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Nigeria: incertitudes politiques autour de la santé du président





Le gouvernement nigérian a exclu mercredi tout départ de la présidence d'Umaru Yar'adua, hospitalisé depuis dix jours en Arabie saoudite, en réponse des appels à la démission du président sur fond de rumeurs sur la gravité de son état de santé affichées à la Une des journaux.

A l'issue de son conseil hebdomadaire, le gouvernement a donné la meilleure preuve mercredi de l'effervescence ambiante en diffusant un communiqué pour rejeter les appels à la démission du président et le juger apte à assurer ses responsabilités.

"Le Conseil (des ministres), qui a passé en revue tous les éléments, a estimé à l'unanimité qu'il n'y avait pas de base pour invoquer l'article 144 de la Constitution, le président n'ayant pas été jugé inapte à assurer ses fonctions", indiquait ce communiqué.

En l'absence d'informations sur l'évolution de l'état du président depuis le 26 septembre lorsqu'officiellement son médecin personnel a annoncé qu'il souffrait d'une péricardite aiguë (une affection du coeur), le monde politique est en ébullition, en coulisse, tandis que les principaux journaux titrent désormais sans retenue sur la santé présidentielle, certains relayant carrément des appels à sa démission.

Jusqu'à présent, le sujet était hautement tabou et chaque "rumeur" répercutée par la presse nationale ou internationale déclenchait l'indignation des milieux officiels.

Tout dernièrement, alors que chancelleries et rédactions étaient sur le qui-vive, le porte-parole du président balayait d'un revers de main toutes les informations et supputations, disant qu'il ne pouvait "légiférer contre la rumeur" qu'il attribuait à des "politiciens oisifs".

Le problème, c'est que la santé d'Umaru Yar'Adua est au coeur du débat politique depuis son élection à la présidence il y a deux ans et demi, en avril 2007. Et même avant: désigné pour être le candidat du parti au pouvoir (Parti démocratique du peuple, PDP) par le président sortant Olusegun Obasanjo, il avait été évacué d'urgence en Allemagne en pleine campagne électorale.

Depuis sa prise de fonction fin mai 2007, il est retourné une fois en Allemagne et quatre fois en Arabie saoudite, même si parfois pour des motifs officiels "non médicaux": pèlerinage, rencontre avec les dirigeant saoudiens, inauguration d'une école...

Il y a un an, les responsables de plusieurs médias locaux et internationaux avaient été convoqués et interrogés par les services secrets fédéraux, les SSS, pour avoir diffusé une information sur sa santé.

Aujourd'hui, les quotidiens nigérians posent ouvertement la question en Une, en s'abritant derrière des pétitions signées par d'"éminents Nigérians" appelant à la démission du président.

"A l'évidence, on est maintenant entré dans une phase de préparation de l'avenir", juge un diplomate, sous couvert de l'anonymat.

L'un des enjeux essentiels actuellement est, selon plusieurs analystes, l'équilibre des pouvoirs entre le Nord musulman et le Sud chrétien dans cette fragile fédération de 150 millions d'habitants.

Musulman du Nord, Umaru Yar'Adua, a succédé au chrétien Olusegun Obasanjo qui est resté au pouvoir de 1999 à 2007.

Obasanjo souhaitait, au prix d'un "toilettage" de la Constitution qui limite la présidence à deux quinquennats successifs, obtenir un troisième mandat, mais il en a été empêché par le Parlement et des pressions internationales. Il a donc rendu le pouvoir au Nord musulman, mais en imposant l'obscur et souffreteux gouverneur Yar'Adua.

Or, en cas de décès ou d'incapacité, c'est l'actuel vice-président Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud, qui assurerait la fin du mandat présidentiel jusqu'en avril 2011, aux termes de la Constitution d'inspiration américaine.

Une certitude est qu'au Nord, on accepterait difficilement que le pouvoir repasse au Sud pour trop longtemps.

Source:AFP

  Rubrique: News Afrique  date: 03-Dec-2009 à 13:02:46  Partager:   :

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