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Elections 2010:" Tous les Guinéens vivant au Sénégal sont concernés", dixit l'ambassadrice Coumba Di





En poste à Dakar depuis 2006, l’ambassadeur de la République de Guinée-Conakry au Sénégal promet la transparence et l’équité dans le processus devant conduire à l’élection du prochain président guinéen. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, Mme Koumba Diakité affirme que les mesures sont prises afin que les 22.406 électeurs recensés puissent accomplir leur devoir civique.

Les Guinéens vont aux urnes dimanche. Quelles sont les dispositions prises pour le vote des électeurs résident au Sénégal ?

Par décret présidentiel, les élections sont convoquées le 27 juin. Ces élections se veulent libres, transparentes, crédibles, susceptibles d’être acceptées par toutes les composantes de la Guinée. Les élections concernent les Guinéens vivant à l’intérieur tout comme les Guinéens vivant à l’extérieur, dans 18 pays sélectionnés en raison du poids démographique des compatriotes hors du pays. Le Sénégal fait partie de ces 18 pays. Les élections ont fait l’objet de préparation minutieuse d’abord par le ministère de l’administration du territoire en tant que structure chargée d’organiser les élections dans le pays. Mais il y a aussi dans un souci de transparence, une commission nationale indépendante qui se charge de la préparation technique et matérielle. Tout a démarré par le dénombrement des électeurs. Qui doit voter ? Pour une population de 10 millions, il fallait nécessairement engager une opération de recensement. Contrairement aux dernières élections, celles de 2010 ont l’obligation de se passer dans une transparence. D’où le recours aux technologies de l’information et de la communication. Le recensement a été fait sur la base biométrique. Et des instructions claires ont été données à toutes les administrations chargées du recensement de ne mettre sur les listes électorales que le Guinéen qui s’est présenté devant les agents recenseurs. Ces données ont été enregistrées dans une machine essentiellement conçue pour ça et traduites sur les listes. Les cartes d’électeur ont été confectionnées sur la base de cette liste. Au départ déjà, tout est clair. Dans ce processus, les partis politiques ont joué un rôle prépondérant. Chaque parti politique s’est donné comme moteur la sensibilisation des militants pour qu’ils retirent leurs cartes. La sensibilisation est allée ensuite vers la présence obligatoire devant les bureaux. Dakar qui a une forte concentration de Guinéens, a fait son recensement en deux étapes. La première étape s’est déroulée en septembre. La seconde au mois de mars. 7.800 Guinéens vivant à Dakar ont été recensés lors de la première phase. En raison de la faiblesse de ce chiffre par rapport au poids, le dispositif de recensement a été renforcé. Ce qui nous a permis d’enrôler 17.000 personnes. Nous avons enregistré 22.406 électeurs.

Comment se passe la distribution des cartes ?

Distribuer 22.000 cartes en deux jours, il faut beaucoup d’imagination. C’est ce qui nous a conduits à solliciter des autorités sénégalaises - que je voudrais remercier en passant- les installations du stade Iba Mar Diop. Ces installations nous ont permis d’abord de travailler sur la liste électorale. Comme c’est fait par ordre alphabétique pour identifier tous les participants à partir de leurs noms de famille. Nous avons constaté que dans certaines catégories comme les Diallo, nous avons près de 150 homonymes. Quand vous dites Diallo Abdoulaye, vous avez près de 150 personnes qui se lèvent. Il fallait réfléchir de plus. C’est ainsi que nous avons mis en place une autre méthode plus opérationnelle. Comme les Diallo sont nombreux, mais ne viennent pas d’une même préfecture, nous les avons classés par préfecture. Ce qui a largement facilité la distribution des cartes. A l’heure où je vous parle, la distribution des cartes est en phase d’être terminée. La distribution devait en principe prendre fin le samedi 26. On a donc une petite avance qui nous permet de déployer le personnel technique vers d’autres taches.

Est-ce que les Guinéens vivant dans les régions de l’intérieur du Sénégal sont concernés par les opérations ?

Tous les Guinéens vivant au Sénégal sont concernés. Mais nous avons eu des difficultés. Le mode d’enrôlement est biométrique. Il faut donc la présence physique. Et nous avons reçu deux machines pour trois semaines, avec une capacité d’enregistrement de 250 personnes par jour. Cela ne peut se faire que dans un lieu fixe. C’est pourquoi Dakar et ses périphéries ont été recensés. Il y a eu 6 points de recensement : Médina, Guédiawaye, etc. Nous avons signalé cela dans les rapports. Les élections législatives auront lieu prochainement et nous reprendrons le recensement pour que le fichier électoral soit élargi. C’est clair que même en Guinée, on n’a pas pu recenser tout le monde. C’est une opération limitée dans le temps avec des moyens sophistiqués. Je vous dis que des parents sont arrivés et ont cru que le bouton rouge sur lequel ils doivent apposer leur empreinte va les brûler. Le temps de les convaincre fait retarder le processus. Mais comme c’est maintenant ancré dans les pratiques, les opérations seront plus faciles. Nous sommes conscients que Dakar peut mobiliser plus d’électeurs. D’après les statistiques qu’on nous donne, il y aurait sur le territoire sénégalais plus de 2 millions 500.000 Guinéens. Ça se lit dans les rues de Dakar. Toutes les composantes de la Guinée sont représentées.

Partant du nombre d’électeurs recensés, que représente Dakar dans la conquête des urnes ?

L’électorat des 17 pays où les Guinéens vont voter représente environ 1.6% de l’électorat total. C’est la volonté de faire participer la Guinée à travers sa Diaspora que l’autorité a pris la décision d’organiser l’élection dans ces pays. Il est clair que les circonstances dans lesquelles la décision d’organiser les élections a été prise ne permettaient pas qu’on s’attarde sur des actions qu’on peut rattraper pour les autres étapes.

Comment travaillez-vous avec les partis politiques en lice Ă  Dakar ?

Depuis mon arrivée, j’ai considéré que les partis politiques sont mes partenaires de terrain. En matière politique, il n’y a qu’eux qui doivent s’adresser à leurs militants. Nous accompagnons les partis politiques dans le processus.

Avez-vous déjà reçu des candidats à Dakar ?

Il faut avouer que la campagne est plus centrée à l’intérieur. Certains candidats sont venus, mais ils n’ont pas fait de grands rassemblements. Ils ont juste pris contact avec leurs militants. Tous les candidats lancent des appels pour la paix, le renforcement de la démocratie et invitent les militants à aller vers les urnes pour les choisir. C’est le meilleur des meilleurs que nous pensons avoir le 27.

Est-ce qu’il y a eu des réclamations ?

Il y a une catégorie de recensés de Dakar qui s’est signalée lors de la première affiche des listes électorales. Quelques difficultés ont fait que certains noms de personnes inscrites n’ont pu être répertoriés, mais ils existent en mémoire à Conakry. La solution envisagée, c’est que les intéressés étant recensés par voie biométrique, Ils vont voter avec leur récépissé.

Il y a combien de bureaux de vote ?

Nous avons 25 bureaux de vote. Nous allons profiter des installations d’Iba Mar Diop. Des dispositions sont prises pour orienter les militants.

Aujourd’hui, la Guinée semble ouvrir une nouvelle page avec ces élections. Quel sentiment vous anime ?

En tant qu’ambassadeur, la paix est la chose rêvée. Parce que nous symbolisons le pays. Quand le pays n’est pas bien présenté, vous avez même honte d’aller aux rencontres avec les collègues, parce qu’ils n’arrêtent pas de vous dire : votre pays, qu’est-ce que vous en faites ? Vous voulez le brûler avec toutes les richesses que vous avez ! Tout le monde est préoccupé pour toi. Quand la paix revient, la population se relaxe, les leaders se sentent à l’aise, on ne peut que se réjouir. La sécurité est revenue. Les Guinéens dorment. Beaucoup d’efforts ont été faits à travers l’installation du Conseil national de transition, le gouvernement et la décision du président par intérim d’organiser davantage l’armée. Ces efforts donnent aujourd’hui espoir aux Guinéens. Le président par intérim a dit que pour une fois, l’Etat n’a pas de candidat : « Je n’ai pas de candidat, je ne suis pas candidat ». Il a instruit toutes les administrations y compris les ambassades d’être au milieu et de jouer l’absolue neutralité pour accompagner les acteurs vers des élections. Je suis heureuse que la tranquillité des Guinéens soit rétablie. Nous avons pris une grande avancée depuis les évènements de septembre. Comme on dit qu’à quelque chose malheur est bon. C’est dommage qu’il y ait eu des pertes en vies humaines, mais ces évènements ont fouetté à nouveau la conscience des Guinéens sur la nécessité de la cohésion, l’entente et surtout la culture de la paix.

Propos recueillis par Babacar DIONE
Source:lesoleil.sn


  Rubrique: Politique  date: 24-Jun-2010 ŕ 14:29:22  Partager:   :

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