 |
| Detail de la News |
Biro Diawara d'Interfaith International:"Le Capitaine Dadis Camara doit ĂŞtre poursuivi par la Cour p

Après l'interpellation mardi de la Guinée par les Nations unies sur la situation des droits de l'Homme, une éventuelle poursuite contre le Capitaine Moussa Dadis Camara est envisagée auprès de la Cour pénale internationale.Pour le représentant d'Interfaith International auprès des Nations unies à Genève,Biro Diawara ,la Guinée doit mettre fin à la culture de l'impunité et réhabiliter les familles des victimes.Engagé pour la cause des droits de l'Homme, M. Diawara estime que seule la justice permettra aux Guinéens de construire leur pays sur des bases démocratiques.Nous l'avons rencontré à Genève...
Africaguinee.com :Bonjour M.Diawara. La Guinée a participé à l’examen périodique universel sur les droits de l’Homme ici à Genève. Pouvez-vous nous dire un mot sur cet examen?
Biro Diawara :La participation de la Guinée au processus de dialogue de l’examen périodique universel des Nations unies, au conseil des droits de l’Homme est un début de dialogue et d’ouverture pour notre pays avec les mécanismes du conseil des droits de l’homme. Je pense que cet examen que formulera l’ensemble des Etats membres sera axé sur des recommandations à l’intention du gouvernement guinéen. Et j’estime que le gouvernement guinéen prendra des dispositions et mesures adéquates pour la mise en application des recommandations issues de ce processus de dialogue avec les Etats membres des Nations unies.
Par ailleurs, je suis très heureux de l’implication de la société civile guinéenne dans ce processus qui veillera, car la société civile c’est un peu comme les vigiles sur le terrain. Ce n’est qu’un début pour la Guinée, qui n’avait pas coopérer en matière de droits de l’Homme, car ce sujet a toujours été bafoué par les différentes autorités qui se sont succédées dans notre pays. Les droits de l’Homme n’étaient pas prioritaires. Après cet examen, j’espère que le futur gouvernement issu des élections libres et transparentes, prendra les droits de l’Homme comme une priorité dans la gestion des affaires de l’Etat.
Au cous de cet examen, il a été question en particulier des crimes commis en 2006, 2007 et 2009.Comment voyez-vous cet examen avec l’évolution de la situation politique en Guinée ?
La Guinée a été interpellée. Il y a eu déjà certaines recommandations qui sont considérées que la société civile guinéenne considère comme non négociables. Nous défendons ces recommandations avec nos collègues des ONG internationales. Nous entamons des démarches pour coopérer avec la Cour pénale internationale, pour faire la lumière sur les exactions commises le 28 septembre 2009 et les grandes manifestations de 2006 et 2007 qui ont été réprimées. Il faut punir les responsables de ces crimes et violations des droits de l’Homme. J’estime qu’à l’issue de ces recommandations, la Guinée peut créer une cour constitutionnelle ou créer un cadre favorable à l’organisation d’une conférence nationale souveraine pour permettre de créer une commission de justice et réconciliation. Cela permettra de savoir ce qui s’est passé pendant les périodes sombres de notre histoire depuis l’indépendance. Rappelez-vous, il y a eu des exécutions sommaires dans les années 70 où des Guinéens ont été pendus publiquement dans les 33 préfectures de la Guinée. Il n’y a jamais eu de justice pour ces victimes. Après le coup d’Etat de 1984, la majorité des anciens dignitaires du PDG ont été exécutés sans jugement par les militaires, en juillet 1985.Il y a aussi les manifestations des étudiants dans les années 90 tout comme les répressions de 2006, 2007 et 2009.Il faut donc faire la lumière sur ces crimes, car c’est ce qui permettra de mettre fin à l’impunité et de redémarrer sur de nouvelles bases saines pour permettre aux familles de faire le deuil. Je rappelle aussi qu’après la mutinerie de février 1996, il y a eu des arrestations, disparitions forcées, tortures et détentions arbitraires. Il n’y a jamais eu de justice pour ces violations.
La société civile doit donc se battre pour soutenir les victimes de l’arbitraire.
Aujourd’hui plusieurs observateurs craignent que le Capitaine Dadis Camara sabote le processus de transition. Est-ce que selon vous, il faut accélérer la procédure au niveau de la Cour pénale internationale pour poursuivre le chef de la junte guinéenne, qui a été désigné comme responsable des massacres du 28 septembre ?

La Cour pénale internationale a une procédure lente mais, ce n’est pas facile car les Etats se cachent toujours derrière l’argument de leur souveraineté. Aucun pays ne peut aujourd’hui se mettre à l’abri en cas de violations des droits de l’Homme. Récemment, la procureur adjointe de la cour pénale internationale, Mme Fatou Bensouda a entamé une visite à Conakry pour évaluer la situation. Je pense que tous les responsables de ces massacres du 28 septembre, seront poursuivis et traduits devant les tribunaux. Il faut que des évènements aussi tragiques ne se reproduisent plus.
Si les tribunaux guinéens sont incompétents, la CPI va se saisir du dossier et les acteurs de la société civile sont engagés tout comme les pays amis de la Guinée qui se battent pour la démocratie et la justice dans notre pays. Le Capitaine Moussa Dadis Camara et ses compagnons doivent répondre de leurs actes devant la CPI. C’est une question non négociable pour la société civile guinéenne et internationale, pour lutter contre l’impunité en Guinée.
Vous représentez l’ONGInterfaith international ici à Genève. Avez-vous eu des contacts avec les autorités guinéennes pour instaurer la culture des droits de l’Homme dans notre pays ?
Depuis le début des grandes manifestations, nous avons toujours suivi de très près l’évolution des droits de l’Homme en Guinée. Nous échangeons régulièrement avec les leaders syndicaux, les représentants du gouvernement guinéen, lors de leur mission à Genève. A chaque session du conseil des droits de l’Homme, la situation de la Guinée est examinée pour savoir ce qui se passe dans notre pays. Nous essayons de sensibiliser le gouvernement pour qu’il coopère avec les mécanismes du conseil des droits de l’Homme pour mettre fin aux violations des droits de l’Homme. Nous demandons une réforme de la justice guinéenne, des forces armées et de sécurité qui est indispensable aujourd’hui. La Guinée doit aussi adopter une réforme institutionnelle pour adopter les textes et instruments internationaux en matière des droits de l’Homme, dans la législation nationale. Il faut aussi sensibiliser les citoyens dans les langues nationales, pour les informer de leurs droits et devoir. Il y aussi le problème des contrats miniers qui ont été signés par les gouvernements. Il faut impliquer la société civile dans ce processus pour une transparence dans la gestion des ressources minières pour éliminer l’injustice sociale. La Guinée doit adhérer à la transparence dans la gestion de ses ressources minières .
Après cet examen périodique universel sur la Guinée, je pense qu’il faut nommé un rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains en Guinée pour suivre la mise oeuvre effective des recommandations issues de l'examen périodique universel.
Le gouvernement issu des élections doit inviter tous les détenteurs titulaires de mandats au titre des procédures spéciales du Conseil à savoir : le Rapporteur spécial des Nations Unies contre la torture, les exécutions sommaires extrajudiciaires et détentions arbitraires, les disparitions forcées, la violence à l'égard des femmes et l'indépendance des juges et des avocats, etc...
Il faudra créer aussi un Ministère d'Etat chargé des droits de l'homme des libertés fondamentales et de la démocratie et veiller à la réhabilitation des centres de détentions pour lutter contre la surpopulation carcérale en Guinée.
Bref, nous sommes très attachés à ces différentes revendications pour accompagner la Guinée dans la bonne gouvernance, pour bâtir des institutions dignes et respectueuses de la démocratie.
Les Guinéens s’apprêtent à élire le 27 juin 2010, leur président. En tant que défenseur des droits de l’Homme, est-ce que l’instauration d’une commission véritable et réconciliation serait souhaitable pour soulager les victimes en Guinée ?
On ne peut pas construire un pays sur le mensonge !La situation des droits de l’Homme en Guinée, est un peu comme un pot de fleurs sur un tas d’ordures. Il faut réhabiliter les familles des victimes. Le futur gouvernement guinéen issu des élections doit se donner les moyens pour compenser, réhabiliter sur la base de la reconnaissance, de la vérité. Notre pays doit faire une cure morale sur son passé sombre, pour redémarrer sur des bases saines. Nous sommes attachés à ces valeurs qui sont fondamentales.
Propos recueillis par Mamadou Kaba Souaré
Depuis Genève
Pour Africaguinee.com
|
  Rubrique: Interview  date: 07-May-2010 ŕ 14:23:12  Partager:   :  |
|
|
|
The Nun'S copyright -- design by Nun'S