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Crise politique:Qui pour “sauver”la Guinée?





Ah que les temps sont durs pour les Guinéens ! Après un mois de dialogue de sourds, le « Docteur » Compaoré peine à trouver le remède pour crever l’abcès « Guinée » dont la puanteur commence à inquiéter le milieu diplomatique et….les Guinéens eux-mêmes. A Ouagadougou, après un mois de palabres, la junte de notre Dadis national et les forces vives, font la sourde oreille et campent sur leurs positions !A Conakry, on prie ,dans les chancelleries occidentales, on s’active pour jouer aux pompiers pour éteindre l’éventuel brasier qui risque de brûler le pays et déstabiliser la sous-région. Jamais les Guinéens n’ont connu une telle crise qui risque détruire leur beau pays. Seulement à y voir de très près, un maigre espoir subsiste pour éviter le pire. Malgré leurs déclarations « guerrières », les forces vives et la junte semblent (inconsciemment) s’accorder sur le profil du futur dirigeant de la transition. Pour les deux parties guinéennes, il faut trouver « la Colombe de la paix », une personnalité qui n’a pas « volé, tué, violé » la nation. Certes pour la junte, notre Dadis national est cette « Colombe » (Ce qui est loin d’être le cas), mais une chose est sûre, seule une personnalité neutre peut sauver le pays d’une crise dont les conséquences font frémir. Voyons de plus près le profil de certaines personnalités qui peuvent devenir « la Colombe de la paix » en Guinée….

Un homme de Dieu pour sauver le pays : Monseigneur Robert Sarah

A Ouagadougou comme à Conakry, le nom de cet ancien archevêque de Conakry est sur toutes les lèvres. Son secret ? Les Guinéens se souviennent de sa sincérité et de son patriotisme sous le régime de Conté. A l’époque, Robert Sarah, fraîchement nommé par le Pape Jean-Paul II comme secrétaire de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, avait alerté le Président Conté sur les dérives de son régime. C’était en octobre 2001.Bien entendu, le vieux Général avait fait la sourde oreille, et on connaît la suite dont l’épilogue, c’est la venue de notre Dadis national le 23 décembre 2008…




Ses atouts, selon les observateurs, c’est d’abord l’unanimité qu’il dégage sur sa personne. Ni les forces vives, ni la junte ne peuvent critiquer ce religieux qui a toujours prêché la paix et l’amour du prochain à ses compatriotes pendant qu’il était archevêque de Conakry. Autre atout, l’homme a toujours pris ses distances dans la gestion chaotique de l’économie guinéenne. Difficile donc de lui trouver des « casseroles » avec les fameux « audits » devenus l’argument de la junte pour écarter nos « Ex » premiers-ministres ! Enfin Robert Sarah possède une bonne dose d’ expérience sur la Guinée et les Guinéens après 40 ans de vie sacerdotale

Le revers de la médaille pour cet homme de l’église, c’est l’obstacle du Vatican qui a horreur de mettre son nez dans la politique intérieure des Etats .Difficile de sortir « blanc comme neige » après une transition, tant le chantier est vaste, les susceptibilités (et l’hypocrisie) des uns et des autres sont énormes. Bien entendu, au nom de la paix en Guinée, Robert Sarah peut s’affranchir des murs du Vatican pour sauver son pays. Encore faut-il que le Pape, et la haute hiérarchie de l’église et…Robert Sarah acceptent de goûter au fruit défendu du pouvoir et troquer son chapelet pour l’épée du pouvoir. Difficile donc, mais pas impossible pour les connaisseurs du Vatican, murmure-t-on dans certaines chancelleries, pour « sauver la Guinée »…

Un historien sans « histoires » :Pr Djibril Tamsir Niane

Ah…cet homme de culture ! Les Guinéens sont très fiers de cet écrivain et historien (sans histoires) qui a largement contribué à sauver leur patrimoine culturel à travers ses livres dont le célèbre Sundjata, ou l’épopée mandingue paru en 1960.Cet érudit né le 9 janvier 1932, est peut-être la clé « magique » pour déverrouiller la crise guinéenne.




Ses atouts, Djibril Tamsir Niane est un peu….l’histoire vivante de la Guinée. En cette période critique où chaque Guinéen regarde son compatriote du coin de l’œil, la réconciliation nationale semble toute faite comme mission pour cet historien qui « sait « que la Guinée est une et indivisible. Avec son expérience le Pr Niane suscite aussi le respect de ses compatriotes, par sa modestie et son patriotisme à travers ses œuvres pédagogiques qui ont largement contribué à la formation d’une bonne partie de ses compatriotes qu’il a vu naître. Autre atout, ce brillant intellectuel est connu dans la sous région à travers ses œuvres sur l’Histoire de l’Afrique contemporaine (Et oui, dans nos relations mouvementées avec nos voisins, ça peut servir…).Enfin , l’homme a aussi une bonne dose d’engagement politique, notamment sous le régime de Sékou Touré .Dans les 70, Djibril Tamsir Niane avait fui la Guinée pour s’exiler au Sénégal pour ses écrits jugés de très mauvais goût par l’ex président Ahmed Sékou Touré.

Evidemment, le Pr Niane est plus connu pour ses écrits que pour sa personne par les Guinéens. Très effacé de la scène politique guinéenne, l’historien suscite un certain scepticisme sur sa capacité à diriger une transition parsemée d’embûches. Discret, face à des « vautours » prêts jeter l’huile sur le feu, le Pr Niane aura du mal à se faire respecter « dans la jungle politique» guinéenne. Hélàs, les brillants intellectuels n’ont pas toujours brillé en politique. Autre obstacle, ce spécialiste de l’Histoire du Mandé, suscite un accueil « prudent » pour certains leaders politiques qui craignent (à tord peut-être) que sa passion pour l’histoire mandingue ne nuise à sa neutralité lors des élections présidentielles à l’issue de la transition.

Deux « Doyens » pour un fauteuil : Pr Alpha Condé /Jean-Marie Doré

Opposants historiques, pionniers du multipartisme en Guinée, ces deux dinosaures de la politique guinéenne jouent leurs dernières cartes durant cette transition. Au sein de la classe politique guinéenne, ils suscitent (malgré les critiques), un respect indiscutable dû à leur âge et à leur parcours .Et dans cette transition, nos deux « doyens » n’ont peut-être pas dit leur dernier mot…




Comme atouts, leur expérience sur la politique guinéenne est indéniable. De Sékou Touré (avec un passé un peu louche pour Jean-Marie Doré, bref on y reviendra…) à Lansana Conté, nos deux « Doyens » ont résisté à toutes les tempêtes politiques du pays. Autre argument de poids pour nos « Doyens », ils ont tissé une bonne toile dans le milieu diplomatique et possède des « amis » à l’étranger grâce à leur parcours professionnel et leur combat politique(Ca peut servir pour desserrer l’étau qui étrangle le pays…).Troisième atout, à l’image d’un Nelson Mandéla qui a lutté toute sa vie pour la démocratie dans son pays, nos deux « Doyens » peuvent devenir « l’agneau du sacrefice » pour réconcilier les Guinéens et rendre aux générations futures, un pays en paix et unis .

Evidemment les complications n’épargnent pas nos « Doyens ».D’abord, ils font partie des forces vives, et le choix sur l’un d’entre eux est loin de faire l’unanimité ni au sein de l’opposition, ni au niveau de la junte. En effet pour l’opposition, quelle garantie nos « Doyens » peuvent ils apporter sur leur neutralité avec leurs partis respectifs ?Organiser des élections présidentielles sans le Rassemblement du Peuple de Guinée du Pr Alpha Condé ou l’Union pour le Progrès de la Guinée de Jean-Marie Doré, semble…..compliqué !Ensuite, nos deux « Doyens » ont tellement lutté pour occuper le Kibanyi présidentiel, qu’il faut une bonne dose de patriotisme de leur part pour abandonner leur candidature aux prochaines élections, qui risquent d’être la dernière occasion pour eux, frappés par l’âge( plus de 70 ans, chacun !). Enfin pour le « vieux lion »Alpha Condé les rivalités des « jeunes loups »(notamment l’ancien premier ministre Lansana Kouyaté, ou Cellou Dalein Diallo) semblent compromettre un éventuel choix sur sa personne. Pour Jean-Marie Doré, il est aux yeux de la junte, « le traître » qui défie notre Dadis national qui est originaire de la même région que lui !

En définitive, comme un volcan endormi, la Guinée tremble face la surdité de ses fils, incapables de voir la réalité en face pour sauver leur pays. Aujourd’hui plus que jamais, les Guinéens ont besoin d’un homme de consensus pour réconcilier d’une part les Guinéens entre eux(en finir avec les clivages ethniques), d’autre part réconcilier le peuple et son armée. Evidemment, la perfection n’est pas humaine et chaque candidat potentiel au statut de « Colombe de la paix » se heurte à certains obstacles qui risquent de le disqualifier. De l’avis des observateurs, ni la junte de notre Dadis national, ni les forces vives guinéennes, ne peuvent conduire la transition sans créer des frustrations, voire des troubles dans le pays. Avec un contexte économique explosif, des négociations qui traînent, les Guinéens risquent de commettre l’irréparable…Autant dire aux deux parties en négociations à Ouagadougou que le « Docteur » Compaoré ne peut prescrire aucun remède pour soigner le malade « Guinée », sans des compromis(douloureux) pour éviter le pire. Il faut donc que les Guinéens trouvent rapidement « leur colombe de la paix » et surtout ne pas tirer sur cette « colombe » dont la mission sacrée reste la réconciliation nationale et la préparation des futures élections présidentielles dans le pays. Mais ceci est une autre histoire.A la semaine prochaine !

Amadou Diallo
Pour Africaguinee.com


  Rubrique: Coup de gueule  date: 30-Nov-2009 ŕ 16:03:00  Partager:   :

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