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Martine Condé, présidente du CNC: "Les journalistes guinéens doivent changer de comportement..."





CONAKRY-La nouvelle présidente du Conseil national de communication (CNC), Martine Condé vient d'interpeller les journalistes guinéens pour qu'ils changent de "comportement" à travers une meilleure formation et un respect des lois et de la déontologie des médias.Dans cet entretien exclusif qu'elle nous a accordé, Mme Condé revient sur les problèmes qui gangrènent le monde de la presse guinéenne et elle invite les journalistes à redorer l'image de la Guinée...

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour Madame la Présidente ! Vous venez d’être nommée à la tête de cette institution par le président Alpha Condé. Peut-on connaître vos priorités ?

Martine CONDE :
Mes priorités je les ai énumérées plusieurs fois déjà notamment lors de ma prise de fonctions. J’ai dis que j’avais quelques objectifs à atteindre nécessairement à très court terme. C’est d’abord de mieux faire connaître le CNC parce qu’il n’est pas tellement connu par les citoyens. Et s’il n’est pas connu ça donne une image plutôt floue de l’institution. Deuxièmement c’est aussi travailler sur la communication interne du conseil national de la communication. Comme dans beaucoup d’institutions et de ministères généralement la communication interne ne marche pas ; c’est pourquoi il y a l’absentéisme et tous ces petits problèmes, parce que les gens ne se sentent pas concernés, ils ne sentent pas comme partie intégrante de l’atteinte des objectifs que l’institution s’est fixée. Ensuite le troisième point c’est ce que j’ai voulu faire la dernière fois. Instaurer un dialogue permanent et constructif entre le CNC et les organes de presse sans oublier aussi les partenaires extérieurs pour mener ensemble les activités. C’est donc dans ce cadre que j’avais rencontré le 3 Février dernier les associations de presse, les patrons des organes de presse, les imprimeurs, les photographes.

AFRICAGUINEE.COM : Mme la Présidente la presse guinéenne est confrontée à de nombreux problèmes notamment l’accès à l’information qui est monopolisé par les médias publics. Quelles solutions préconisez-vous pour répondre à ce problème ?

Martine CONDE :
Ce problème existe bien sûre mais la faute incombe d’une part aux professionnels de médias, aux journalistes eux mêmes. Parce qu’ils ont un certain nombre de comportements qui ne sont pas bons. Ça dépend de la façon dont ils sont perçus par les autorités, par les populations. C’est de cette manière qu’on les traite. On va dire que je vais encore choquer un certain nombre de personnes mais moi aussi je fais partie de cette profession. Il y a un certain sérieux à mettre dans notre manière d’exercer la profession. Ce que j’ai vécu dans mes différentes activités, quand j’étais à d’autres endroits, j’ai constaté que la plupart des journalistes guinéens ne cherchent pas l’information comme il se doit mais c’est l’information qui les cherche. Non seulement ils attendent toujours qu’on les invite pour leur dire qu’il y a tel évènement ou telle activité. Ils ne courent jamais vers l’information par curiosité ou par amour du métier mais ils y vont parce qu’ils sont invités. Si je vous donnais un exemple, le jour de ma passation de service, quand la cérémonie s’est terminée il y a des journalistes qui sont venus dans mon bureau pour me dire, madame nous sommes là il faut qu’on nous paye. J’ai été surprise, j’ai dis on va vous payer pourquoi et ils m’ont répondus on n’a pas de transport. On est entre nous, je le dis ce n’est pas bien. Je sais que les journalistes sont majoritairement pauvres. Il y a un phénomène de pauvreté qui est partagé par tout le monde. Il y a des moments quand même où il ne faut pas trop extérioriser cela. Et très souvent quand on leur donne ces invitations ou quand ils assistent à des évènements ils ne font jamais de compte rendus dans leurs organes. Ou même s’ils font un compte rendu on constate toujours que c’est mal fait. Je ne critique pas pour choquer quelqu’un mais c’est pour amener les gens à beaucoup plus de professionnalisme, c’est pour qu’on soit bien vu. Moi je peux le comprendre mais si tu le fais à une autre autorité une fois, deux fois, comment voulez-vous que les journalistes accèdent aux sources d’informations ? Sans le changement de comportement les journalistes ne pourront rien atteindre comme objectif. Donc ils ne pourront pas être traités comme de vrais professionnels. Ceci dit nous allons maintenant travailler avec les différentes autorités, le ministère de la sécurité, le ministère de la défense, nous allons sensibiliser tout le monde pour que les journalistes de la presse privée aient les mêmes droits que ceux des médias publics. Parce qu’il y a les cartes de presse on va donc sensibiliser tout le monde pour que tous les journalistes soient traités de la même manière.

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez évoqué le problème de formation des journalistes, qu’est ce que vous envisager pour corriger cet état de fait ?

Martine CONDE :
Nous notre rôle c’est de réguler, contrôler. Vous voulez que je demande au ministère de l’information s’il prend des mesures pour la bonne formation des journalistes ? Déjà il y a un grand pas qui est fait avec la création de l’institut supérieur de l’information et de la communication. Donc je pense que l’Etat a consenti d’énormes efforts pour la formation des journalistes. Et avec le nouveau régime, avec toutes les sollicitudes des bailleurs de fonds, tout ce que nous avons comme potentialités actuellement, la presse aura sa part et sa grosse part, c’est la formation.

AFRICAGUINEE.COM : Aujourd’hui la guinée connaît une prolifération de médias notamment sur internet avec les sites d’informations. Comment comptez-vous gérer cette mosaïque de médias dans le cadre du respect de l’éthique et de la déontologie dans notre pays ?

Martine CONDE :
Nous ne pouvons que nous reposez sur les associations de presse en ligne. Il y a certains sites qui ne sont même pas basés en guinée et qui adoptent une ligne éditoriale qui crée de temps en temps des problèmes. J’ai donc dis aux associations de presse en ligne qu’il faudrait qu’on voit ensemble comment faire du sérieux dans leur travail. Etant donné qu’elle (Ndlr la presse en ligne) est lue même à l’extérieur, il faut les gens fassent attention pour ne pas ternir l’image de notre pays en donnant certaines informations non vérifiées. Ça peut ternir l’image du pays. On ne le fait pas contre une personne mais c’est contre tout le pays. Donc il faut quand même faire attention. La presse en ligne doit donc éviter de tenir des propos qui incitent à la violence et à l’affrontement. Nous devons éviter l’ethnocentrisme dans nos propos. Sinon la liberté de la presse voudrait quand même que cette presse en ligne soit encouragée.

AFRICAGUINEE.COM : Autre question sensible, c’est celle relative à la subvention de l’Etat accordée aux médias. Est-ce qu’on peut attendre à ce que l’Etat s’acquitte de son devoir envers la presse étant donné que « les caisses de l’Etat sont vides » ?

Martine CONDE :
Si le gouvernement a avoué cela, moi en tant que présidente du CNC, je ne peux qu’aller voir les autorités, discuter avec elles pour la résolution de ce problème. N’oublions pas que je viens à peine d’arriver. Je n’ai même pas fais un mois complet à la tête de cette institution. Donc je sais que ça fait partie des activités que j’aurais à mener.

AFRICAGUINEE.COM : Certains observateurs vous accusent de vouloir restreindre la liberté de la presse en évoquant une substitution de la loi portant sur la liberté de la presse de 2010 à celle de 1991. Qu’en dites-vous exactement ?

Martine CONDE :
Oui j’ai entendu parler de ça et je suis vraiment désolé que les gens pensent de cette façon là. Parce que si je fais une telle chose j’aurai fais du mal à moi-même puisque je fais partie des professionnels de médias. L’autre jour à la rencontre avec la presse le 3 Février dernier on m’avait posé cette question et j’ai effectivement dis que j’applique la loi numéro 05 de 1991, l’ancienne loi. Je l’ai dis parce que je n’ai pas encore reçu la nouvelle loi. Nul n’est censé ignorer la loi mais faut-il que cette loi soit publiée. La loi en question je l’ai cherché mais sans suite. Mon prédécesseur travaillait avec l’ancienne loi. C’est lui qui m’a remis la copie de l’ancienne loi. Ensuite comme j’ai entendu parlé de la nouvelle loi que j’ai jamais vu, j’ai envoyé le conseillé juridique de mon institution qui est le représentant de la cour suprême là où toutes les lois promulguées au Conseil National de Transition sont envoyées pour être publiées, au secrétariat général du gouvernement, à la direction du journal officiel, et on nous a signifié que cette loi n’était pas parvenue à leur niveau. Donc je ne savais plus quoi faire. J’ai cherché cette loi à la RTG, au ministère je ne l’ai pas eu. Normalement en tant que CNC, en tant qu’institution ce document doit nous être envoyé par voie officielle. Mais nous ne l’avons pas encore. Mais le décret ou bien la loi votée au CNT nous ne l’avons pas eu. Moi je serais heureuse de l’avoir pour pouvoir l’applique. Si vous vous souvenez même quand j’ai été nommée il y a eu une polémique disant que le président Alpha Condé aurait violé une loi et que ce n’est pas la haute autorité de la communication c’est toujours le conseil national de la communication mais la nouvelle loi se réfère à la haute autorité de la communication qui n’est pas encore rentrée en vigueur. Il faut rappeler que dans l’article 155 alinéa 4 c’est dit que et le conseil national de la communication, et le conseil économique et social, et la commission électorale nationale indépendante continuent de travailler comme telle. Vous pouvez regarder la constitution. Donc tant que je n’aurais pas reçu cette nouvelle loi je serais obligé de travailler avec l’ancienne puisqu’il faut que je travaille avec une loi. Moi je ne suis pas là avec un marteau pour taper sur la tête des patrons des organes de presse, je suis là pour les protéger aussi et surtout les protéger. C’est tout ce que je fais depuis que je suis là si non il y a beaucoup de pagailles.

AFRICAGUINEE.COM : Certains accusent le directeur général de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications (ARPT) de vouloir fermer certaines radios privées. Qu’en dites-vous ?

Martine CONDE :
Tout ça est parvenu lors de la fameuse réunion du 3 février. L’ARPT était là mais il n’a jamais été dis qu’il était question de fermer une quelconque radio privée ici. Si nous fermons les radios privées nous allons travailler avec qui ? Les radios privées sont aujourd’hui incontournables sur le paysage médiatique. Les populations sont habituées à ça et on ne peut plus s’en passer mais il faut que ces radios se mettent en règle et c’est là que le CNC intervient. Parce que nous devons réguler. Nous on s’occupe du contrôle général. L’ARPT réclame ses redevances. Ce qui est normal aussi. Mais leur représentant avait dit la dernière fois venez on va discuter, vous n’êtes pas règle, vous devez à l’Etat mais venez pour qu’on discute. C’est ce qu’il a dit. Le conseiller juridique du ministère a aussi stigmatisé le fait qu’aucune radio n’est en règle vis-à-vis de l’administration. Les conventions ne sont pas signées avec le ministère. Sur 39 radios privées il n’y a que 7 qui ont signé les conventions. Il y en a qui signent pour ouvrir une radio communautaire mais qui finissent par agir comme une radio commerciale ou une radio de propagande. C’est le cas de FAMILIA FM. Même ce matin j’étais là bas parce que ça n’allais pas. C’est une radio qui avait été créée pour promouvoir les actions d’une ONG féminine et qui se retrouve comme étant un vrai support de propagande. Normalement chaque année, les médias doivent faire leurs bilans et déposer au ministère et au CNC. Mais personne ne respecte son cahier de charge. C’est de cela on n’a parlé. On n’a pas parlé de la fermeture d’une radio. J’entends très souvent des injures sur les radios, beaucoup de contre vérité et cela est vraiment déplorable. Il y a des gens qui parlent en oubliant qu’on a leurs dossiers en main. Ils ne sont pas du tout en règle. Toutes les associations de presse étaient là sauf l’Union des Radios et Télévisions Libres de Guinée (URTELGUI). Et c’est justement le président de cette association qui parle beaucoup maintenant. Donc j’aurais aimé qu’il vienne et qu’on discute. Quand il dit qu’il n’a pas été invité cela me surprend beaucoup. Il y a eu des communiqués et des lettres d’invitations donc je pense qu’il devrait quand même avoir la courtoisie de venir pour qu’on en parle et il aurait donné son opinion.

AFRICAGUINEE.COM : Un dernier mot pour les hommes de médias…

Martine CONDE :
Moi je souhaite que les hommes de médias participent activement à la politique de changement que notre pays commence à amorcer. Moi ça me fait mal que la presse présente une image de désolation. Je voudrais qu’il y ait beaucoup plus de solidarité parce qu’on travaille avec la communication. Il faut qu’on accepte de se parler, qu’on se donne la main pour pouvoir travailler ensemble. Je voudrais que la communication soit une priorité parmi les objectifs des nouvelles autorités. Mais je ne voudrais que quand les autorités voient les journalistes qu’elles les fuient. C'est-à-dire qu’il faut que la presse ait une nouvelle image à l’aube de cette nouvelle ère.

Une interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée-Conakry
Tél. : 224 62 65 75 74/ 60 36 80 12










  Rubrique: Interview  date: 11-Feb-2011 ŕ 11:51:52  Partager:   :

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