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Frédéric Kolié, ministre de l'Administration du territoire:"Il n'y aura pas un nouveau bain de sang





Depuis le carnage du 28 septembre 2009, la transition Guinéenne a pris une autre tournure. Les négociations (pour sortir le pays de l’impasse politique) se poursuivent à Ouagadougou mais les protagonistes ne sont toujours pas sur la même longueur d’ondes.

Le ministre de l’administration publique et des affaires politiques Frederik Kolié a accepté de répondre à nos questions sur la situation politique du pays.Il nous a reçu en toute cordialité à son bureau à Conakry.C'était mardi dernier, quarante heure avant la tentative d'assassinat contre le chef de la junte, Capitaine Dadis Camara...

Africaguinee.com : Bonjour M. le ministre ! Tout d'abord vous êtes attendu prochainement à Ouagadougou pour les négociations sur la crise guinéenne. Quels sont vos sentiments à la veille de ces négociations ?

Frederik Kolié : Je voudrais d’abord vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez pour me prononcer sur certaines questions d’actualité en cette phase critique que notre pays traverse.

Pour répondre à la question, notre délégation gouvernementale se rendra à Ouagadougou très prochainement pour la 4éme fois dans le cadre des négociabilités engagées avec les partis politiques sur les questions fondamentales de la transition.

Nous partons donc pleins d’espoirs, avec le sentiment que le choix fait par la CEDEAO et de l’Union Africaine en la personne du Président Blaise Compaoré a été un bon choix. Je suis sûr que ce médiateur mettra toute sa sagesse et son expérience africaines pour débloquer la situation Guinéenne.

Je suis personnellement animé d’un sentiment d’espoir, puisqu’il n’y a que par le dialogue, par le billet de la concertation que nous pouvons trouver des solutions idoines aux problèmes qui nous concernent tous aujourd’hui.


Je crois également que le bloc des forces vives a compris la nécessité du dialogue, la nécessité de faire des concessions raisonnables, pour que les deux parties parviennent rapidement à un consensus pour sortir notre pays de cette situation d’impasse politique.


L'opposition guinéenne continue de réclamer le départ du CNDD et de son président le Capitaine Moussa Dadis Camara, tout comme la communauté internationale notamment l'ONU. Vos réactions face à ces revendications ?

Cette revendication des partis politiques concernant le départ du Capitaine Dadis et du CNDD, nous l’avons examinée. Nous pensons que toute revendication doit être analysée par rapport aux réalités sociopolitiques de notre pays.

Le CNDD et son Président le Capitaine Moussa Dadis Camara ont accédé au pouvoir le 23 décembre 2008 sans effusion de sang pour conduire une transition qui devrait déboucher à des élections libres, transparentes, crédibles et justes.

Aujourd’hui, à mi-parcours, demander le départ du Président Dadis et le CNDD serait, de mon point de vu, compromettre la donne. Dans la mesure où ce schéma n’était pas prévu au début.

Alors je crois que toutes propositions qui est de nature à polluer le débat ou à emmener notre pays vers des dérives politiques ou encore vers d’autres crises, devraientt être évitées.

Voila pourquoi je pense que c’est une revendication d’abord qui n’a pas de base juridique, puisque aucun texte n’exige le départ du CNDD et du Président.


Récemment, vous avez mis en garde les "fauteurs de trouble" en Guinée. Certains observateurs craignent justement des manifestations hostiles au régime du Capitaine Moussa Dadis Camara, en cas d'échec des négociations de Ouagadougou. Quelles sont les mesures prises par le gouvernement pour éviter un nouveau bain de sang en Guinée ?

Je voudrais d’abord faire savoir que ce gouvernement qui est en place n’est pas un gouvernement de répression. Ce gouvernement, le CNDD et le Président Dadis ont prôné depuis le départ d’asseoir en Guinée les bases d’une démocratie durable qui passe nécessairement par le respect des droits de l’homme et des droits fondamentaux.

Nous nous sommes inscrits dans cette logique. Il est vrai que les évènements du 28 septembre sont venus un peu obscurcire le tableau. Voila pourquoi d’ailleurs nous avons décidé, par le billet de la commission d’enquête nationale et internationale qui sont mises en place, de mettre en œuvre tous les efforts pour que les auteurs de ces actes soient identifiés et traduits en justice selon les procédures légales qui sont en place.

Puisque nous sommes dans un Etat organisé, un Etat de droit, toute manifestation, tout mouvement politique, doivent s’inscrire dans le cadre des lois et règlements. Voila pourquoi ayant appris qu’il y a de velléités de manifestations de nature à troubler l’ordre publique et la quiétude, nous allons nous mettre devant pour dire que toute manifestation qui ne s’inscrit pas dans le respect de l’ordre publique et la paix sociale doit être réprimée et les auteurs de cette manifestation devront répondre aux faits.

C’est un avertissement que nous avons lancé tout en nous inscrivant dans le cadre de la légalité. Toute manifestation politique doit s’inscrire parfaitement dans le cadre de la légalité. Nous sommes légalistes et nous défendrons le droit jusqu’au bout. Les hommes du gouvernement, du CNDD et ceux des partis politiques doivent tous se soumettre à la loi parce que la loi est au dessus de tous.

Mais il n’y aura pas un nouveau bain de sang dans notre pays. Personne ne souhaite un nouveau bain de sang. Nous regrettons les victimes du 28 septembre. Le chef de l’Etat, le gouvernement et le CNDD déplorent ces morts et nous présentons encore une fois nos condoléances aux familles épleurées. Le gouvernement fera tout pour apporter la lumière sur ces actes.

Pour éviter qu’il y ait d’autres dérapages ou d’autres situations de crise, il faut que chacun respecte la loi et l’esprit républicain. C’est seulement par ce billet que nous pourrons éviter à l’avenir d’autres crises qui pourraient déboucher à des conséquences imprévisibles.

Les forces armées aussi doivent savoir qu’elles sont là pour défendre le peuple. Les partis politiques doivent savoir que leur travail n’est pas de jouer à la manipulation, utiliser des enfants ou favoriser l’ethnocentrisme. Cela ne va pas résoudre les problèmes du pays. Il est plutôt question que chacun face appel à la raison et à la réflexion pour que, par le dialogue et la concertation, nous puissions trouver les solutions optimales à cette crise.

Aujourd'hui, la communauté internationale multiplie les sanctions contre le gouvernement guinéen depuis les évènements du 28 septembre dernier. Comment réagissez-vous face à ces sanctions ?

Notre gouvernement a pris bonne note des sanctions qui ont été prises par la CEDEAO, l’union africaine et la communauté internationale suite aux évènements du 28 septembre. Mais nous savons aussi qu’à partir du moment où un médiateur africain (Blaise Compaoré) a été désigner pour nous aider à trouver une solution à cette crise, ces sanctions n’étaient ni opportunes ni nécessaires, puisque, tout compte fait, ce ne sont pas les sanctions qui vont nous emmener à des solutions fiable. Nous pensons, de notre part, que ces sanctions n’ont pas d’intérêt.

Par contre, il faut laisser la chance aux négociations et donner une chance à la médiation. Nous continuons donc à plaider auprès de l’union africaine, la CEDEAO et les institutions internationales pour que les sanctions ne soient pas de nature à exacerber la crise et le climat politique.

Je crois que la communauté internationale doit comprendre que la solution ne viendra pas absolument des sanctions qu’on impose au gouvernement. Il faudra tout au moins attendre que les commissions d’enquêtes (nationale et internationale) déposent leurs travaux et conclusions.

En matière juridique il y a ce qu’on appelle la présomption d’innocence. En attendant les résultats des enquêtes, on devrait accorder cette présomption d’innocence à toutes les parties. Ces sanctions n’étaient pas du tout nécessaires. Il faut rapidement revoir la question des sanctions qui pèsent aujourd’hui sur le gouvernement Guinéen.

Le gouvernement a mis en place une commission d'enquête nationale sur les évènements du 28 septembre, parallèlement à la commission d'enquête de l'ONU. Avez-vous des garanties sur l'indépendance de votre commission d'enquête ainsi que la sécurité des témoins ?

Si notre gouvernement n’avait pas de garantie de l’indépendance de la commission nationale d’enquête on ne l’aurait pas constituée. Lorsque les évènements malheureux du 28 septembre se sont produits, le Président Dadis lui-même a publié un communiqué dans lequel il a ordonné la création de cette commission d’enquête nationale en rapport avec la commission internationale.

En le faisant, il a montré sa bonne foi et sa volonté d’apporter la lumière sur ces évènements. Et lorsque le secrétaire général des Nations Unies M. Ban ki Moon a saisi cette requête, il a compris que le gouvernement Guinéen a accepté les enquêtes.

La commission d’enquête nationale a pris fonction. Elle est composée de magistrats, d’avocats, de notaires, de professeurs, mais aussi d’experts étrangers. Tout ceci est la preuve de la garantie de l’indépendance de cette commission. Toutes les personnes qui seront interpellées déposeront librement et sans aucune contrainte devant cette commission. La commission est parfaitement indépendante, c’est sûr.


Récemment le Président de la CENI a déclaré que les élections présidentielles prévues le 31 janvier prochain sont "techniquement impossibles". Au niveau de votre département, comment se préparent ces élections ?


Même si le Président de la CENI(Ben Sékou Sylla, Ndlr) ne disait pas cela, un fait reste clair aujourd’hui : le chronogramme qui a été conçu par la commission ad hoc à l’issu de deux semaines de travaux au Palais du peuple qui fixait les élections le 31 janvier 2010, n’est plus réalisable, dans la mesure où les étapes qui étaient prévues dans le calendrier ne sont pas accomplies. La date du 31 janvier ne peut plus être tenue. Il y’aura absolument report des élections.

Si on perd assez de temps, beaucoup de citoyens qui n’avaient pas atteint l’âge de voter au moment des derniers recensements, l’atteindront. Dans ce cas, va-t-on reprendre les recensements ?

On ne va pas reprendre les recensements. Puisque nous avons décidé de sortir le fichier électoral d’ici la fin du mois de décembre. Aussi, c’est sur la base de ce chronogramme que le budget avait été voté dès le lancement officiellement des recensements.


On a pratiquement bouclé le processus du recensement au niveau interne et au niveau des 18 pays étrangers préalablement identifiés en accord avec les partis politiques et la société civile.

Il ne nous reste plus qu’à traiter les données qui ont été recueillies. Une reprise de recensement n’est pas à l’ordre du jour. Puisque, qui dit recensement, doit également penser à l’aspect financier. D’ailleurs cela n’est pas nécessaire. Si le fichier électoral est disponible d’ici la fin de l’année, c’est sur celui-ci que nous allons bâtir les élections.

Parlant de ces élections, certains observateurs pensent que le Capitaine Dadis Camara sera candidat à ces élections. Qu'en pensez-vous?

En tant que ministre chargé de l’administration du territoire et des affaires politiques, je crois qu’il faut être très conséquent. La déclaration des candidatures se fait à un certain délai, avant l’ouverture de la campagne officielle et conformément à la loi.

Les candidatures seront déposées, au terme de la loi fondamentale que nous avons actuellement suspendue et qui sera probablement révisée. Ces candidatures seront déposées au niveau de la cours suprême qui va les apprécier conformément à la loi.

Avant donc d’arriver à cette phase, je crois qu’il est prématuré de spéculer sur d’éventuelles candidature. Si certains pensent que le Président Dadis sera candidat, d’autres non, moi je ne peux pas vous donner actuellement un avis décisif. C’est de la spéculation pure et simple. Attendons donc les délais légaux et la décision de la cour suprême.

Q’avez-vous envisagé pour la constitution suspendue depuis environ un an ?

Oui ! La constitution est suspendue depuis le 23 décembre 2008. L’armée a pris le pouvoir. La plupart des institutions républicaines ont été dissoutes notamment l’Assemblée nationale. Ce qui veut dire que notre pays est dans une phase d’exception, jusqu’aux élections prochaines. Mais ce n’est pas un cas unique dans le monde.

C’est pour ces raisons que nous avons décidé de mettre en place des institutions de transition. Les institutions de transition vont piloter la période d’exception jusqu’à la mise en place des institutions républicaines (un Président et une Assemblée nationale) élus.

Entre temps donc il y aura des organes qui se chargeront du toilettage de la loi fondamentale, du code électoral et des autres lois organiques.

Par quoi allons-nous commencer : par le toilettage de la constitution ou bien par les élections ?

Il faudra absolument commencé par remettre en vigueur la constitution qui est suspendue. Puisque la constitution c’est la loi fondamentale ; c’est la loi de base sur laquelle toutes les autres institutions pourront se légitimer.

Je ne vois donc pas comment pourra-t-on aller à des élections sans une base constitutionnelle ! Il nous faut absolument un texte constitutionnel avant d’engager les processus électoraux. Il ne peut pas y avoir d’élections sans une loi fondamentale révisée et adoptée qui définit les conditions des scrutins. La loi fondamentale est la loi de base.

C’est la constitution qui va définir les règles de jeu ; c’est elle qui nous dira le genre de Président que nous voulons ; c’est aussi elle qui définira le mandat et les attributions du Président. C’est également la constitution qui nous dira le genre de gouvernement que nous voulons ; avec ou sans Premier Ministre. La constitution est très importante pour l’avenir de notre pays.


Les leaders politiques se plaignent souvent de la monopolisation des médias d’Etat par le régime. Qu’en dites-vous ?


Je ne suis pas le ministre de l’information. Mais à ce niveau nous avons déjà dit que la liberté de presse et celle de l’opinion sont garanties pour tout le monde. Il ne devrait pas y avoir de problèmes à ce niveau.

Ce qui est sûr, les leaders politiques n’ont jamais été privés de parole dans ce pays. Nous sommes un gouvernement d’ouverture et de dialogue.

Seulement, le gouvernement n’a pas l’obligation de publier les réunions des leaders politiques aux médias publiques. En revanche, les partis politiques doivent pouvoir couvrir leurs évènements (meetings et assemblées ordinaires, quotidiens, hebdomadaires…) par la presse privée ou par n’importe quelle autre presse. Ils ont tout le droit.

Cela est différent de la phase de la campagne électorale. En phase de campagne, tous les candidats doivent être traités sur le même pied d’égalité par les masses médias publiques.


Avant de terminer M. le ministre, un message pour nos lecteurs et le peuple de Guinée ?

Je voudrais lancer un message de paix ! Ce que je voudrais dire aux lecteurs et aux Guinéens, c’est que sans la paix on ne pourra construire aucune œuvre durable. Sans la paix rien de ce qui est positif n’est possible dans notre pays. Notre pays a beaucoup besoin de paix. On ne peut développer le pays que par la paix.

Quand je prône la paix, je pense à toutes les composantes de la nation (partis politiques, société civile, syndicats, médias…). Cela doit être un effort de chacun et de tous.

Chacun doit comprendre que c’est seulement par le dialogue, la concertation, le compromis… qu’on peut aller à la paix. L’homme politique c’est essentiellement un homme de compromis. Voila pourquoi nous avons accepté la médiation du Président Blaise Comporé en faisant tous ces déplacements vers Ouagadougou. C’est pour obtenir des consensus et des compromis avec les forces vives pour sortir notre pays de cette situation de crise.

Il y va de l’intérêt de la Guinée que notre pays revienne à la stabilité politique et à la tranquillité pour que nous puissions ensemble bâtir notre développement. C’est aussi dans l’intérêt supérieur de nos enfants.


Que Dieu bénisse la Guinée.

Interview réalisée par Abdourahamane Bakayoko

Pour Africaguinee.com

Tel : +224 62 600 600


  Rubrique: Interview  date: 06-Dec-2009 ŕ 14:06:30  Partager:   :

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