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Bakary Fofana, ministre des affaires étrangères:" Les déclarations du Président Sarkozy ne constitue

Suite aux déclarations du président français Nicolas Sarkozy sur une éventuelle extradition du Capitaine Moussa Dadis Camara devant la justice internationale, le chef de la diplomatie guinéenne, Bakary Fofana relativise.En séjour à Paris depuis une semaine avec le président intérimaire, Général Sékouba Konaté, le ministre des affaires étrangères revient sur les relations franco-guinéennes ainsi que sa mission à la tête de la diplomatie guinéenne.Très décontracté, le ministre Bakary Fofana nous a reçu dans son hôtel à Paris, pour une interview exclusive.A découvrir sur Africaguinee.com...
Africaguinee.com:Bonjour M. le ministre. Vous êtes ici à Paris à l’occasion de la visite du président intérimaire, Général Sékouba Konaté. Avez-vous obtenu des résultats au niveau de la coopération bilatérale et multilatérale ?
Bakary Fofana :Avant de parler de résultats, il faut rappeler le contexte de ce voyage. Notre visite à Paris s’inscrit dans une dynamique de reprise des relations de la Guinée avec ses différents partenaires. Nous avons déjà eu l’opportunité de visiter le Mali, la Gambie, le Sénégal, la Libye et nous sommes ici à Paris avant d’aller ailleurs. Parce que d’autres étapes sont prévues. Ces visites, c’est pour expliquer à l’opinion internationale, notamment nos partenaires qui ont accompagné le processus de gestion de la crise en Guinée depuis 2009, quelle est la situation actuelle` ? Quelles sont les mesures qui ont été prises pour nous permettre de sortir rapidement de cette crise ? Mais aussi demander l’appui de ces partenaires pour que la gestion de cette transition se passe dans de très bonnes conditions. Après Paris, nous reviendrons vers certains pays limitrophes de la Guinée, parce que nos voisins sont très importants(…)Nous n’avons pas pu visiter tous ces pays à cause des calendriers des uns et des autres.
A Paris, nous avons obtenus une série de résultats. D’abord l’accueil a été très chaleureux, contrairement aux années précédentes. A tous les niveaux, les responsables (français, ndlr) ont reçu notre délégation et les discussions ont été très franches. Ensuite, la France a renouvelé son engagement à appuyer le processus de transition. Paris s’est également engagé au niveau de l’Union européenne à être quelque part, le porteur d’un message sur l’évolution actuelle de la Guinée sur le plan de la dette publique ainsi que des appuis au niveau de l’UE qui a toujours accompagné la Guinée dans processus de développement économique.
L’autre résultat de cette visite, c’est la rencontre avec la communauté guinéenne en France. Pour nous, c’est extrêmement important, car il s’agissait d’expliquer à cette communauté, le rôle de sa contribution, de sa mobilisation pour le développement du pays. Ce rôle doit se poursuivre après les élections, car la compétition dans laquelle les pays sont confrontés, oblige la Guinée à mobiliser toutes ses ressources notamment nos compatriotes quelque soit leur lieu de résidence. Et on a compris à travers cette rencontre, que cette communauté va se mobiliser tant sur le plan financier, humain et politique pour accompagner le processus en Guinée. C’est une nouvelle Guinée qui émerge et je pense que l’opinion à l’extérieur ne mesure pas suffisamment toute la mutation sociale accomplie en Guinée. L’information manque et cette communauté est un peu isolée des réalités du pays. Des mutations sont entrain d’être accomplies tant sur le plan politique et économique. Les Guinéens ne veulent plus accepter la mauvaise gouvernance, les élections truquées. La nouvelle diplomatie guinéenne va reposer sur la promotion des principes universels de démocratie, de droits de l’Homme. Nous avons perdus des vies humaines depuis 2006 jusqu’à nos jours, il ne faut pas que ces compatriotes meurent pour rien. Les Guinéens aspirent aujourd’hui à la bonne gouvernance. Ils veulent occuper leur place dans la communauté internationale.
L’un des moments forts de cette visite a été la rencontre entre le Président Sarkozy et le Général Sékouba Konaté. Une rencontre au cours de laquelle, Nicolas Sarkozy a émit le souhait que le Capitaine Moussa Dadis Camara réponde devant la justice internationale et qu’il reste à Ouagadougou jusqu’au terme des élections. Est-ce qu’on peut parler au niveau diplomatique, d’une ingérence de la France dans les affaires intérieures de la Guinée ?
C’est très difficile aujourd’hui de dire qu’il y a une ingérence. Les Américains se mêlent de la politique intérieure chinoise, des exemples illustrent cette réalité, d’autres pays se mêlent la politique intérieure américaine sur certains aspects.Human Rigth Watch publie régulièrement des rapports qui touchent pratiquement tous les pays. La France elle-même est attaquée pour ce qui est de la gestion de l’immigration (…).Il y a sur les valeurs universelles, une certaine liberté d’expression. Les Africains reprochent beaucoup de choses à la France, tout comme les sud américains vis-à -vis de Etats-Unis. Donc, la question de l’ingérence doit être relativisée, parce que les principes sur lesquels la communauté internationale est fondée (…), chacun a la liberté de s’exprimer. Parfois les pays africains aussi donnent des leçons sur beaucoup d’aspects.
Nous ne considérons pas les déclarations du Président Sarkozy comme une forme d’ingérence, parce qu’elles reposent sur la promotion des valeurs. Par contre, le problème ne réside pas au niveau des déclarations du président Sarkozy, mais au niveau de ce que les Guinéens font de leur politique. Il y aura toujours des critiques, mais c’est aux Guinéens de montrer qu’ils sont capables de se gérer et de faire valoir les principes universels. Il faut donc relativiser les choses, parce que la réalité internationale est telle, que les barrières politiques dans beaucoup de domaines sont totalement déplacées.
La France par la voix du ministre Bernard Kouchner, a déclaré qu’elle n’a aucun candidat lors des élections présidentielles du 27 juin prochain. En tant que chef de la diplomatie guinéenne, quelles appréciations faites vous de cette position de la France ?
Compte tenu de la proximité des relations franco-guinéennes, parfois tumultueuses, la France reste un partenaire de la Guinée. Il faut donc lever toute ambiguïté. Pendant longtemps, la France a toujours été accusée de soutenir tel ou tel candidat lors des élections en Afrique. Beaucoup de leaders politiques guinéens viennent ou résident à Paris et on a tendance à croire qu’un candidat qui est reçu par un responsable français, équivaut à un appui implicite. Il faut donc assainir le niveau de compréhension .Avec les relations économiques, c’est difficile de soutenir tel ou tel candidat, car chaque pays défend ses intérêts. Or les différents accords entretenus par la Guinée au niveau de la CEDEAO, de l’Union européenne, de la Chine, des Etats-Unis, montrent qu’il n’y a plus de pré carré .La réalité économique s’impose à tous les pays. Avoir donc des préférences pour tel candidat ne signifie pas que vos entreprises auront des privilèges. Les pays africains sont suffisamment conscients de leurs intérêts et je pense que la France a raison de dire qu’elle n’a pas de candidat. Car quelque soit le candidat, la France cherche à développer sa coopération avec la Guinée. C’est le pragmatisme qui prime. Et l’avantage de la France par rapport aux autres partenaires, c’est la culture, l’histoire qu’elle entretient avec la Guinée. Nos relations sociales sont également très renforcées avec la France.
Cette position de la France permet également d’assainir le débat politique en Guinée pour dire que les jeux sont ouverts.
Lors de la rencontre entre la délégation conduite par le Général Konaté et la communauté guinéenne ici à Paris, on a remarqué un fossé entre les Guinéens résidant en France et leur ambassadeur, Mme Makalé Camara. Avez-vous des informations sur cette réalité ?
Je connais très bien la communauté guinéenne de France. Ici, on a toujours été des contestataires. C’est normal, car la diaspora guinéenne en France vit dans un environnement propice aux contestations, ce qui la différencie de la diaspora guinéenne en Allemagne ou ailleurs.
Mais sur un autre plan, je ne suis pas aussi surpris, car on l’a senti aussi ailleurs. Mais lors de cette rencontre, on a senti une contradiction puisque les personnes qui ont hué l’ambassadrice, ce sont les même personnes qui ont applaudis son discours. Quand on est un homme ou une femme publique, il faut voir les choses sous plusieurs angles. Donc, il faut relativiser les choses et ça arrive partout. Ceci dit, il y a des problèmes dans toutes les ambassades de Guinée à l’extérieur. J’en suis conscient. Je sais quels sont les problèmes au niveau de ces ambassades. Je rappelle que l’ambassadrice a eu le courage de parler, car ce n’était pas prévu lors de cette rencontre. Mais ça prouve qu’il y a des problèmes ici à Paris, mais le gouvernement est entrain de prendre des mesures pour restructurer l’ensemble des ambassades, à mettre l’engagement sur le professionnalisme pour le pays. Donc Paris ne fera pas exception à la règle, car il faut reformer. Je pense que le conservatisme a fini par tuer l’Etat en Guinée et la sédentarisation a fini par bloquer notre Etat.
Donc dans l’intérêt de l’Etat et du futur gouvernement, un travail doit être effectué. Notre gouvernement à travers le premier ministre, a entrepris des réformes pour préparer le terrain pour le futur gouvernement. La situation au niveau de notre administration n’est pas reluisante .Ce qui se passe dans les ambassades illustre ce qui se passe au niveau national. Le travail du gouvernement d’union national est donc profond et permet d’assainir la situation pour faciliter le travail pour la nouvelle équipe gouvernementale. Les ambassades ne seront pas oubliées dans ces réformes, car elles jouent un rôle important pour soigner l’image du pays.
Il est important aussi que les communautés guinéennes se rapprochent de leurs ambassades, qu’elles viennent s’inscrire dans ces ambassades, c’est très important. Cela va permettre de tenir compte du poids que représente les Guinéens de l’étranger. Mais si nos compatriotes ne viennent pas, parce que la tête de l’ambassadeur ne leur plaît pas, ce serait une grosse erreur. Parce que dans la planification des politiques de développement, il faut intégrer ces données.
Je lance donc un appel à nos compatriotes de venir faire le recensement dans les ambassades, même s’ils ont une autre nationalité. N’oublions pas que la diaspora guinéenne contribue à notre balance de paiement à travers le soutien que nos compatriotes apportent à leurs familles. Il est important donc que ces Guinéens se rapprochent de leurs ambassades.
Je vais donner des instructions à toutes les ambassades, pour créer des espaces de dialogue avec la communauté guinéenne. Il faut que nos ambassades soient au dessus de la mêlée et qu’elles ne tombent pas dans des approches partisanes. Au contraire, l’Etat doit rassembler tout le monde. Les ambassades doivent servir les Guinéens quelque soit leurs opinions politiques, car l’ambassade appartient à tous les Guinéens. C’est d’ailleurs dommage que l’ambassade de Paris soit attaquée par certains compatriotes, c’est très grave, car c’est un bien collectif qui a été détruit. Les impôts qui vont servir à la reconstruction auraient pu servir ailleurs pour améliorer les conditions de vie de nos compatriotes. Il faut donc faire attention dans nos approches et nos ambassades doivent être la vitrine de la Guinée
Interview réalisée par Mamadou Kaba Souaré et Abdoul Ghoudoussi Baldé
Depuis Paris
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 06-Apr-2010 ŕ 20:18:07  Partager:   :  |
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