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Présidentielles 2010:" Nous appelons le gouvernement à ne rien ménager pour la transparence du scrut





A quelques jours du scrutin présidentiel, Mamady Kaba, représentant local de la RADDHO, a tenu à lancer un appel aux acteurs politiques et au gouvernement afin qu’ils fassent preuve d’équité et de maturité lors de ces consultations électorales. Entretien…

L’Indépendant : Les différents candidats à la présidentielle sont en campagne. En tant que président d’une ONG de défense des droits de l’Homme, avez-vous entrepris des démarches pour interpeller les acteurs afin que la période électorale se déroule dans le calme ?

Mamadi Kaba :
Oui, nous avons été les premiers à tirer la sonnette d’alarme sur les risques de violences et appeler les leaders politiques à sensibiliser leurs militants. Mais nous comprenons que ce n’est pas facile parce que c’est pratiquement la première fois que les Guinéens peuvent choisir librement leurs dirigeants. Et, cette euphorie aveugle une bonne partie des militants. Nous attendons d’eux tout de même, qu’ils fassent des efforts pour amoindrir les risques. Encore une fois, ce ne sera pas chose aisée.

Vous ĂŞtes parmi les sceptiques, selon lesquels ce scrutin ne peut avoir lieu le 27 juin. Pourquoi pensez-vous cela ?

Il faut que les élections aient lieu conformément aux accords de Ouagadougou. Il faut éviter le syndrome ivoirien qui ne fait pas du tout honneur à la sous région.

Des rumeurs ont accusé récemment un pays étranger de vouloir favoriser l’élection d’un candidat, en usant d’influence sur le général Sékouba Konaté. Pensez- vous que ces rumeurs sont fondées ?

Nous ne croyons pas que c’est vrai et d’ailleurs il faut éviter de déstabiliser les électeurs qui croient véritablement à la possibilité pour eux de choisir leurs dirigeants sans influence aucune. Cependant, le général Konaté, bien que nous ne doutions pas de sa neutralité doit fournir des efforts supplémentaires pour rassurer les Guinéens. Ces genres de rumeurs sont simplement des tentatives d’intoxication qui peuvent néanmoins avoir des conséquences fâcheuses sur le processus car ils peuvent déjà braquer certains citoyens en les mettant dans une prédisposition psychologique à la violence. Il appartient aussi aux partis politiques d’élever leur niveau de vigilance pour empêcher toute fraude ou, à défaut, pour recourir aux voies légales de réclamation. Bien entendu, avoir de la sympathie pour un leader ou pour un parti est un droit, mais l’exprimer par des actes ou des comportements néfastes est condamnable. Il faut éviter les procès d’intention et juger les gens par les actes qu’ils posent, en rapport avec leur domaine de compétence. Une personne physique ou morale ne commet pas un délit du simple fait de sa proximité présumée avec une autre. Ce qui est inacceptable, c’est l’influence que cette proximité peut éventuellement avoir sur ce qu’attend le peuple d’elle en termes de neutralité. Il faut donc donner de la chance à des élections apaisées.

Croyez-vous que les Guinéens soient suffisamment mûrs pour voter sans violences ?

C’est la première fois pratiquement que le pays va avoir des élections qui ont beaucoup de chances d’être transparentes et libres. Il faut donc faire beaucoup de sensibilisation et d’éducation pour mettre tout le monde au même niveau d’information afin que la tolérance et le respect de l’autre prévalent. Après çà, je pense que oui, ils seront assez mûrs.

L’une des zones de tension qui avait été identifiée en cette période de transition est bien la Guinée forestière. La donne a-t-elle changé aujourd’hui ?

Oui, le pays évolue et la fièvre électorale est en train d’avoir raison des ressentiments individuels. Il faut aussi saluer les leaders politiques qui ont su impliquer tout le monde et suscité un intérêt croissant pour ces élections historiques.

Peut-on dire que le pire est derrière nous en matière de sécurité et de mal gouvernance ?

Nous le pensons, car la Guinée a consenti trop de sacrifices dans sa revendication d’une meilleure gouvernance. Il sera important que le Président élu tende la main aux autres afin de gouverner ensemble pour l’intérêt de l’unité nationale. Les guinéens voterons, il appartiendra aux leaders de transformer cette espérance en une véritable dynamique de rupture avec les aspects négatifs du passé. Un système démocratique comporte en lui les germes d’une gouvernance consensuelle qui profite à la majorité et je pense que c’est ce qui est recherché par tous pour notre pays qui a suffisamment souffert. Il faut surtout rappeler que les élections ne sont pas une fin en soi, mais un moyen solide d’obtenir un Etat de Droit dans lequel les richesses sont équitablement partagées, les libertés fondamentales respectées et dans lequel la société civile prend toutes ses responsabilités sans état d’âme. Si nous mettons fin au combat après les élections, le Président élu aura les mains libres pour fouler aux pieds les droits de l’homme et les libertés fondamentales au profit de la croissance économique. Et notre démocratie n’en profitera pas. C’est pourquoi il est impératif que le combat s’intensifie après les élections pour amener le nouveau Président à être très regardant sur les droits humains.

Quel rĂ´le la RADDHO entend jouer lors de ce scrutin ?

Comme toutes les autres organisations de la société civile, nous entendons nous impliquer pour être les témoins oculaires de cet évènement majeur que constituent les élections présidentielles. Nous y plaçons beaucoup d’espoir et de confiance, mais nous serons comme d’habitude du bon côté de l’histoire, c’est-à-dire du côté de la justice et de la vérité. Nous aiderons sans la moindre hésitation à faire triompher la vérité et nous tenons disposés à en assumer les conséquences.

La démocratisation de la Guinée est pour nous un défi, le respect de la volonté populaire une exigence majeure, le respect du verdict des urnes une préoccupation.

C’est pour cela que nous réitérons notre appel en faveur d’élections acceptables par tous et nous sommes déterminés à agir pour éviter la violence et la haine.

Nous n’allons pas clôturer cette interview sans vous demander les raisons de votre visite en Suisse. Pouvez-vous nous en dire les raisons ?

J’ai été invité par une ONG américaine dénommée « FREEDOM HOUSE » ou « MAISON DE LA LIBERTE » pour créer une équipe africaine qui travaillera étroitement avec le bureau des droits de l’homme de Genève, les missions permanentes qui y siègent et d’autres organisations internationales basées à Genève pour aider à faire entendre la voix de la société civile et porter haut ses préoccupations relatives aux questions des droits de l’homme. C’est une dynamique capitale car elle permettra d’éviter que les solutions aux problèmes africains n’arrivent au moment où elles ne sont plus très utiles comme c’est le cas dans beaucoup de situations aujourd’hui. C’est une coalition très forte qui fera du lobbying en faveur notamment de l’Afrique en fonction des priorités qui se dégageront.

Votre mot de la fin ?

Mon mot de la fin est un remerciement pour vous les journalistes indépendants qui entretenez avec beaucoup de souffrance la flamme de la liberté d’expression et d’opinion. Votre choix pour ce métier en Guinée est un signe d’amour pour la Patrie commune. Nous vous encourageons à élever le niveau déjà très haut de votre professionnalisme en cette période délicate de fin de transition car vous êtes les véritables éducateurs de notre société.

J’encourage les leaders politiques à mettre en avant les intérêts supérieurs du pays et à considérer ces élections non pas comme une occasion de parvenir au pouvoir à tous prix, mais un moyen légitime pour consacrer définitivement le retour de l’armée dans les casernes.

Nous appelons le gouvernement, la CENI et les autorités militaires à ne rien ménager pour la transparence du scrutin.

Nous avons une opportunité unique et nous devons la saisir et je puis rassurer le peuple de la disponibilité de la RADDHO à être fidèle aux principes qui la fondent.


Interview réalisée par N’Diaré Amadou
Source: L’Indépendant

  Rubrique: Interview  date: 21-Jun-2010 ŕ 09:56:25  Partager:   :

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