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Sarkozy : ignorant des réalités africaines ou provocateur ?


[IMG1]Nicolas Sarkozy a encore frappé. Après s’être fait le chantre de l’immigration choisie – un concept qu’il dit avoir abandonné -, le président de la République française, s’est lancé dans un « généreux » plan de moralisation de la jeunesse africaine.

Pour ce faire, le N°1 français a bien choisi le moment ; son premier voyage en Afrique, et bien sûr le lieu ; l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Sur un ton qui frise l’arrogance, il a administré ce qu’il a cru être une véritable leçon de vie à l’Afrique et aux Africains.

Ainsi, sous le prisme déformant de cet « amoureux » du continent noir, l’Afrique (re)devient un « univers où la nature commande tout » et ses habitants des êtres « immobiles au milieu d’un ordre immuable où tout est écrit d’avance ». Le pauvre paysan africain se révèle la pâle caricature dressée par Hegel et Gobineau ; il est décrit comme un homme qui « ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles » (sic !). L’image est très forte mais exhibée par la première personnalité incarnant la France, elle revêt un sens tout particulier.

Dès lors, il n’est pas du tout étonnant de constater ce qui suit : « ce que l’Afrique veut et la France avec, c’est la coopération, c’est l’association, c’est le partenariat entre nations égales en droits et en devoir ». Voilà donc que Sarkozy ne se limite pas seulement à de faux clichés ; tel un missionnaire, il a maintenant la prétention de révéler aux jeunes africains le fond de leur pensée. Etonnante prouesse ! Sans doute, ces derniers, éternels enfants terribles chasseurs de pirogues en direction de l’Europe, n’étaient-ils pas assez conscients du contenu de leur propre cerveau…

D’autres propos péremptoires lâchés par le président français font froid au dos : « (…) la colonisation n’est pas responsable des guerres civiles ; elle n’est pas responsable des génocides ; elle n’est pas responsable des dictatures (…) », dixit Sarko.

Au-delà de leur caractère méprisant, ces mots révèlent bien qu’on nous prend pour des hommes qui ont perdu tout sens de la douleur et donc de la mémoire. En effet, qui a entretenu à son profit la haine entre Hutus et Tutsis, en portant les mentions ethniques sur les cartes d’identité du peuple rwandais ? Qui a abandonné près de 2000 Rwandais, parce qu’Africains, finalement massacrés par une bande d’idiots dans une école à Kigali, préférant toute honte bue évacuer les ressortissants occidentaux, sans états d’âme ? Voilà des faits qui ne remontent pas plus tard qu’en 1994 et dont les responsabilités peuvent être clairement situées. Mieux, qui « conseille » et finance, au gré d’intérêts bassement mercantiles, ces choses qui sont devenues dans la bouche du Grand Avocat des « dictatures » ? On voit que pour des raisons évidentes, notre Moralisateur ne devrait jamais rater une occasion de se taire. Parce que autrement, c’est comme si les mots revêtaient subitement un sens ésotérique…

Ce qu’il y a d’inquiétant, c’est le parallèle qu’on peut faire entre ce discours de Nicolas Sarkozy et celui du général De Gaulle, prononcé le 26 Octobre 1940, à Brazzaville, au moment où cet officier supérieur n’était plus rien du tout, un homme réduit à sa plus simple expression, ballotté entre l’Angleterre et les lambeaux de l’Empire, chassé de son pays par la violence nazie.

« (…) Les malheureux ou les misérables qui prétendent à Vichy, constituer le Gouvernement français, sont engagés de force avec l’ennemi dans d’infâmes négociations. C’est que la servitude n’enfante qu’une plus grande servitude », se prononçait un De Gaulle sous les applaudissements d’un peuple pourtant colonisé et donc asservi. Et pour montrer aux Africains qu’ils n’étaient pas au bout de leurs peines, De Gaulle se lancera dans une envolée lyrique qui trahissait ses véritables intentions ; la liberté pour les Français (de la métropole) mais pas pour les Africains, pourtant appelés à se sacrifier pour cette même France.

« (…) Français libres, Français de Brazzaville, et vous, peuples indigènes fidèles à la France (sic !), nous savons quels durs devoirs, nous imposent le salut de l’Empire et le salut du pays », disait De Gaulle, convaincu que ses propos galvanisaient ces peuples « immobiles », vivant dans un Empire qui, dans son entendement, était différent du « pays » (entendez la France). Tout cela s’est passé en Afrique.

Il est évident que Sarkozy, le gaulliste, n’aurait jamais pu prononcer un discours aussi réducteur s’il n’avait pas trouvé un terrain favorable à ses « idées novatrices ». Il y a d’abord l’accueil que lui ont réservé ces populations engluées dans « un univers où la nature commande tout ». Elles n’ont rien compris certes, ni de leur histoire que les autres s’échinent à falsifier, ni des vraies motivations de Sarkozy, mais à leur décharge, il serait lâche de les condamner de n’être que les victimes de tant d’années de corruption, de gabegie, de népotisme, de bassesse et d’erreurs d’orientation politique.

Il y a aussi tous ces détails qui ne sont que le reflet du complexe d’infériorité nourri par certains dirigeants africains qui sont prêts à tout pour arracher des sourires à l’Occident. Il y a enfin toute cette culture biaisée de l’Afrique qui a sous-tendu le travail de tant d’africanistes, base du raisonnement de ce chef d’Etat français qui prétend paradoxalement vouloir « rompre avec le passé ».
Sarkozy voulait choquer ; il a réussi. Il voulait provoquer et lancer un signal fort à sa base en France (la fameuse « France d’en bas » de Raffarin) ; il a également réussi. Toutefois, son discours révèle une profonde méconnaissance des réalités africaines et ce n’est pas en se défoulant sur de pauvres paysans qu’il va masquer ses propres faiblesses. Sur ce plan précis, son échec a été lamentable. Et les Africains dignes, qui ne se retrouvent pas du tout dans ses formules toutes faites, en sont parfaitement conscients.

Par Saliou Samb
Conakry-Guinée
Pour Africaguinee.com

  Rubrique: Coup de gueule  date: 01-Aug-2007 ŕ 13:45:53  Partager:   :

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