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Transition: "Les Guinéens doivent s'unir autour du nouveau président pour construire leur pays...",

CONAKRY-Avec l'élection du nouveau président Alpha Condé, les Guinéens espèrent une amélioration de leurs conditions de vie.Pour la présidente du Conseil national de transition, Hadja Rabiatou Serah Diallo, l'un des defis majeurs, c'est l'unité nationale sans oublier le respect de la nouvelle constitution du pays.Dans un entretin exclusif qu'elle nous a accordé, l'ancienne syndicaliste nous livre sa vision du pays ainsi que son avenir apres la transition...
AFRICAGUINEE.COM : La Guinée s’apprête à investir son premier président démocratiquement élu, le Pr. Alpha Condé, quels sont vos sentiments après cette longue transition ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Ce sont des sentiments de satisfaction, le fait que la Guinée soit dotée aujourd’hui d’un président civil. C’est aussi un sentiment de réconfort à cause des victimes. Quand je pense à tous ceux qui sont morts y compris mon collègue Dr Ibrahima Fofana, feu Ben Sékou Sylla pour moi aujourd’hui que les militaires aient accepté de rendre le pouvoir aux civils c’est une satisfaction totale à mon niveau.
AFRICAGUINEE.COM : Justement quand on regarde la crise ivoirienne, pour vous cette élection présidentielle est une victoire pour la Guinée ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Bien sûr c’est incomparable ! Je pense qu’il faut s’en réjouir et féliciter surtout le candidat qui a perdu ces élections Elhadj Mamadou Cellou Dalein Diallo qui a reconnu aussitôt les résultats de la cour suprême et a fait éviter à son peuple un bain de sang. Donc c’est ça la démocratie. Des sensibilisations avaient été faites avant et après la proclamation des résultats. Je pense qu’il faut féliciter les deux candidats. Auparavant chacun d’eux a pris des engagements et chacun a respecté pour sauver la guinée et sauver le peuple de guinée. Pour moi donc c’est une victoire et c’est incomparable. Pour ça la Côte d’Ivoire ne peut pas atteindre la cheville de la Guinée.
AFRICAGUINEE.COM : Après la présidentielle, l’autre échéance ce sont les législatives qui devraient mettre en place la future assemblée nationale. Au niveau du Conseil National de Transition (CNT) quelles sont vos priorités en attendant l’installation de cette nouvelle assemblée ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Les priorités avant l’installation de la nouvelle assemblée s’articulent sur les lois organiques parce que vous savez qu’il y a des innovations dans la nouvelle constitution. Il y a le poste de premier ministre qui est créé, le poste de médiateur de la république, la cour des comptes et tant d’autres. Il y a aussi d’autres lois organiques comme celles portant sur le conseil économique et social. Nous avons aussi la loi sur la liberté de la presse qui a déjà vu le jour. Donc on s’atèle aujourd’hui sur les lois organiques. Même la mise en place de cette nouvelle assemblée, il y a une loi organique sur la façon dont tout cela va se passer. Il faut donc le faire pour ne pas qu’on soit pris par le temps. On doit donc aller vite pour que le nouveau gouvernement qui sera mis en place s’approprie de toutes ces lois organiques parce que n’oubliez pas qu’on est encore lié par les accords de Ouagadougou. La transition on a fini un premier pas, il reste maintenant l’installation de la nouvelle assemblée nationale pour terminer complètement la phase de la transition. Mais ce qui est fait est déjà très important.
AFRICAGUINEE.COM : Justement en parlant de l’assemblée nationale, avec l’élection du Pr. Alpha Condé plusieurs observateurs s’interrogent sur le respect de la constitution. Peut on modifier cette constitution par exemple pour lever la limitation du nombre de mandats présidentiels comme c’est le cas dans d’autres pays ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Je vous dis honnêtement qu’on a pris tellement de garde fous, parce que vous savez la loi fondamentale avait été modifiée pour prolonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans. Donc cette fois ci nous avons pris réellement des gardes fous pour que la constitution ne soit pas un jouet d’enfant et qu’un président ou un groupe d’hommes ne la modifie pas comme il l’entend. Donc des gardes fous ont été suffisamment pris pour cela. Il s’agit maintenant que tout le peuple s’approprie du contenu de la constitution et pour son application tout le monde va s’impliquer. C’est très important ! Il faudrait que chacun s’approprie du contenu de la constitution pour qu’il dise ma constitution à moi, on ne la touche pas. Donc je ne pense pas à ça quand même. Vous savez nous sommes dans un pays de rumeurs et il y a beaucoup de choses qui se disent autour de ça. Mais je vois mal le Pr. Alpha Condé qui sait très bien que c’est le retour à l’ordre constitutionnel et c’est grâce à cette constitution qu’il a été élu dire que c’est une de ses priorités de modifier cette constitution avant même que la future assemblée ne soit mise en place. Je n’y crois pas ! Bien que le pays soit un pays de rumeurs mais je refuse de croire à ça quand même. En tout cas au niveau du CNT on n’a pris toutes les dispositions nécessaires pour pouvoir protéger le peuple de guinée.
Je voudrais aussi compléter, parce que le point que vous venez de soulever est tellement important pour que tout le monde sache de quoi il s’agit. La constitution au fait est composée de 19 titres et 162 articles. Elle s’articule autour de quatre orientations, un pouvoir exécutif mieux contrôlé, un parlement bien renforcé, un pouvoir judiciaire indépendant et des droits garants et protégés pour les citoyens. Il est dit que la constitution s’oppose solennellement à toute forme institutionnelle de prise de pouvoir à tout régime fondé par la dictature, l’injustice, la corruption, le népotisme et le régionalisme. Il est dis qu’aucune situation d’exception ou d’urgence ne doit justifier la violation des droits de l’homme. Il fallait que je rappelle cette partie parce qu’elle est très importante. Comme je le disais donc il faudrait que chacun s’approprie de cette constitution, qu’elle soit vulgarisée dans les différentes langues nationales jusque dans les plus petits hameaux.
AFRICAGUINEE.COM : Mais est ce que des dispositions sont prises pour ça au niveau du CNT ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Oui ! Dès que la constitution a été promulguée par décret nous avons fait la vulgarisation. Nous étions sur le terrain et on est parti dans toutes les préfectures avec l’appui du PNUD et du Bureau International du Travail (BIT). On a multiplié la constitution et on l’a distribué. Il s’agit maintenant de sa vulgarisation au niveau des démembrements. Beaucoup se demandent pourquoi on est pas parti au référendum pour valider la constitution mais vous savez que la transition est pour six mois et on ne pouvait pas en six mois faire trois élections quand même. Faire un référendum pour la constitution, faire les présidentielles et les législatives il y avait là un problème de moyens et de temps. Donc il était nécessaire que cette constitution soit promulguée par décret. C’est pourquoi d’ailleurs, nous au niveau du CNT on a été étoffé de 159 membres pour que toutes les sensibilités du pays soient représentées. On a fait appel aussi aux citoyens mais aussi aux institutions comme l’O.I.F avec le président Abdou Diouf qui nous a envoyé des personnes qui s’ y connaissent très bien en matière de constitution. Si je prends par exemple M. Olo qui est le président de la haute cour de justice du Bénin et celui de la Mauritanie. Ils ont travaillé pendant un mois avec nous. Ceux de l’extérieur aussi nous envoyaient par email leurs recommandations. Donc la porte était grandement ouverte. Donc c’est dire que bon nombre de la population a participé quand même à l’élaboration de cette constitution.
AFRICAGUINEE.COM : Le nouveau président Alpha Conde a annoncé récemment une augmentation des salaires des militaires de 100%. En tant que syndicaliste pensez vous que cette décision est opportune alors que les travailleurs sont touchés par une grave crise dans le pays ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Enfin ! Quand c’est le président qui prend la décision j’espère qu’il n’y aura pas deux poids deux mesures parce que vous savez qu’il y a des accords qui ont été signés depuis 2006 et 2007 qui dorment encore dans les tiroirs et là comme vous savez récemment même les enseignants menaçaient d’aller en grève parce que c’est la seule arme dont disposent les travailleurs. On n’a pas de fusils et rien d’autres. Je pense que cette décision a été prise par le président élu à cause du fait qu’on a parlé de la restructuration de l’armée et des mesures d’accompagnement. Vous savez aussi que cette armée est quand même vieillissante. Il faut laisser la place à la nouvelle génération. Donc pour leur essuyer les larmes afin qu’ils partent avec une bonne retraite je pense que c’est dans ce sens que le président élu a estimé qu’il fallait augmenter les salaires à 100%. Mais vous savez aussi que l’armée détient la plus grande partie du budget national mais c’est une aile. De l’autre côté aussi il y a les travailleurs. Ils ont besoins d’être réconfortés. Donc si on laisse les travailleurs dans de telles conditions on va avec une démocratie qui boîte parce que eux aussi la loi leur reconnaît le droit d’aller en grève, de protester et de ne pas travailler. Or, c’est une chaîne parce que même si le planton ne travaille pas il y a une répercussion négative pour le pays. Donc il faudrait pouvoir harmoniser tout cela afin que chacun puisse trouver son compte. N’oublions pas aussi que si nous sommes arrivés à un retour à l’ordre constitutionnel c’est grâce à une lutte que les travailleurs ont engagé depuis 2004. Vous savez le premier mémorandum qu avait été fait au temps de feu Général Lansana Conté a été fait par la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG) et qui avait réclamé de multiplier les salaires par 4. C’est quand nous n’avons pas eu satisfaction avec toutes les négociations qu’il y a eu que la CNTG a déclenché la grève de 2 jours en novembre 2005. Et c’est après ça que l’Union Syndicale des Travailleurs de Guinée (USTG) s’est joint à nous pour la simple raison que nous défendons l’intérêt des travailleurs. Et par après nous avons été aussi rejoint par les 8 centrales syndicales. Donc il ne faut jamais oublier que les travailleurs ont quand même joué un rôle dans ce processus. A un moment donné on nous a même taxé de vouloir occuper le terrain politique parce qu’on a joué le rôle syndical mais aussi celui politique. Toute la population nous a suivi parce que chacun se retrouvait dans les revendications des syndicalistes. On a été soutenu non seulement par la population mais aussi par la communauté internationale. Je pense donc que eux aussi ils ont droit à cette récompense. Je pense très bien que le président va examiner ce point là aussi.
AFRICAGUINEE.COM : Mais est ce qu’au niveau de votre centrale syndicale, la CNTG, vous allez lui soumettre des propositions allant dans ce sens ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Mais bien sûr ! Vous savez les syndicalistes quelques soient les liens qui vous lient quelque soit l’amitié qu’il y a entre vous on revendique toujours. On n’est jamais satisfait à 100% mais quand le minimum n’est pas là on est toujours devant la porte pour poser les problèmes. Peut être qu’avec la conjoncture actuelle du pays, on verra comment tout cela va être ficelé mais ça se négocie. Il faut parler avec eux, il faut connaître les problèmes qu’il faut poser. On va donc les soumettre et l’Etat va réagir. Mais il serait bon que l’Etat prenne le devant parce que prévenir vaut mieux que guérir. J’aime toujours dire aussi que quelque soit le problème on finit toujours autour de la table donc pourquoi ne pas commencer par ça.
AFRICAGUINEE.COM : Mme la presidente, vous êtes une des pionnières de l’instauration de la démocratie dans notre pays. Peut on connaître votre avenir politique , alors que le nouveau gouvernement est attendu dans les prochains jours ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Parlez d’avenir politique moi je ne suis pas dans la politique. Je suis syndicaliste, je suis en mission et quand elle va prendre fin, ma structure, je reviendrais au sein du mouvement social, parce que le mouvement social c’est le syndicat, la société civile, le patronat. Donc j’estime qu’à la fin de ma mission je dois aller rendre compte à ceux qui m’ont mandatés. Vous savez aussi qu’en 2010 ma centrale syndicale devrait aller au congrès ordinaire, c’est à cause de ma mission dans cette transition que le congrès a été reporté en 2011. Donc c’est à eux de décider de mon sort, ce que je dois être demain. Mais je ne suis pas politicienne, la conjoncture du pays nous a amené à être sur le terrain politique. C’était pas de notre volonté c’est parce que tout le peuple en avait ras le bol et les politiques étaient complètement absents il faut le reconnaître. Le terrain n’était pas occupé, mais je n’ai pas d’ambition politique. Mon ambition est de sortir mon pays de cette crise et d’être utile à mon pays où que je sois. Quand je pense qu’on n’est pas pauvre mais on nous a rendu pauvre. Il faudrait aujourd’hui que le guinéen ait accès à tant de choses, l’eau, le courant électrique, le secteur public n’a pas de couverture sociale. Il y a tellement de choses à faire, je serais toujours prête à rendre service à mon pays où que je sois. En tant que syndicaliste, en tant que fonctionnaire je m’investissais déjà dans l’agriculture et j’ai créé beaucoup d’associations pour que chacun puisse s’impliquer à sa façon dans le développement du pays. Nous avons aussi fait des forages à l’intérieur du pays avec nos partenaires. Ce n’est pas le travail d’un syndicaliste. J’ai beaucoup d’ambitions c’est pourquoi je me tiens donc à la disposition de mon pays.
AFRICAGUINEE.COM : Un dernier mot peut être Madame la Présidente ?
Hadja Rabiatou Sérah Diallo : Le dernier mot est que j’appel tout le monde à la paix parce que la paix n’a pas de prix et que le résultat obtenu aujourd’hui est celui de tout guinéen et de toute la communauté internationale. Il ne s’agit pas de gagner mais de savoir préserver et pour ça chacun a un rôle à jouer même dans les familles. Il faut qu’on s’accepte, qu’on se pardonne et qu’on tourne maintenant la page afin qu’on aborde enfin le développement de notre pays. Et pour ça j’interpelle les chefs religieux qui on un grand rôle à jouer, j’interpelle aussi les femmes qui sont toujours les premières victimes, j’interpelle la jeunesse qui est une force sans emploi mais qu’on ne l’instrumentalise pas. Il faut qu’elle sache qu’elle est l’avenir de demain. Qu’on ne nous parle pas de problèmes d’ethnies parce qu’il n’y a pas une famille aujourd’hui qui n’est pas métissée. Je vous dis que je suis 100% peulh mais j’ai des enfants qui sont soussous et dans ma maison on ne parle que le soussou, le malinké et un peu le kissi bien qu’on dit souvent que les enfants parlent toujours la langue maternelle. Mes enfants ne parlent pas poular parce qu’ils ne comprennent pas. Donc il faut qu’on sache que le brassage est tellement profond qu’il faut qu’on se donne la main. Une seule ethnie ne peut pas diriger seule ce pays. Je rappelle même le message président élu Alpha Conde qui a dit que la Guinee « est une sorte de véhicule qui a quatre roues et que si une roue est gâtée le véhicule ne peut pas bien fonctionner ». Il faudrait que tout le monde se réunisse autour du président élu pour travailler ensemble afin de faire avancer le pays.
Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou
Chef de Bureau AFRICAGUINEE.COM
Guinée- Conakry
Tél.: 224 62 65 75 74/ 60 36 80 12
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  Rubrique: Interview  date: 20-Dec-2010 ŕ 12:59:36  Partager:   :  |
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