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Sahara:" Il faut que le HCR prenne ses responsabilités pour les camps de Tindouf", explique Mme Khad

Face à l'inertie politique sur le conflit du Sahara, les activistes des droits de l'Homme interpellent la communauté internationale sur les camps de Tindouf.C'est le cas de Mme Khadija Rouissi qui préside l'ONG Bayt Al Hikma.Dans cette interview, Mme Rouissi interpelle le HCR pour débloquer la situation dans les camps de Tindouf et milite pour la vulgarisation de la théorie de l'autonomie comme solution aux révendications séparatistes.Elle s'est confiée au micro d'Africaguinee.com...
Bonjour Mme Khadija. Présentez vous à nos lecteurs…
Khadija RouissiJe préside l’association Bayt Al Hikma qui est installée au Maroc. C’est une association qui existe depuis quatre ans et nous nous intéressons en particulier aux questions des droits de l’Homme.
Parlez nous de vos activités dans le cadre de votre association…
Bayt Al Hikma travaille sur les valeurs de la société marocaine notamment la démocratie. Nous avons fais des études, des conférences sur les valeurs de la démocratie, des tables rondes autours de la liberté de l’égalité, de la rationalité. Bientôt, nous allons aborder la question de la justice en tant que valeur. Nous luttons contre la violence que nous considérons comme une contre valeur pour notre société. Nous travaillons dans 20 centres de sauvegarde de l’enfance partout au Maroc. Nous organisons une formation continue sur les valeurs des droits de l’Homme, sur les normes internationales en matière de droits de l’enfant. Nous travaillons aussi selon les indicateurs des Nations Unies pour les droits de l’enfant.
Votre association s’intéresse de très près à la situation du Sahara. Comment percevez-vous la séparation des familles sahraouies entre le Maroc et les camps de Tindouf ?
Cette situation nous préoccupe, parce que nous déplorons que les ONG internationales notamment humanitaires ne s’intéressent pas à cette question. Les ONG pensent que le Polisario est un mouvement de libération et tombent dans le piège de ne pas s’intéresser à la situation dans laquelle se trouve des êtres humains, hommes et femmes, victimes de violations graves des droits de l’Homme dans les camps de Tindouf.
Et cela me révolte !Il est temps que la communauté internationale et les ONG s’intéressent à ce qui se passe dans ces camps qui ont un caractère militaire. Et ce caractère militaire des ces camps est contraire au Droit international et rend impossible la jouissance des populations de ces camps, de leurs droits. Car ce sont des militaires du Polisario soutenus par des militaires algériens qui contrôlent ces camps. Les populations de ces camps ne jouissent pas de leurs droits à la circulation. Normalement, un réfugié a droit à une vie normale dans son pays d’asile. Mais à Tindouf les populations sont emmagasinées dans les camps, ils n’ont pas le droit de travailler en Algérie et ils ne sont pas traités comme le prévoient les conventions internationales. Ils devraient être traités comme des citoyens algériens ou comme des étrangers qui vivent en Algérie. Nous constatons les préjudices causés par cette situation chez les personnes qui reviennent au Maroc.
Si ces personnes jouissent de leurs droits de circuler, on peut parler après d’un règlement durable de ce conflit. Parce que ces personnes peuvent alors choisir soit de rester en Algérie ou choisir un pays tiers ou revenir au Maroc. C’est pourquoi notre ONG parle de « Séquestrés de Tindouf ».
Concernant les femmes, il y a des grossesses forcées, il y a des mères célibataires dans les prisons et les femmes n’ont pas d’autorité sur leurs enfants, contrairement aux traditions sahraouies qui donnent une grande importance aux femmes.
Le Maroc a proposé un plan de large autonomie pour le Sahara qui a été rejeté par le Polisario. Que pensez vous de cette proposition marocaine ?
La doctrine de l’autonomie est méconnue sur le plan international. Depuis 1990, il y a eu beaucoup d’efforts qui ont été déployés pour élaborer la théorie de l’autonomie. Mais l’autonomie élargie est une réponse à beaucoup de problèmes qui existent dans le monde. De plus en plus, il y a des demandes d’autodétermination, qui sont portées par des mouvements séparatistes dans le monde. On constate également que des Etats se créent sans pour autant avoir les moyens de répondre aux besoins de leurs populations. On crée donc des Etats-voyous qui créent des problèmes pour leurs populations et pour leurs voisins. Il faut donc absolument que la théorie de l’autonomie élargie soit connue au niveau international.
Au Maroc, sa majesté le Roi Mohammed VI a eu le courage de proposer une solution aux sahraouis. Je suis originaire du Sahara et il y a plusieurs liens qui unissent les sahraouis au Maroc et qui prouvent que le territoire est partie intégrante du royaume. Cette proposition du Roi montre sa volonté d’aller de l’avant et ce plan d’autonomie contribue à consolider la démocratie dans tout le pays. Ainsi il y a le plan d’autonomie élargie pour les zones du Sud, mais il y a aussi le projet de régionalisation pour tout le Maroc. Ceci grâce au courage de sa majesté le Roi Mohammed VI, nous allons vers la démocratisation du Maroc Et je crois que c’est une solution équitable et juste pour toutes les parties antagonistes dans ce conflit. Malheureusement, le Polisario n’est pas libre de choisir, car ce n’est pas un mouvement indépendant, mais un mouvement soumis aux militaires algériens. C’est ce qui empêche le Polisario de prendre des décisions qui répondent favorablement aux attentes des populations sahraouies.
En attendant une solution politique à ce conflit, quelles solutions préconisez-vous par rapport aux populations de Tindouf ?
Il faut absolument que le HCR assume ses responsabilités. A côté du caractère militaire des camps, n’oublions pas que le HCR avait pris des décisions par le passé par rapport aux camps dans la région des grands lacs ou encore dans le nord de l’Irak, au Burundi, au Rwanda pour dénoncer le caractère militaire de ces camps. Ce qui n’est pas le cas pour les camps de Tindouf ! Il faut donc faire le nécessaire pour ces populations de ces camps, de veiller à ce que ces populations aient le droit de circuler, de travailler etc…C’est humain et il faut agir.
Il y a aussi le problème des détournements des aides humanitaires pour les camps de Tindouf. Des personnes dépendantes de cette aide sont privées par le Polisario et l’Algérie. Le HCR doit donc prendre des décisions urgentes, car depuis des décennies cette situation perdure.
C’est le même message que j’adresse aussi aux ONG comme Amnesty International que j’ai rencontré dernièrement. Je pense qu’il faut s’intéresser à ces camps qui sont fermés. Les ONG marocaines n’ont pas accès à ces camps, pour savoir ce qui se passe exactement. Les seules informations que nous avons, viennent des rescapés de ces camps qui ont fui vers le Maroc.
Vous êtes à Genève dans le cadre du Conseil des droits de l’Homme. Qu’attendez-vous de cette session du CDH ?
Déjà , en tant que ONG il faut absolument faire connaître la doctrine de l’autonomie au niveau international. Tous les travaux qui ont été réalisés par le Conseil économique et social sur la doctrine de l’autonomie doivent être vulgarisés au sein du CDH avec des panels, et discussions. Ceci pour faire connaître aux acteurs des droits de l’Homme que l’autonomie est une forme d’autodétermination. Il faut des débats sérieux sur cette question.
Il faut absolument que le HCR assume ses responsabilités sur les camps de Tindouf. Nous allons interpeller le conseil sur les violations graves des droits de l’Homme dans les camps de Tindouf.
Entretien réalisé par Ismaël Barry
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 10-Jun-2010 ŕ 15:58:48  Partager:   :  |
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