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M. Mamadou Bah, Directeur National du service Météo- Guinée: « Nous interpellons le gouvernement po
[IMG1]Dans le cadre des réformes du nouveau gouvernement de Lansana Kouyaté, le Directeur National du service de Météo-Guinée, Mamadou Bah interpelle les décideurs sur les enjeux de la météo pour l’économie guinéenne. Nous l’avons rencontré lors de sa mission au congrès de l’Organisation Mondiale de la Météorologie à Genève.…
Africaguinee.com: Bonjour M. Bah. Vous êtes le Directeur national du service météorologique de la Guinée. Parlez-nous votre mission à Genève.
Mamadou Bah : Tout d’abord je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer dans votre journal. Ma visite à Genève s’inscrit dans le cadre du 15ème congrès de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM). C’est un congrès qui se tient tous les quatre ans et je suis ici en qualité de Directeur du service météorologique de Guinée et représentant permanent de notre pays auprès de l’OMM .J’ai été élu en février 2007 président du conseil régional de l’OMM pour l’Afrique, je suis donc le porte-parole de la communauté africaine au congrès de l’OMM. Ce congrès s’est déroulé du 7 au 25 mai dernier. Durant ce congrès, nous avons élu le nouveau secrétaire général de l’OMM. J’ai profité de l’occasion pour discuter avec mes pairs, les partenaires au développement pour voir comment on pourrait améliorer le service météo en Guinée. Car aujourd’hui il est unanime qu’on ne peut pas faire du développement sans tenir compte du climat.
A l’heure de la mondialisation, quels sont les enjeux de la météorologie pour l'économie guinéenne ?
Le climat est universel et ne fait aucune distinction entre pays développés ou en voie de développement. La météo est devenue une information indispensable pour gérer l’ensemble de nos activités. Prenons le cas de l’agriculture, près de 85 % de nos populations sont des ruraux. Une anomalie de la pluviométrie aurait des conséquences désastreuses pour nos récoltes et cela peut provoquer des problèmes d’alimentation. C’est ce qui explique l’importance qu’on accorde maintenant au temps à travers la météo avec des thèmes comme le « temps et la sécurité alimentaire » ou encore « le climat et le développement » car n’oublions pas que toutes les activités humaines sont tributaires des conditions climatiques. Il faut donc que les gens sachent utiliser les informations météorologiques pour l’adapter à leurs activités.
Autre exemple, les services d’assurances courtisent la météo pour savoir quels sont les impacts du climat sur les habitations. Pensez notamment aux saisons cycloniques dans les Caraïbes, où les assurances fixent leurs tarifs en fonction des risques. En Guinée, les agriculteurs ont besoin de savoir la pluviométrie pour faire les semences et protéger leurs récoltes. Dans le domaine de la santé, le paludisme est l’une des principales causes de mortalité en Guinée. Le développement des moustiques est tributaire de l’humidité, par conséquent si nous prévoyons une saison très pluvieuse, ça veut dire qu’il y aura plus d’humidité et donc plus de cas de paludisme. Tel type de temps, tel type de maladie. Une saison extrêmement chaude dans notre pays est très propice à la méningite.
Dans le domaine de l’habitat et de l’urbanisme, les populations doivent tenir compte de la direction du vent pour construire leurs maisons, sinon un orage violent peut endommagé la toiture par exemple. En Guinée toutes ces informations météo sont disponibles actuellement et elles peuvent servir à mieux gérer nos activités quotidiennes.
Quels sont les moyens dont vous disposez pour fournir ces informations météo aux populations guinéennes ?
Actuellement, grâce à l’aide internationale, les services météos se sont beaucoup améliorés. Dans notre métier, on dit que le temps ignore les frontières. Un phénomène observé au Mali peut atteindre la Guinée en quelques heures. Nous privilégions donc l’échange d’informations entre les services météos d’abord au niveau régional ensuite au niveau international. Les données météorologiques sont fournies dans les quatre coins du monde.
Aujourd’hui avec la technologie, nous pouvons fournir des prévisions de deux ou plusieurs jours. En Guinée, nous disposons d’un studio où nous fournissons les infos météos aux médias. Les informations sont collectées au niveau national, ensuite au niveau régional et international. Ces informations sont donc adaptées aux conditions locales avant d’être présentées au public guinéen par les radios, la télévision et les journaux. Tout cela est possible grâce à une coopération accrue des services météos à travers le monde.
Pour revenir à votre mission à Genève, avez-vous obtenu des résultats concrets pour votre département au cours de votre mission à l’OMM ?
Nous avons profité de cette mission pour avoir des contacts avec les autres délégations notamment des Etats-Unis, le Japon, la France etc. Au niveau régional, l’Espagne est disposé à financer une partie du renforcement des services météos en Afrique de l’Ouest. Dans le cadre de l’utilisation du climat pour le développement, la Banque Africaine de Développement, le G8 sont disposés à financer un programme de développement en Afrique en tenant compte de l’environnement. Nous allons donc profiter des ces programmes pour renforcer nos services en Guinée.
Dans notre pays, il faut que l’Etat s’investisse davantage au niveau financier. Au Sénégal par exemple, un budget de 3 milliards de francs CFA a été octroyé au service météo pour améliorer leurs infrastructures pour augmenter artificiellement les pluies dans la région. En Guinée au contraire nous souffrons d’un excédent d’eau pendant l’hivernage alors qu’en saison sèche il y a une pénurie d'eau. A Conakry, nous avons 4 mètres d’eau par an (Ndlr : l’équivalent de 4.000 litres d’eau sur chaque mètre carré).Cette eau est malheureusement mal exploitée pour éviter les pénuries d’eau en saison sèche. Un fonds est par conséquent nécessaire pour retenir ces eaux de pluie qui serviront non seulement à l’irrigation et l’énergie hydro-électrique mais aussi pour l’usage domestique. Il nous faut donc des moyens techniques et humains pour relever ces défis
Quel message adressez-vous à nos décideurs pour relever ces défis ?
Aujourd’hui, l’information météorologique est vitale. Il faut que chacun puisse l’intégrer dans ses activités. Pour ce qui est des décideurs, lors du dernier congrès de l’OMM en 2003, nous avons invité tous les gouvernements à se pencher sur le renforcement des services météos. Pour notre pays, à l’image des autres pays en développement, il y a le problème de la sécurité alimentaire, le problème de la pauvreté.
Imaginez un homme qui épargne toute sa vie pour construire une maison et qu’une tornade vienne tout dévaster. Cet homme là se retrouve propulser dans la misère sans aucun soutien. Au niveau démographique, le problème de la sécurité alimentaire est crucial. Le gouvernement doit donc veiller à équiper le service météo pour qu’il remplisse la mission qui lui est dévolu.
Nous interpellons le gouvernement pour qu’il se penche sur le renforcement du service météo qui est incontournable pour notre économie. Le département de la santé par exemple a besoin de connaître l’humidité et la température, celui de l’énergie doit connaître les quantités d’eau, l’évaporation etc. La météorologie interpelle tout le monde car la météo c’est le temps qui est inhérent à la vie humaine.
Propos recueillis par Mamadou Kaba Souaré
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 08-Jun-2007 ŕ 12:21:00  Partager:   :  |
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