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Juliane Kippenberg de l’ONG Human Rigths Watch : «En Guinée, de petites filles de 8 ans portent des


[IMG1]Lors de son séjour à Conakry, Juliane Kippenberg de Human Rights Watch a interpellé les décideurs politiques à tous les niveaux et des organisations internationales pour dénoncer l'exploitation des jeunes filles domestiques en Guinée, une pratique qui n’honore guère nos sociétés. Au micro de notre reporter, la chercheuse sur les droits de l’Enfant en Afrique de Human Rights Watch revient ici sur le rapport du 15 juin dernier qui dénonce les violations des droits de l'Enfant en Guinée. Exclusif!


Africaguinee.com : Pourquoi le choix de la Guinée pour mener vos études ?

Juliane Kippenberg : Nous avons choisi la Guinée parce qu’il n’y a pas encore eu assez d’études approfondies sur l’exploitation des filles domestiques en Guinée. La Guinée est aussi intéressante parce qu’elle a une dimension régionale. Car des filles Maliennes y viennent pour travailler. Il y a juste 2 ans qu’elle a conclu un accord avec le Mali pour empêcher la traite des filles. Nous nous intéressons aux problèmes domestiques dans le monde et avons réalisé d’autres études sur l’exploitation de ces filles en Indonésie, au Maroc et en El Salvador. Je suis venue en Guinée en décembre 2006 et en février 2007 dans le cadre du rapport qui vient d’être publié. Pendant mes séjours, j’ai interrogé 40 filles domestiques ainsi que des représentants du gouvernement et des agences internationales

Un rapport vient d’être publié. Comment comptez-vous appliquer les recommandations ?

D’abord, nous avons diffusé ce rapport largement dans la presse guinéenne et internationale. Ensuite, nous avons présenté le rapport au gouvernement guinéen et échangé avec le ministère de l’Education nationale, celui des Affaires sociales et celui de la Justice sur les mesures à prendre. Dans les semaines ou mois à venir, on va poursuivre ce travail de dissémination du rapport et celui du plaidoyer vis-à-vis du gouvernement guinéen et des acteurs internationaux. En plus, des ONG locales guinéennes ont exprimé leur désir de continuer un plaidoyer sur le terrain.

Sur le plan juridique, quelles sont les garanties que la loi guinéenne offre aux enfants pour éviter leur exploitation ?

Le code pénal guinéen interdit, en des termes clairs, la violence à l’égard des enfants, le viol et l’atteinte à la pudeur au sens spécifiquement prohibé. La loi interdit aussi toute forme de traite. Le code du travail dit que l’âge minimum d’admission au travail est de 16 ans. Malheureusement, ce même code déclare plus loin que des enfants plus jeunes peuvent travailler si leurs parents ou tuteurs acceptent. Même si le code du travail devrait être amendé, il contient quand même certaines protections. Par exemple, il crée des tribunaux de travail où des filles exploitées pourraient aller réclamer leurs salaires. La Guinée a ratifié presque toutes les conventions internationales sur la protection de l’enfant. Donc, même si la loi nationale a des lacunes, celle internationale doit primer.

Qu’est-ce que votre ONG propose à ces enfants retirés de l’exploitation, par exemple les orphelins, pour leur réintégration ?

Notre ONG n’est pas opérationnelle sur le terrain. Nous ne retirons pas les enfants des familles ‘’abusives’’. Nous travaillons avec des ONG qui s’en occupent et nous formulons des recommandations sur des stratégies à prendre. Les cas diffèrent. Dans certains cas, il y a peut-être d’autres membres de la famille et il peut y avoir une réunification familiale. Dans l’autre cas, on met l’enfant dans une famille d’accueil. Ce qui compte, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant. De toutes les façons, il faut assurer pour qu’il y ait un suivi et que l’Enfant soit bien traité dans son nouvel environnement.

Quel diagnostic faites-vous de l’exploitation et de la traite des enfants en Guinée ?

Nous avons remarqué qu’en Guinée, les filles domestiques souffrent énormément. Très souvent, elles travaillent pendant de très longues heures. Elles n’ont pas de repos. De petites filles de 8 ans portent des seaux d’eau de 20 litres et elles ne participent pas aux repas familiaux. Elles sont insultées, battues, harcelées sexuellement et même violées. Rarement, elles sont envoyées à l’école. Cela est valable pour des filles confiées aux membres de la famille mais également pour celles qui travaillent en dehors de leurs familles.

Quelles recommandations avez-vous à faire pour lutter contre cette pratique déshonorante ?

A ce niveau, nous avons plusieurs recommandations. Premièrement, il faut que des violences contre des filles domestiques, la traite et l’exploitation soient sanctionnées. Deuxièmement, il faut un système de protection de l’enfant. Troisièmement, il faut améliorer l’accès à l’éducation de ces filles. En termes clairs, cela ouvrira des opportunités heureuses à ces enfants. Finalement, il faut une campagne de sensibilisation sur les droits des filles domestiques.

Propos recueillis par Mamadi Fofana
Pour Africaguinee.com





  Rubrique: Interview  date: 21-Jun-2007 à 07:55:16  Partager:   :

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