce stade, les diagnostics devraient être faits, les reformes adoptées et leurs mises en œuvres engagées. Actuellement, la plupart des ministres en sont encore à visiter telle Université à l’intérieur, telle structure ou tel service, mettent à profit ces visites là pour battre campagne en faveur du RPG. Vous le voyez souvent à la télévision nationale, quand les ministres y vont c’est plus pour parler de soutien au Président de la République, c’est leurs droits mais ce n’est pas leur mission officielle. Aujourd’hui, le pouvoir est dans un état de grâce et le pays on est aujourd’hui dans une phase où il attire beaucoup d’investisseurs potentiels et c’est souvent ainsi. Quand il y a une nouvelle donne politique qui intervient, les nouveaux investisseurs accourent de partout, mais ce sont des investisseurs potentiels. Ils viennent voir si l’environnement des affaires est convenable pour qu’ils choisissent la Guinée parmi tant d’autres pays. Et lorsqu’ils se rendent comptent qu’il n’y a pas de répondant, ou que l’équipe en face n’a pas l’air de savoir exactement ce qu’elle veut, ils vont repartir et ce n’est pas évident qu’ils reviennent faire ces investissement qu’ils envisageaient dans notre pays. Il y a un élément qui ne trompe pas, je crois que c’est même un indice révélateur, quand un nouveau gouvernement est mis en place, les indicateurs économiques s’améliorent notamment le taux de change. Il en a été ainsi quand le gouvernement du premier ministre Kouyaté a été mis en place, les gens étaient optimistes et de suite les devises se sont effondrées en faveur du franc guinéen, le sac de riz se négociait par exemple à 60.000 GNF alors qu’il était à plus de 100.000 GNF auparavant. Donc les opérateurs économiques ont anticipé sur une éventuelle embellie. Il en a été ainsi aussi à l’avènement du CNDD avec le capitaine Moussa Dadis Camara, le même phénomène s’était reproduit. Les discours qu’il tenait, les premières décisions qu’il a eu à prendre ont fait espérer les populations, les agents économiques ont suivi et tout de suite les devises étrangères ont chuté en faveur du franc guinéen. Mais avec l’actuelle équipe, c’est exactement l’inverse qui s’est passé, c'est-à -dire que lorsque ce gouvernement a été mis en place, les prix ont commencés à flamber. Ce n’est pas forcément les conséquences de la gestion de la transition parce que c’est après la mise en place de la nouvelle équipe que les prix ont flambé et ça il faut dire que la confiance est un élément important pour la valeur d’une monnaie. Il faut que les agents économiques de l’intérieur comme de l’extérieur aient confiance en l’équipe dirigeante. Quand les gens ont confiance ils ne se refugient plus dans les devises mais c’est totalement l’inverse actuellement. Le premier critère pour relancer une économie c’est la confiance des agents économiques. Jamais les guinéens n’ont connu une situation de pauvreté aussi grave.
AFRICAGUINEE.COM : M. Sylla un mot pour vos militants et sympathisants ?
Aboubacar SYLLA : Je dirais à mes militants et sympathisants de croire en l’UFC. Le nouveau Président de la République disait le jour de son investiture que la « Guinée is back », moi je leur dirai que l’UFC is back. Nous démontrerons que l’UFC est différent des autres partis et qu’elle est capable de sortir la Guinée de la situation de détresse dans laquelle l’ont plongée des décennies d’imprévoyance, de légèreté et de laisser-aller. Nous sommes optimistes sans quoi nous n’aurions pas lancé notre parti politique. Nous savons que le problème guinéen est un problème de leadership. Nous savons que la Guinée a tous les atouts. Donc la crise que la guinée traverse est une crise de leadership. Nous avons la forte conviction que si l’UFC arrive au pouvoir la Guinée sera dans une échéance brève, une nation qui fera rêver tous les africains.
INTERVIEW REALISEE PAR SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : 224 62 65 75 74/ 60 36 80 12
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  Rubrique: Interview  date: 29-Mar-2011 à 13:08:35  Partager:   :  |
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