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Gouvernance: "le gouvernement mis en place par Alpha Condé ne rassure même pas le camp arc-enc-ciel"





CONAKRY-L'ancien ministre de l'élevage, Mouctar Diallo ne cache pas son pessimisme suites aux décisions du nouveau président Alpha Condé.Le leader du parti Nouvelles Forces Démocratiquesinvite le président Alpha Condé à faire face "aux enjeux de développement, aux défis nombreux qui l’attendent".Au micro de nos confrères de L'indépendant, il revient sur sa visite en Guinée-Bissau, sa rencontre avec Cellou Dalein Diallo, sans oublier limogeage de son ancien collaborateur, Dr Sény Mané au département de l'élevage...

L’indépendant : Vous avez passé quelques heures à l’Etat-major de la gendarmerie, que s’est-il passé ?

Mouctar Diallo :
Je suis allé m’entretenir avec les autorités de la gendarmerie pour être informé d’abord de ce qu’on me reprochait et aussi pour donner toutes les explications autour de cette affaire, et ensuite réclamer mon véhicule qui stationnait à l’état-major de la gendarmerie.

Revenons un peu sur cette affaire qui a tapé le secrétaire général du département de l’Elevage de son poste suite à votre tentative de quitter le pays pour la Guinée Bissau.

Oui d’abord je commence par exprimer mon regret et ma profonde désolation et ma tristesse du fait que le Docteur Seny Mané, secrétaire général du ministère de l’Elevage ait perdu son poste sur une affaire qui n’en valait pas la peine, sur un détail pour ne pas dire une banalité. En fait je voulais aller à Bissau pour chercher un visa d’Angola étant entendu qu’il n’y a pas d’ambassade d’Angola en Guinée. J’ai un projet de voyage personnel, non au compte d’un parti, mais c’est un voyage personnel que je vais effectuer en Angola et donc pour chercher le visa, j’étais obligé d’aller à Bissau. Dans le cadre de ce voyage qui est régulier, normal, j’ai demandé au ministère de l’Elevage de me délivrer un acte pouvant me permettre de voyager avec le véhicule que j’ai actuellement, qui est immatriculé toujours VA3328 A, parce que le véhicule appartient jusqu’à présent juridiquement au ministère de l’Elevage ; et donc pour voyager avec ce véhicule je dois nécessairement être muni d’un acte pour attester que c’est avec l’aval du propriétaire du véhicule que j’effectue cette sortie. Mais la précision qu’il faut faire, c’est que ce véhicule VA ne m’appartient pas actuellement. C’est le président Alpha Condé, au nom de l’Etat guinéen, qui a offert à tous les anciens ministres du gouvernement de transition les véhicules qu’ils avaient en fonction. Et après la passation de service, tous les ministres ont gardé leurs véhicules de façon légale et officielle. Mais jusqu’à présent nous n’avons pas encore reçu les titres de transfert de propriété, bien sûr par mesure administrative. Ce qui ne m’autorisait pas à enlever la plaque d’immatriculation VA pour la remplacer par RC de propriété privée. Donc dans l’attente de ce document, il y a eu la nécessité d’aller à Bissau et donc j’étais obligé comme c’est VA, d’avoir un ordre de mission du ministère de l’Elevage, propriétaire du véhicule. C’est tout l’esprit de cet ordre de mission ! Sinon, moi personnellement je n’ai pas besoin du ministère de l’Elevage pour voyager encore moins pour chercher un visa. C’est donc arrivée à la frontière entre la Guinée et la Guinée Bissau (nous n’avons pas eu de difficultés ni avec la douane ni avec la police mais avec la gendarmerie) qu’ils nous ont fait comprendre qu’ils ont reçu des instructions de ne pas laisser les VA traverser les frontières, parce qu’il semblerait que des militaires sont en train de sortir des véhicules de l’Etat pour les revendre dans les pays environnants. J’ai réussi à les convaincre que ce n’était pas le cas. L’Etat a décidé de nous offrir nos véhicules de fonction, c’est pour moi mais pour l’instant, je n’ai pas encore pu changer la plaque d’immatriculation et je leur ai montré tous les documents liés à la demande de visa. Donc j’avais un ordre de mission, j’avais un laissez-passer, j’avais tous les documents nécessaires au voyage légal et à une demande de visa. Donc j’ai réussi à les convaincre, on est passé pour aller à Bissau. C’est après que j’ai appris qu’il semblerait que, sur les instructions du préfet de Gaoual, des militaires venaient nous chercher. Ils ne nous ont pas trouvés, ils ont arrêté les gendarmes qui étaient en poste et qui nous avaient laissés passer. C’est de Bissau que j’ai appris toute sorte de rumeurs, toute sorte d’intoxications, comme certains savent bien le faire en Guinée. Parlant de sortie frauduleuse. Je me demande bien si on peut sortir de façon frauduleuse dans un véhicule de l’Etat ?

On aurait entendu aussi que Mouctar prenait la fuite avec des fonds qu’il aurait amassés pour aller se mettre à l’abri.

Ce que je veux dire, on ne peut pas fuir dans un véhicule 4x4 et VA ! Donc ça c’est archifaux. Maintenant, arrivés à Bissau, c’est le samedi 15 janvier et le lundi 17 qu’on a eu le visa d’Angola ; on devait revenir le lendemain, et je suis tombé malade et on s’est entendu que moi je cherche un vol et que les amis avec qui j’étais reprennent la route. Pour tout, les militaires nous attendaient d’abord à la frontière. Ils les ont conduits d’abord à Boké et le lendemain à Conakry où ils ont eu à donner toutes les explications pour prouver qu’il n’y a rien de frauduleux, rien d’illégal dans la démarche que nous avons eu à faire. Malheureusement, le président de la République a pris un décret pour limoger le Dr Seny Mané, qui a signé cet ordre de mission ! Et je précise ici qu’il y a une disproportionnalité très grande entre la sanction et l’acte que je considère d’ailleurs tout à fait normal. Ce que je déplore ici, c’est qu’on limoge un cadre de l’Etat qui a servi l’Etat guinéen pendant 25 ans et qui a toujours fait preuve de compétence, de probité. Qui a toujours servi loyalement et valablement l’Etat. J’ajoute que quand je suis venu au ministère de l’Elevage, j’ai mené des enquêtes pour savoir quel cadre était le mieux indiqué pour être secrétaire général. Tous ceux à qui j’ai demandé m’ont dit « c’est Dr Sény Mané », de par son intégrité, sa compétence, son expérience, sa moralité. C’est un très grand cadre qui a perdu son poste sur des choses aussi banales, voire futiles. Qu’on prive la Guinée des services d’un grand Monsieur comme Docteur Seny Mané, c’est déplorable !

A propos de vos camarades, ont-ils été relâchés ou pas ?

Oui le lendemain de leur arrivée (vers les 23 heures) ils ont été autorisés à rentrer chez eux, mais le véhicule était gardé à l’Etat-major de la gendarmerie.

Vous avez rencontré semble-t-il Cellou Dalein Diallo le leader de l’UFDG à Bissau. N’était-ce pas là le vrai motif de ce déplacement ?

Je précise que il n’y a rien de criminel, encore moins rien de grave à rencontrer Cellou Dalein Diallo que ce soit en Guinée ou à l’étranger ! Si je voulais le rencontrer, j’irais le rencontrer de façon très visible et même revendiquée. Mais dans ce cas-ci ce n’était nullement mon intention ! Je partais en Guinée Bissau encore une fois pour chercher un visa d’Angola et je l’ai obtenu. J’ai rencontré, par le fait du hasard, El hadj Cellou Dalein à l’aéroport de Bissau. L’avion qui l’a amené à Bissau, c’est cet avion qui m’a amené à Dakar parce qu’il n’y a pas un vol direct Bissau/Conakry. Il faut obligatoirement passer par Dakar. On s’est donc vu à l’aéroport, on s’est bien salué fraternellement et amicalement.

Revenons à présent sur la transition, comment avez-vous vécu le déroulement du scrutin présidentiel en tant que membre de l’équipe gouvernementale ?

Vous savez, j’étais dans un gouvernement de transition qui avait pour principale mission l’organisation effective de l’élection pour le retour à l’ordre constitutionnel. C’est ce qu’on on a fait. Mais il faut préciser que moi je n’étais pas directement impliqué dans le processus à cause du ministère que j’occupais (l’élevage qui n’intervient pas dans le cadre électoral). Les ministères, les organes directement concernés ont géré le processus électoral. Je peux considérer globalement que le gouvernement de transition a réussi sa principale mission qui était l’organisation de l’élection. C’est vrai au-delà des six mois. Ce qui est plus important c’est l’organisation en moins d’un an (étant entendu qu’il y a des transitions qui ont duré des années) et avec beaucoup d’embuches, de difficultés. Et nous, nous avons réussi notre transition ; donc je m’en félicite même si je considère qu’il y a eu des couacs au niveau de la gestion de la transition et ça, je n’en suis pas fier. Parce que lors de notre mandat, il y a eu de graves violations des droits humains que je déplore fortement et que j’ai même eu à dénoncer. Même si j’étais membre du gouvernement, mais à l’époque j’ai fait comprendre à travers même les médias que certains actes n’étaient pas concertés, n’étaient pas discutés et décidés en conseil des ministres et par conséquent ne m’engageaient pas. Cela n’engageait que ceux qui donnaient directement les instructions. Je veux dire que le fait qu’il y ait eu des violences, des agents de l’Etat, des forces de défense et de sécurité sur les citoyens qu’ils sont sensés défendre et protéger, je crois que cela constitue une faute majeure qui doit être punie. Parce que je suis convaincu que l’impunité est la base de cette répétition des violations des droits humains. On a eu, selon des informations, de graves cas de violation des droits humains, notamment des tués, des blessés, des femmes violées. Je pense qu’il faut absolument faire la lumière sur tout cela, sanctionner les auteurs conformément à la loi pour qu’il n’y ait plus jamais ça en Guinée.

Les premiers pas du gouvernement Alpha vous rassurent-ils en tant que leader politique ?

En tant que leader politique, je préfère (comme on le dit souvent) attendre les cent jours avant de faire tout jugement. Mais le gouvernement ne se donne apparemment pas la période de grâce avec un départ qui ne rassure pas et qui ne rassure même pas les partisans du camp Arc-en-ciel. Il y a eu assez de faux-pas dans les démarches ; il y a eu des actes qui sont pris et qui sont contestables et qui (quelquefois même) violent la loi. Il a posé des actes qui sont vraiment très critiqués et dans le fond et dans la forme : notamment en termes de nomination, en termes de discours, etc. Je pense qu’il a fait un très mauvais départ et que si rien n’est fait pour rectifier le tir, cela va compromettre la qualité de sa gouvernance et va décevoir à coup sûr les nombreuses attentes des populations fondées sur des besoins concrets liés quelquefois à des besoins primaires. Et en particulier, le chef de l’Etat doit faire face aux enjeux de développement, aux défis nombreux qui l’attendent plutôt que de s’intéresser à des détails qui n’expliquent qu’un acharnement contre ma personne pour une raison purement politique. Je considère que c’est parce que mon parti NFD a fait alliance avec Cellou Dalein Président CDP, qui est l’adversaire du camp Arc-en-ciel.
C’est à cause de cela que je suis victime d’un acharnement, d’une tentative de règlement de compte. Il y a des rumeurs qui insinuent même des choses encore plus graves qui sont en train d’être montées contre ma personne. Je le dis vraiment, Alpha Condé, je ne le considère même plus comme un candidat à l’élection présidentielle mais comme un chef d’Etat qui doit gérer les grands problèmes, les réels problèmes auxquels le pays est confronté.

Interview réalisée par Mamadou Dian Baldé
Source:L’Indépendant


  Rubrique: Interview  date: 27-Jan-2011 ŕ 17:53:18  Partager:   :

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