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Bill de Sam, rappeur:"L'éventuel retour de Dadis menace tout le processus entamé par Konaté."

Comme ses compatriotes, le rappeur guinéen Bill de Sam ne cache pas son inquiétude sur un éventuel retour du Capitaine Dadis en Guinée.Depuis Paris, Bill de Sam surnommé "le meilleur de sa génération" plaide pour une sortie de crise rapide pour éviter le pire...
Libération:Que pensez-vous du départ de Dadis pour Ouagadougou ?
Bill de Sam:L'Ă©ventuel retour de Dadis menace tout le processus entamĂ© par KonatĂ©. Des voix se lĂšvent, partout dans le monde, pour dire que Dadis peut aller partout, sauf en GuinĂ©e. Son retour va rĂ©veiller l'aile dure des pro-Dadis, qui veulent continuer Ă voler, Ă piller l'Etat. Le gĂ©nĂ©ral KonatĂ© a entrepris des nĂ©gociations pour que Dadis reste Ă Ouagadougou. Tout le monde espĂšre que la CPI (Cour pĂ©nale internationale) ira le trouver lĂ oĂč il est.
Que vous inspire la promesse de transition faite par le général Sékouba Konaté ?
Il ne faut pas se rĂ©jouir trop vite. Les mĂȘmes promesses ont Ă©tĂ© faites par Moussa Dadis Camara. Certains partis, au sein des Forces vives, vont envoyer des gens Ă Conakry pour tĂąter le terrain. Le gĂ©nĂ©ral KonatĂ© montre surtout une volontĂ© d'unifier l'armĂ©e autour de la transition. Les militaires semblent l'avoir compris : il faut lĂącher le pouvoir. Mais il y a encore des troubles, des gens qui manipulent l'armĂ©e, des mouvements de soutien Ă Dadis tels que "Dadis doit rester", qui regroupe tous les cousins de Dadis et l'actuel ministre de la Justice. Ces gens ont intĂ©rĂȘt Ă ce que la situation reste bloquĂ©e. Ce n'est pas forcĂ©ment l'armĂ©e, en GuinĂ©e, qui veut garder le pouvoir.
D'oĂč vient la violence, jamais vue en GuinĂ©e, qui a marquĂ© les massacres et les viols du 28 septembre 2009 ?
La violence était déjà là avant. Nous avons connu des troubles en 2006, en 2007 et en 2008. En fait, le 28 septembre a marqué le passage à une autre forme de violence. Un viol doublé d'un meurtre s'était déjà produit en 2008, dans une mosquée. Une culture d'impunité s'est installée. Des miliciens qui viennent de Guinée forestiÚre, des jeunes qui ont fait la guerre en Sierra Leone sont venus commettre des crimes à Conakry, pour museler l'opposition.
Le gĂ©nĂ©ral SĂ©kouba KonatĂ©, qui a dit ne pas ĂȘtre intĂ©ressĂ© par le pouvoir, n'a-t-il pas meilleure rĂ©putation que les autres membres de la junte ?
SĂ©kouba KonatĂ© n'a pas bonne rĂ©putation. Il a le dos au mur ! Quand Moussa Dadis Camara est arrivĂ© au pouvoir, il Ă©tait l'homme de l'ombre. Dans tous ses discours, Dadis a toujours fait rĂ©fĂ©rence Ă KonatĂ©. Sous Dadis, les fonctionnaires prĂȘtaient serment au nom de Dieu, du gĂ©nĂ©ral KonatĂ© et de Moussa Dadis Camara. Pendant les Ă©vĂ©nements du 28 septembre, KonatĂ© se trouvait Ă l'intĂ©rieur du pays. En tant que membre de la junte, il devait ĂȘtre au courant de tout. Il aurait pu poser des actes pour empĂȘcher le massacre.
Les civils sont-ils prĂȘts Ă prendre les rĂȘnes du pays, aprĂšs 25 ans de pouvoir militaire ?
Sur le plan intellectuel, aucun militaire n'est qualifiĂ© pour gĂ©rer le pays. Certains ne peuvent mĂȘme pas gĂ©rer leur propre famille ! Je prĂ©fĂšre un civil mĂ©diocre Ă un militaire sans cervelle. On n'a jamais donnĂ© leur chance aux civils. Depuis l'indĂ©pendance, nous avons eu un rĂ©volutionnaire, SĂ©kou TourĂ©, et puis un militaire, Lansana ContĂ©. Les Premiers ministres issus de la sociĂ©tĂ© civile n'ont jamais Ă©tĂ© que des fantoches, des exĂ©cutants.
A quelles conditions pourriez-vous envisager un retour en Guinée ?
Une procédure de la Cour pénale internationale, ce serait le début de la liberté d'expression pour nous. L'impunité, c'est ce qui plombe la Guinée.
Interview réalisée par SABINE CESSOU
Source:Libération.fr
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  Rubrique: Interview  date: 14-Jan-2010 à 22:41:56  Partager:   :  |
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