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Incidents de Forécariah: " C'est dommage que des gens meurent alors qu'ils veulent élire le futur pr





Quelques jours après les affrontements entre les partisans de Sidya Touré et des militants de Cellou Dalein Diallo à Forécariah, l'Etat guinéen a promis des mesures pour sécuriser le scrutin présidentiel.Mais les souvenirs de ces affrontements sont douloureux pour les victimes.Chef-monteur vidéo pour la chaîne francophone TV5Manuel Pidoux de la Maduère, a été blessé à la tête par une foule en colère.Au micro d'Africaguinee.com, il revient sur ces évènements du 25 juin 2010 à Forécariah...

Africaguinee.com : Bonjour Mr Pidoux. Vous avez été blessé à la tête lors des accrochages entre les militants de l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et ceux de l’UFR de Sidya Touré. Comment vous-vous portez aujourd’hui ?

MANUEL PIDOUX DE LA MADUERE :
Ça a été un peu dur. Ce n’est pas très très grave. J’ai eu trois points de suture. C’est une blessure assez légère finalement. C’était juste un peu effrayant d’être poursuivi par une foule.

Comment avez-vous vécu ces évènements ? Quels sont vos souvenirs ?

C’était douloureux. On m’a tapé sur la tête par deux fois avec des pierres. Donc c’était assez basique comme sensation. C’était assez effrayant. On a été poursuivi par une foule. Au début, on était assez loin de la foule. Nous, on était venu filmer une voiture. On était à une bonne centaine de mètres. Et en s’approchant de la voiture, la foule est arrivée sur nous. Mais tout est arrivé très très vite. On n’a vraiment pas réalisé ce qui s’est passé. On a seulement filmé la foule. C’est en revoyant les images qu’on a vu que c’était plusieurs personnes qui s’acharnaient sur une personne. C’est un peut traumatisant de voir quelqu’un mourir comme ça. Au fait je ne sais pas s’il est mort. Mais ils le tapaient avec des bouts de bois. Ils lui jetaient des pierres. C’était très violent. C’était assez inhumain.


Comment vous vous êtes retrouvé dans cette bagarre à Forékariah alors qu’on vous croyait à Conakry ?

On allait à la rencontre du cortège de Cellou Dalein Diallo, le jour de son retour à Conakry.

Lequel des deux groupes vous a-t-il attaqué : les militants de l’UFDG de Cellou Dalein Diallo ou bien ceux de l’UFR de Sidya Touré ?

C’est difficile à dire. Ils étaient nombreux. Donc je ne sais pas.

On a dénombré une dizaine de morts côté UFDG, lors de ces affrontements à Forékariah. Avez-vous assisté personnellement à des assassinats ?

On n’a pas vu de personnes assassinées. Mais les images qu’on a filmées, c’étaient des images d’une personne qui était en train de se faire tabasser par une foule de personnes, une cinquantaine de personnes. Mais la directrice de l’hôpital Donka nous a dit qu’il y a eu 6 morts ce jour. Puis il y a eu de morts ces derniers jours (parmi les blessés graves). Et le Général Konaté, dans sa déclaration, a parlé de plusieurs morts.

Vous devriez avoir peur pendant qu’on vous poursuivait…

Ça a été assez vite. Donc c’est après qu’on a peur. C’est quand on réalise ce qui s’est passé, on se dit qu’on a échappé bel et qu’on aurait peut être pu se faire tuer en faisant son travail qui est de témoigner de ce qui se passe.

Des affrontements de ce genre sont fréquents dans le tiers monde, quand il s’agit d’élire un chef d’Etat. Est-ce qu’on craignait, selon vous, quelque chose comme ça pendant cette campagne électorale en Guinée ?

Oui ! Mais c’était qu’en même une surprise pour moi. Je ne pensais pas aussi qu’on pouvait s’attaquer à la presse de cette façon là ! Je ne suis pas habitué aux mouvements de foule. Donc c’était vraiment surprenant.

Après avoir vécu ce cauchemar, comment pouvez-vous juger la maturité démocratique des Guinéens ?

C’est difficile de juger. L’échelle de valeur est tellement différente. Dire qu’en Occident il y aurait 6 morts dans un processus électoral, pour une élection présidentielle, les gens n’y croiraient pas. Maintenant en Afrique, dans un pays où il n’y a pas eu d’élections libres depuis 50 ans, je ne sais pas ! Est-ce que c’est normal ? Est-ce que ce n’est pas normal ? Au fond, ce n’est pas normal que les gens meurent de cette façon là. Je ne sais pas comment les choses sont encadrées ici. C'est-à-dire quels moyens ont réellement les forces de l’ordre pour prévenir ce genre d’évènements.

Quelle a été la réaction de TV5 à Paris, suite à votre blessure ?




A Paris on nous a soutenus et encouragés. TV5 nous a soutenus. Voila ! Il y a eu des réactions humaines normales.


Dans l’avenir si on vous envoi en Afrique pour de couvertures médiatiques, serez-vous inquiets pour votre sécurité ?

Oui ! Parce que mon expérience très courte en Guinée est déjà marquée par un évènement violent. Donc forcement, l’expérience de la peur sera assez forte. Ça ne fait pas une semaine que je suis là. Je n’étais jamais venu en Guinée avant. Je me suis déjà fait tapé dessus.

Allez vous retourner en guinée pour couvrir le second tour de cette élection présidentielle ?

Quant on a couvert le premier tour, on a envie de voir ce qui se passe après. Mais il faudra que je réfléchisse à tête reposée pour savoir si je vais retourner. Peut être, mais ce n’est pas sûre. Je ne peux pas décider maintenant. On est encore dans le feu de l’action. On a pas mal travaillé sur les élections pendant une semaine. Donc je n’ai pas eu trop de temps d’analyser ce qui s’était passé. Je ne peux pas prendre une décision tout de suite.

Le président de la transition, le Général Sékouba Konaté a promis de trouver les auteurs de ces crimes, les arrêter, les traduire en justice et les punir. Comment avez-vous trouvé sa déclaration après ces évènements ?

Je trouve ça normal. C’est effectivement le rôle de l’Etat d’assurer la sécurité des citoyens du pays et les gens qui viennent visiter le pays ou travailler dans le pays. C’est tout à fait normal qu’un crime de ce genre ne soit pas impuni. C’est un peu une des bases d’un Etat de droit.

Personnellement, quelle justice réclamez vous suite à vos blessures dans l’exercice de vos fonctions et dans un pays étranger ?

Je ne sais pas ! J’imagine qu’il y a un cadre législatif en guinée. Il y a des lois. J’imagine aussi qu’il y a un code pénal. Ce n’est pas vraiment à moi de me prononcer.

On imagine aussi que votre maison (TV5) voudrait des comptes ...

Oui ! La réparation des dommages.

Parlant de dégâts matériels, qu’avez-vous perdu dans ces regrettables évènements ?

Pas mal de choses ! On a abîmé la voiture de notre chauffeur qui est quelqu’un d’ici. Sa voiture a été beaucoup abîmée. Mais je ne peux pas évaluer ces choses. Je ne suis pas juriste. Et puis il y a mon crâne aussi.

Et votre matériel de travail ?

Oui, la camera a été abîmée aussi. On nous a jetés une pierre qui est tombée sur la camera. Et puis les gens essayaient de récupérer la camera et la cassette qui se trouvait dedans.

Comment avez-vous réussi donc à vous échapper avec la camera et la cassette face à cette assaillante foule ?

On a couru ! On s’est un petit peu débattu. On a eu la chance. On a réussi à remonter vite dans la voiture et notre chauffeur a réagi assez bien. Il a réussi à partir assez vite. Je crois aussi qu’il y avait des gens qui nous encadraient, qui nous ont un peu protégés. Je crois qu’au sein des gens qui nous poursuivaient, il y avait certains qui cherchaient à nous protéger parce qu’ils se rendaient compte que c’était la presse internationale et qu’il fallait la protéger contre les gens qui voulaient nous prendre le matériel et nous frapper.

Avez-vous un message pour les guinéens ?

Par rapport à ce qui s’est passé, je pense qu’un être humain digne de ce nom ne peut pas laisser plusieurs personnes s’acharner sur une seule personne. C’est totalement injuste. C’est une question de dignité. Si on le laisse faire, on est aussi coupable que ceux qui le font. C’est un petit peu désolant au sein d’un processus démocratique qu’il y ait de morts pour une élection présidentielle. C’est un petit peu hallucinant que des gens meurent alors qu’on vient s’exprimer pour élire le futur dirigeant du pays. Ce n’est absolument pas normal. Si on vote, c’est justement pour qu’on ne passe pas par ce type de violence.

Interview réalisée par Abdourahamane Bakayoko
Pour Africaguinee.com
Tel : +224 62 600 600



  Rubrique: Interview  date: 13-Jul-2010 ŕ 11:16:35  Partager:   :

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