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Elections du 7 Novembre: "si les élections sont organisées de façon à favoriser coûte que coûte Alph





PARIS-Victime de violences suite à une répression brutale de la garde présidentielle, le président de l'Observatoire guinéen des droits de l'Homme (ONDH),Mamadou Aliou Barry tire la sonnette d'alarme sur une éventuelle fraude électorale en faveur du candidat Alpha Condé.Actuellement en séjour à Paris, cet activiste des droits de l'Homme craint une spirale de violences dans son pays, si les manipulations ethniques du candidat du Rassemblement du peuple de Guinée(RPG)ne prennent pas fin.Il s'est confié au micro de nos confrères de Guineenews...

Guinéenews© : Parlez-nous de l’Observatoire National des Droits de l’Homme.

Mamadou Aliou Barry :
L’Observatoire national des Droits de l’homme(ONDH) a été mis en place en juin 2008. En 1993, les Nations Unies avaient préconisé la mise en place dans chacun des Etats membres d’une institution indépendante chargée de promouvoir et de protéger les droits de l’homme. C’est donc avec l’appui des Nations Unies qu’est né L’Observatoire guinéen des Droits de l’homme, pour conseiller le gouvernement en matière de droits de l’homme et mener des enquêtes et des investigations en cas de violation des droits de l’homme. C’est une institution publique indépendante.

Pouvez-vous nous relater les circonstances de la brutalité dont vous avez fait l’objet ?

L’agression est arrivée dans le cadre de mes activités au sein de l’Observatoire. Depuis la fin du premier tour de l’élection présidentielle, on a senti monter des tensions entre les militants des différents partis politiques, mais surtout, on a constaté la présence des forces de l’ordre dans un cadre répressif. Depuis deux semaines surtout, on s’était aperçu que les forces de l’ordre réprimaient dans les différents quartiers, alors que la campagne électorale était ouverte. Et on ne comprenait pas que dans le cadre d’une campagne électorale, le gouvernement décide de faire un maintien d’ordre. Il y avait beaucoup d’exactions dans les quartiers, et c’est dans ce cadre que j’ai reçu un appel d’un membre de l’Observatoire me disant que la FOSSEPEL (Force de sécurisation du processus électoral) était en train de réprimer au niveau de Hamdallaye. Ils allaient dans les quartiers, s’attaquaient aux Peulhs.

J’ai pris mon véhicule, je suis arrivé au niveau de Concasseur, et là j’ai vu cinq à six pick-up qui entouraient le carrefour. Des éléments de la FOSPEL étaient en train de tabasser des jeunes, dont l’un avait la tête ensanglantée, il mourra d’ailleurs après. J’ai garé mon véhicule, et vu la gravité de la situation, l’acharnement sur ce jeune, j’ai pris mon téléphone pour appeler le général Baldé qui dirige la FOSSEPEL, et en même temps, je m’approchais du groupe en leur disant : « Ce n’est pas ça le maintien d’ordre, vous n’avez pas le droit de brutaliser les gens comme ça. » Tout de suite, ils se sont retournés et il y en a un qui a dit : « Voilà un autre Peulh, et en plus droits de l’homme. On va lui faire sa fête. »Je n’ai même pas eu le temps de réagir, ils ont commencé à me frapper avec leurs armes. J’ai réussi à m’échapper, et comme c’était au bord de la route, je suis entré dans une boutique où il y avait des personnes pour m’y réfugier. Ils ont commencé à tirer, j’ai reçu une balle sur la jambe gauche. Ils ont crié : « Si vous ne sortez pas, on vous exécute tous ». Ils sont rentrés dans la boutique, ils nous ont brutalisés, ils ont rapproché le pick-up où ils nous ont entassés. Avec les personnes qui y étaient déjà, nous nous sommes retrouvés à plus de dix. Ils traitaient les gens de « bâtards», en disant : « De toutes façons, un Peulh ne gouvernera jamais ce pays, vous vous agitez pour rien. De toutes façons, vous n’irez pas voter le 24, on va vous casser les pieds, on va vous fracasser, jamais un Peulh ne gouvernera ce pays… » Moi, j’ai rétorqué en disant qu’ils sortaient de leur mission. Ils se sont mis à nous frapper de partout, sur la tête. Moi, j’avais déjà le bras cassé. Ils nous ont emmenés à l’escadron mobile de gendarmerie numéro 4, et juste à côté, ils nous ont fait descendre, il y avait plusieurs pick-up garés. Ils ont ouvert le portail, on est rentré, il y avait là plusieurs dizaines de jeunes militants de l’UFDG, qu’ils avaient déshabillés, frappés. (...) Il y avait les gendarmes, mais comme les exactions étaient commises par les éléments de la garde présidentielle, ils n’avaient pas un mot à dire.

Je me suis adressé à un colonel de la gendarmerie, je lui ai dit : « Ecoutez, je suis quand même conseiller à la primature, je suis président de l’Observatoire, vous ne pouvez pas faire ça. » Quand il a voulu me sauver, un sergent de la garde présidentielle l’a traité de tous les noms, lui disant que « s’il ne dégageait pas, il allait le buter lui-même. » Le commandant de la gendarmerie qui est le colonel Cissé est descendu, mais il était plus ou moins compatissant des agissements de la garde présidentielle, puisque c’est l’électorat peulh qui était visé. Ils disaient qu’ils allaient nous embarquer dans des camions pour nous emmener dans un lieu inconnu. « On va vous couper les tendons, d’ailleurs on l’a fait la semaine dernière, personne ne votera le 24 octobre, si vous pensez gouverner ce pays, vous vous trompez. » J’avais la chance d’être à côté du portail, et c’est au moment où ils prenaient les gens individuellement pour les emmener derrière la cour pour les bastonner qu’un gendarme m’a pris par la main, qu’il a ouvert le portail et qu’il a dit à un autre gendarme : « Mets-le tout de suite dans un taxi, aide-le à récupérer sa voiture, sinon ils vont le tuer. »

Avez-vous été témoin d’autres faits de violence ?

Les violences ont été particulièrement poussées durant la semaine pendant laquelle j’ai été agressé. Nous sommes allés dans les hôpitaux. J’avais organisé une conférence de presse le vendredi, j’ai invité le médecin de Donka qui a fait le point devant la presse internationale. Il y avait à Donka 53 victimes, dont 10 à balles réelles. Il était même venu avec les balles qui avaient été extraites.

J’ai fait témoigner un professeur d’université à la retraite, au domicile duquel on était entré, et dont on était à la recherche. Il était absent, ils ont violé sa femme, bastonné sa fille, ils ont saccagé toute la maison, ils ont tiré sur son ordinateur, son téléviseur, ils ont cassé le véhicule. Le jeudi, j’étais à la clinique Mère et Enfant où j’avais été appelé, il y avait là un gamin qui avait reçu une balle en pleine tête, et qui allait décéder peu après. On s’est rendu compte petit à petit avec les Nations Unies, qui l’ont d’ailleurs dénoncé dans leur rapport, qu’il y avait une stratégie pour éliminer l’électorat peulh, en prévision du deuxième tour, c'est-à-dire qu’il fallait les terroriser pour qu’ils n’aillent pas voter. Ce qui nous choquait, c’est que le Premier ministre disait qu’il fallait maintenir l’ordre par tous les moyens, et en fait les militaires en profitaient pour entrer dans les maisons. Il ne se passait pas un jour sans que les gens soient violentés dans leurs maisons. Ca a été une semaine très pénible ; et on me dit que cela continue d’ailleurs à l’heure actuelle.

Donc toutes ces exactions sont le fait de l’armée ?

C’est l’armée, la FOSSEPEL, la garde présidentielle. Ils estiment qu’il y a plein de militants de l’UFDG à Hamdallaye qui manifestent, et donc qu’il faut les réprimer. On ne voit pas pourquoi ces gens manifesteraient au deuxième tour alors qu’ils ne l’ont pas fait au premier tour. C’est une répression menée de façon délibérée. Et de toute façon, on s’aperçoit de plus en plus que c’est Alpha Condé qui manipule et Konaté, et Jean-Marie Doré. La veille du problème qui m’est arrivé, j’ai vu l’arrivée d’Alpha Condé au palais du Peuple. On a vu des gamins tomber, mais ils sont tombés d’épuisement, de déshydratation. Personne n’a parlé d’empoisonnement au palais du Peuple.

Dans la soirée, Doré est sorti à la télévision pour dire qu’il y a eu empoisonnement. Nous on s’est rendu à l’hôpital Ignace Deen avec l’Union Européenne, les Nations Unies, puisqu’on travaille en synergie. Les autorités faisaient tout un cinéma, elles avaient barré l’entrée de la morgue en disant qu’il y avait eu plus de 200 morts. Comme nous ne pouvions pas entrer, nous sommes partis chercher l’imam, qui a pu entrer et qui a constaté qu’il n y avait pas de morts, que c’était un montage. Pour se rattraper, ils nous ont dit que les malades étaient répartis dans les différents services de l’hôpital. On est allé voir la directrice, qui nous a accompagnés au chevet des militants, et qui nous a dit : « Vous voyez, ce n’est pas de l’empoisonnement, ces gens sont déshydratés, il y en a qui n’ont pas mangé depuis le matin » Elle a parlé devant des médias internationaux pour rétablir la vérité. Une heure plus tard, on entend à la télé Jean-Marie Doré qui déclare qu’il suspend cette directrice pour violation du secret médical. Parce qu’ils auraient voulu qu’elle confirme les déclarations d’empoisonnement d’Alpha Condé et qu’elle ne l’a pas fait. La rumeur a été véhiculée en Forêt et en Haute Guinée que les Peulhs ont empoisonné les Malinkés. Tout cela n’est qu’une manipulation qui vient d’Alpha Condé. Les gens s’en rendent compte maintenant.

Les gens s’en rendent compte ?

Bien sûr ! Les gens s’en rendent compte. Il a commencé à s’en prendre aux commerçants peulhs en disant que c’est de la mafia, maintenant, il s’attaque à Bah Oury en disant que c’est lui qui incite les gens à manifester, là maintenant il termine par cette histoire d’empoisonnement. C’est un subterfuge. Comme il se rend compte qu’il ne peut pas gagner les élections par la voie légale, il cherche absolument à créer le chaos. D’ailleurs, il a dit dans une déclaration qu’il préfère le régime militaire plutôt que de voir Cellou au pouvoir. A mon avis, Alpha Condé est le danger numéro un de ce processus. Mais contrairement à ce qu’on croit, Konaté et Doré, ils roulent pour eux-mêmes.

Les militaires se sont habitués au pouvoir, ils ne sont pas prêts à le quitter. Jean-Marie Doré quant à lui, n’a jamais été favorable au calendrier électoral. Il avait refusé que le ministère de l’Administration du territoire apporte le soutien logistique à la CENI. Il ne l’a fait que quand Louncény Camara a occupé le fauteuil de président de la CENI. Il fait tout sauf la mission qui lui avait été assignée, celle d’organiser des élections. Il signe des contrats miniers, des contrats de recherche pétrolière, il pose des premières pierres, la dernière fois, il est allé en Forêt pour promettre le bitumage de routes, alors qu’à Conakry, le problème de bitumage des routes reste entier. Dans tous les cas, il ne joue pas le rôle qui est celui de Premier ministre de la transition.

Le rôle de l’armée dans l’insécurité dans le pays parait très poussé…

L’armée est devenue en Guinée un facteur d’insécurité. C’est une armée à réorganiser. On avait fait un rapport avec Je l’ai toujours dit, c’est une armée à réorganiser absolument. Ce sont des gens qui sont là depuis 1984 et qui ont tous les privilèges. Ils ne vont pas lâcher le pouvoir comme ça. Un officier supérieur a une tonne de riz par mois de ravitaillement, il a une voiture 4X4, et là Konaté a fait trois promotions, trois décrets successifs, où tout le monde est passé trois fois de suite au grade supérieur. Eux sont payés régulièrement. Un sergent gagne 1.500 000 frs, alors que le cadre de catégorie A de la fonction publique qui est à un an de la retraite gagne à peine 800 000 Frs. Donc c’est des gens qui ne vont pas lâcher comme ça le pouvoir. En fait, cette insécurité ambiante les arrange pour dire qu’ils sont les seuls remparts pour gouverner le pays. C’est ce que Dadis disait d’ailleurs, que seuls les militaires sont capables de gouverner le pays dans cette situation. Konaté est dans la même configuration, pour dire que l’armée est intenable, et que seuls eux peuvent la tenir. Et c’est eux justement qui poussent les militaires dans les rues.

L’armée guinéenne est non seulement désorganisée, mais on ne peut pas la commander. D’ailleurs, on ne doit pas parler d’armée guinéenne, mais des armées guinéennes. On a beaucoup de structures : la gendarmerie, la garde présidentielle, la police… Chacun fait ce qu’il veut, c’est une armée de répression, et ça c’est la population qui en est victime. Ils passent leur temps à racketter les gens. Quand ils entrent chez les gens, non seulement ils les violentent, mais ils s’emparent de tous leurs biens. Ils font à la fois de la violence et du racket.

Donc, en tant que président de l’Observatoire, vous constatez que la situation des droits de l’homme en Guinée est catastrophique ?

Chaque année, il y a des drames terribles en Guinée. Il y a eu entre autres le 28 septembre, il y a eu janvier et février 2007, et là maintenant, c’est les violences organisées dans les quartiers. Les viols sur les femmes qu’on a connu en septembre 2009, c’est la tactique la plus utilisée par les militaires guinéens. Quand ils entrent dans une concession, ils violent les femmes, ils martyrisent les hommes, ils rackettent. C’est dans leur culture, il y a un comportement violent qui est ancré. Et il n y a ni sanction, ni réparation.

C’est pourquoi je dis toujours aux gens des Nations Unies qu’en Guinée, dans le cadre de la restructuration, il faut mettre un système pour avoir une garantie de non répétition de ces violences. Il faut changer le comportement violent du militaire, il ne suffit pas de réorganiser l’armée, il faut changer les mentalités, démobiliser les gens, car ce sont des recrutements qui se font sur une base ethnique et à des niveaux scolaires très faibles. Ce sont des délinquants qui sont recrutés dans l’armée, des voyous des quartiers et qui ne reçoivent pratiquement pas de formation, puisque un mois après une formation sommaire, on leur donne des armes et des munitions. La première priorité du prochain gouvernement, ce n’est pas l’eau et l’électricité, c’est la réorganisation totale de l’armée. Sinon aucun pouvoir ne pourra durer en Guinée.

Quelles sont les solutions que vous préconisez pour le respect des droits de l’homme en Guinée ?

Je le répète : la première priorité pour la stabilité est la réorganisation de l’armée, en supprimant tout ce qui est force de l’ordre, réorganiser l’armée autour d’un grand service de gendarmerie, dont la mission est la sécurisation des biens et des personnes. La deuxième étape, une fois l’armée réorganisée, c’est d’introduire l’éducation des droits de l’homme dans le système éducatif guinéen et dans la formation des militaires. La troisième étape, c’est de miser sur l’éducation, parce que l’un des graves problèmes qui se pose à la Guinée, c’est l’absence d’éducation civique. Il faut une éducation citoyenne, il faut miser sur l’homme.

Il va sans dire que l’autre grand chantier, c’est la réforme du système judiciaire, parce qu’à l’heure actuelle, les gens n’ont pas confiance à la justice. Les gens ne vont plus porter plainte. Nous avons remarqué quand nous faisons nos rapports sur la violation des droits de l’homme, que nous avons du mal à convaincre les victimes de porter plainte, leur réponse est invariable : « Ca ne sert à rien, il n y aura pas de sanctions !» Aujourd’hui, vous voyez les auteurs de graves violations des droits de l’homme comme ceux du 28 septembre, qui circulent en 4X4 et qui narguent leurs victimes.

Donc pour qu’il y ait une paix durable, il faut réorganiser l’armée, mais aussi réorganiser le système judiciaire, qui est complètement pourri. L’impunité existe à tous les niveaux. Que ce soit les crimes politiques ou les crimes économiques, c’est l’impunité totale dans le pays. Le pays ne peut pas fonctionner comme ça. On avait lancé un chantier avec le système des Nations Unies, on est arrivé à la conclusion que la seule voie possible, c’est de passer par le biais de la justice transitionnelle, c'est-à-dire par la mise en place d’une vraie commission Justice –Vérité, et on avait préconisé de commencer cette commission par les évènements récents, c’est-à-dire notamment le 28 septembre, et remonter jusqu’aux crimes de Sékou Touré, parce que là, la commission permettrait de se pencher sur les charges pénales, les réparations, et après seulement le pardon. Ce sont là des chantiers qui avaient déjà été lancés, malheureusement il y a eu l’instabilité de ces derniers temps. C’est quelque chose qu’on envisageait de mettre en place avec le nouveau gouvernement.

Quand ces chantiers ont-ils été lancés ?

On avait pris des contacts, on a eu des échos très favorables à la mise en place d’une commission Justice Vérité Réconciliation. On avait organisé des séminaires à Conakry pour expliquer tout ça, on avait le projet en décembre d’un séminaire sous-régional des droits de l’homme, avec le cas guinéen en particulier. Il s’agissait de faire des expériences croisées avec l’expérience Vérité Réconciliation de la Sierra Leone, du Libéria, du Togo, du Maroc. Pour qu’ils viennent nous expliquer leur expérience. L’expérience du Togo est très proche de celle de la Guinée, parce que c’est de la violence politique. Le président de la commission du Togo était invité à Conakry pour venir présenter le travail qu’il fait dans son pays.

Parlant d’Alpha Condé, vous avez dit tout à l’heure qu’il manipulait Jean-Marie Doré et Sékouba Konaté, et qu’ils seraient de connivence.

Alpha Condé s’est toujours nourri de la manipulation politique pendant toute sa carrière. Mais je pense qu’il instrumentalise les autres, même s’ils n’en sont peut-être pas conscients. Doré roule pour lui, Sékouba joue pour les intérêts militaires, Alpha Condé surfe là-dessus. Par exemple, pour le maintien des militaires, il a joué sur le maintien d’ordre. Il a voulu empêcher les gens de circuler en ville, donc Il a fait monter Doré au créneau qui a dit qu’il faut maintenir l’ordre coûte que coûte. Nous avons été le voir, nous lui avons dit : « Vous ne pouvez pas ouvrir la campagne électorale, et dire que les militants ne peuvent pas accompagner leurs leaders. C’est normal, à Conakry les rues sont petites, au premier tour c’était pire, quand Cellou ou Alpha rentrait, il était impossible de circuler, pourquoi maintenant d’un coup vous dites que vous allez maintenir l’ordre coûte que coûte et surtout par tous les moyens ? » Et récemment, malgré le fait qu’on ait apporté la preuve que les militaires, la FOSPEL et la garde présidentielle tiraient à balles réelles, il est sorti à la télé pour dire qu’aucun militaire n’était équipé de balles réelles, alors qu’on donnait la preuve tous les jours dans les hôpitaux que les militaires tiraient à balles réelles.

A votre avis, cette situation risque-t-elle de conduire à la guerre civile en Guinée ?

Jusqu’à présent, tout le monde pense que la guerre civile ne peut être possible en Guinée, vu le mélange plus ou moins ethnique, mais je pense que c’est l’élection qui va être le détonateur. S’il y a une élection truquée, que les résultats sont contestés, ce sera le détonateur. Je ne vois pas comment l’alliance Arc-en-ciel peut gagner les élections en face de l’Alliance Cellou Dalein, en dehors de tout calcul mathématique d’ailleurs, car c’est une alliance qui plait à la majorité des Guinéens, et les votes du premier tour à mon avis ne changeront pas ; tous ceux qui observent la scène politique guinéenne sont conscients que la victoire de l’Alliance Cellou Dalein est inévitable. Mais tout est fait pour permettre à Alpha Condé d’arriver au pouvoir. Ce serait un trucage. Et ça, ce sera le détonateur qui va embraser le pays. Je pense que si les élections sont organisées de façon à favoriser coûte que coûte Alpha Condé, le pays va basculer dans l’instabilité. Je pense que l’électorat de l’Alliance Cellou Dalein Président ne laissera pas faire.

Quand vous prenez même sur le plan mathématique, tous ceux qui ont voté pour Cellou ne changeront pas de vote, donc il aura toujours ses 43 pour cent, sans compter qu’on lui a subtilisé des PV, c'est-à-dire qu’il va faire au moins 45 pour cent avec son électorat du premier tour. Sidya, même s’il y a des électeurs qui vont se détourner de lui, il fera un apport d’au moins 10 pour cent. Si avec son électorat il a la Basse Guinée, c’est fini. Et ça, Alpha Condé qui est un bon politicien tacticien et manipulateur, il l’a compris. Il fait une vraie campagne en Basse Guinée pour salir l’image des Peulhs aux yeux des Soussous. Cependant, même les observateurs internationaux savent que la victoire de l’autre camp est inévitable.

Mais quelle est la réaction des organismes internationaux par rapport à la guerre déclarée aux Peulhs par les autorités, aux violations des droits de l’homme ?

Le Haut commissariat des Droits de l’homme a mis en place un bureau. Ils viennent de sortir d’ailleurs un rapport sur le sujet, ils sont au courant des exactions commises dans les quartiers. Ils ont déjà é le Haut commissariat aux Droits de l’homme de Genève par rapport à cette dérive ethnocentriste. Les observateurs de l’Union Européenne qui étaient sur place pour observer les élections, comme le deuxième tour a été longtemps repoussé, ils font aussi des enquêtes sur les violations, et ils sont arrivés à la même conclusion qu’il y a une dérive ethnique et qu’ils sont en train de déstabiliser l’électorat peulh pour permettre à Alpha Condé de monter. Seuls le Premier ministre et Sékouba Konaté ferment les yeux sur ce problème.

Il a été établi qu’un officier militaire a ordonné à la population de Siguiri de s’attaquer aux ressortissants du Fouta vivant à Siguiri …
Oui, il y a une stratégie. Nous avons constaté que ces derniers mois, la Guinée a reçu beaucoup d’armement et de matériel militaire de la Libye, cet armement a été acheminé en Haute-Guinée, en Forêt, et l’acteur principal en est le gouverneur de Nzérékoré, le général Bourama Condé, qui veut absolument que les Guerzés se révoltent contre les Peulhs et fait tout pour que l’on martyrise les Peulhs de la région de Nzérékoré, qui couvre des villes comme Nzérékoré, Kissidougou, Faranah, Guéckédou.

Est-ce que la population de cette région se laisse influencer par cette tactique ?

Il semblerait qu’au niveau de Nzérékoré, les gens ont refusé de suivre ce discours va-t-en guerre du général Condé. Par contre à Kouroussa, l’influence a donné des résultats déplorables.

Est-ce que la fraction ethnocentriste de l'armée est importante ?

Beaucoup trop. Le recrutement est fait sur des bases ethniques, c'est normal qu'il y ait des exactions. Dans le rapport portant restructuration de l'armée, on préconisait d'ailleurs que la future armée guinéenne reflète la composition ethnique.

Ces derniers jours, le grand Imam de Labé El Hadj Abdourahmane Bah, parlant des exactions subies par les ressortissants de la Moyenne Guinée dans certaines régions du pays, a assuré qu’il n y aura pas de vengeance au Fouta, et il a au nom des chefs religieux du Fouta, demandé aux responsables religieux de la Haute Guinée et de la Guinée forestière de calmer les populations. Pensez-vous qu'il sera entendu ?

Non, je ne crois pas. Ce n'est pas la première fois que des appels sont lancés. Il y a deux semaines, toutes les coordinations régionales se sont retrouvées à Conakry pour appeler à l'apaisement, et une semaine avant, la coordination mandingue était reçue chez le Premier ministre pour demander que Condé Alpha soit favorisé. Il n'y a pas de sincérité dans les actes. De toute façon la manipulation est politique, je ne pense pas que les autorités religieuses mandingues vont se désolidariser de la stratégie d'Alpha Condé.

Quelles sont les chances de finir les élections et d'avoir un président démocratiquement élu accepté de tous ?

Lors du point de presse que j’ai organisé la veille de mon agression, j'avais présenté les victimes et le professeur-témoin. Mais l'objet principal du point de presse était une lettre que nous avions adressée au nouveau président de la CENI pour dire la responsabilité historique qu'il porte sur ses épaules. Cela fait deux ans qu'il est expert en Guinée auprès de la CENI, il connaît les dysfonctionnements donc nous avons attiré son attention sur cette responsabilité qu'il a de conduire le deuxième tour dans la transparence, parce que sinon il y laisse son honneur, sa dignité, la dignité du Mali et de la Francophonie. Sur cela nous avons été très clairs, on a salué sa nomination à la tête de la CENI car c'est quelqu'un de compétent. Mais connaissant la Guinée et les tentatives de manipulation dont il va faire l’objet, nous avons voulu attirer son attention sur le fait que s'il se laisse détourner dans le trucage électoral, il portera la responsabilité de ce qui se passera dans le pays.

C’est donc un homme de confiance, selon vous ?

Tout à fait. C’est quelqu’un de très intègre, et il expliquait déjà les dysfonctionnements. Dès qu'il est arrivé à la tête de la CENI, il a pointé du doigt le fichier parallèle qui avait été mis en place sur ordre d’Alpha Condé. J'ai eu à discuter avec lui depuis deux ans, je pense qu'il ne sera pas manipulable.

Quelle conclusion aimeriez-vous donner Ă  cet entretien ?

La Guinée a trop souffert, depuis 52 ans. Il est temps que tous les acteurs politiques et les acteurs de la transition prennent conscience de la souffrance de ce pays, pour qu'on mette fin, une fois pour toutes, aux ambitions personnelles et ethniques, et permettre vraiment que le suffrage exprimé par les citoyens ressorte du vote, et qu'enfin on ait un président démocratiquement élu.

Je pense que, quelque soit celui qui sera élu, sa période de grâce va être très courte, car les attentes sont fortes, l'instabilité est très grande, le pays ne pourra pas se développer sans la paix et la stabilité.

A mon avis, l'élection n'est pas la clé, le prochain gouvernement aura beaucoup de travail. Les Guinéens ont tout intérêt à se retrousser les manches pour accompagner le prochain pouvoir qui sera démocratiquement élu.

Propos recueillis par Aissatou Bah
depuis Paris, Franc
Source:Guineenews


  Rubrique: Interview  date: 03-Nov-2010 ŕ 10:15:20  Partager:   :

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