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Alpha Condé :"Je vais former un gouvernement qui regroupe toutes les composantes de la nation..."





CONAKRY-Le nouveau président élu, Alpha Condé a promis lundi de former un gouvernement qui regroupe "toutes les composantes de la nation". Alpha Condé envisage de lutter contre l'impunité, de "neutraliser les extrémistes" qui menacent la paix sociale dans le pays. Dans cette interview, le nouveau président nous livre ses priorités à la tête du pays...

RFI: Monsieur le Président vous venez d’être confirmé comme premier président démocratiquement élu de la Guinée qui a une histoire très longue, très douloureuse qui est dans un état assez catastrophique. C’est pas un peu vertigineux toutes ses responsabilités qui s’ouvrent à vous?

Président Alpha Condé :
Non parce que cela fait un moment que je mène ce combat pour la démocratie en Guinée. Je suis conscient que tous les problèmes auxquels la Guinée est confrontée. Mais je suis conscient de la détermination et de la volonté de changement du peuple de Guinée qui est déterminé à prendre son destin en main.

Vous avez fait campagne et vous êtes élu sur le thème du changement. Mais ce changement il passe par quoi en priorité demain ?

Le changement passe d’abord par la lutte contre l’impunité. Parce que c’est l’impunité qui est à la base de l’essentiel de nos problèmes. Ensuite, ce changement passe par la lutte contre la corruption. Donc le changement, c’est la rupture avec toute la gestion passée pour mettre fin à la dilapidation, à l’absence de l’Etat, de l’administration, de la justice …Le changement consiste à rebâtir une nouvelle Guinée sur tous les plans.

Concrètement, quelle mesure phare vous prendrez ?

J’ai déjà pris deux mesures. D’abord, j’ai dis que les femmes enceintes et les nourrices n’auront plus à payer les frais médicaux. Ensuite, je supprime l’impôt de capitation qui pèse inutilement sur les paysans. Je l’avais promis et ce sont deux mesures que je viens de prendre. Ensuite, nous devons lancer de grands projets agricoles, parce que la Guinée, c’est plus un scandale agricole que géologique. Il nous faut relancer l’économie, faire participer l’armée aux activités économiques…Mais ce que les Guinéens demandent surtout, c’est l’eau et l’électricité, la nourriture.

Monsieur le Président, après la proclamation des résultats provisoires il y a eu un certain nombre de violences qui ont nécessité l’imposition de l’état d’urgence avec un couvre feu nocturne. Est-ce que vous pensez que les Guinéens sont plus divisés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient avant cette campagne électorale ?

Non vous savez, il y a l’instrumentalisation et l’amplification par les médias. Il ne faut pas oublier que la Guinée a été le seul pays francophone qui a pu voté « non » en 1958 (Ndlr : Lors du référendum sur l’indépendance des colonies françaises) comme un seul peuple. Des pays comme le Niger ou le Sénégal avaient échoué. Ce vote reflète une certaine unité. Mais disons qu’aujourd’hui il y a une instrumentalisation des populations, mais aussi une amplification par les médias. Par exemple, on présente comme un affrontement entre les malinkés et les peulhs, mais quatre communes de Conakry sur cinq ont voté pour moi et qui n’étaient pas des malinkés. J’ai gagné toutes les préfectures de la basse côte à part Boké, toutes les préfectures de la forêt. Donc pourquoi ramener à ce jeu ethnique ? Il y a aussi une mobilisation qui s’est faite non pas contre une ethnie, mais contre des gens qui détiennent le monopole économique et qui rendent la vie très chère. Il y a une révolte de la population contre le comportement de ces hommes d’affaires. Et surtout malheureusement, la plupart de ces hommes d’affaires soutenaient le camp d’en face (l’alliance de Cellou Dalein Diallo, Ndlr).Vous savez , après le premier tour, on avait dit qu’il y aurait des affrontements, mais il n’y a pas eu d’incidents. Au deuxième tour, il y a des extrémistes qui veulent pousser à l’affrontement, mais vous verrez que les choses se passeront dans le calme, parce que les extrémistes seront vite neutralisés.

Qu’est -ce que vous avez envie de dire aujourd’hui à certaines personnes qui sont inquiètes ?

J’ai l’habitude de dire que la Guinée appartient à tous les Guinéens. La Guinée, c’est comme une voiture à quatre roues. Si vous enlevez une roue, la voiture ne marche plus. Donc la Guinée est dotée de quatre régions qui doivent se donner la main. Pour le moment, il y a une instrumentalisation des populations par des hommes d’affaires qui savent qu’ils sont plus trafiquants qu’hommes d’affaires !Mais le peuple a besoin de se reprendre et je suis certain qu’avec de la bonne volonté, une bonne gouvernance, la tolérance et surtout une politique basée sur la vérité et la réconciliation, le tissu social qui est assez déchiré va vite être recousu.

Vous avez parlez d’une reforme de l’armée. Comment vous voyez cela ?

Je pense que reformer l’armée, c’est d’abord lui rendre sa dignité. Parce que l’armée guinéenne faisait la fierté de l’Afrique, car nous avons participé à beaucoup de luttes de libérations (Angola, Guinée-Bissau, etc…Ndlr).Il s’agit aussi de mettre les militaires dans des conditions acceptables, leur fournir des logements et faire participer l’armée dans les activités économiques. Mais surtout il s’agit de bien équiper l’armée et insister sur l’éducation pour que les militaires soient conscients de leur rôle, qu’ils sachent qu’ils sont là pour protéger les populations et leurs biens et que c’est l’armée du peuple qui est au service du peuple.

Dernière question, Vous avez évoquez la possibilité d’un gouvernement d’union nationale il y a quelques jours. Est-ce que c’est toujours d’actualité ?

C’est toujours d’actualité, mais il ne faut pas confondre gouvernement d’union nationale et gouvernement de partis. Il ne s’agit pas d’un gouvernement d’alliances de partis, mais plutôt d’un gouvernement qui regroupe toutes les composantes de la Guinée notamment les composantes régionales, les forces vives, les partis politiques, les syndicats et la société civile. Toutes les composantes de la nation doivent se retrouver dans ce gouvernement. Mais ce n’est pas une coalition de partis.

Interview réalisée par Donaig Le Du
Source:RFI
Africaguinee.com






  Rubrique: Interview  date: 06-Dec-2010 ŕ 12:36:38  Partager:   :

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