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Crise: L 'ancien champion du monde ,Lansana Béa Diallo invite les Guinéens à s'unir

Face à la crise politique en Guinée, l'ancien champion du monde de Boxe, Lansana Béa Diallo ne cache pas ses inquiètudes face aux menaces qui guettent son pays.Dans un courrier officiel, il invite ses compatriotes à renforcer l'unité nationale pour construire leur pays.Nous vous livrons le contenu de ce courrier de Lansana Béa Diallo qui vient de nous parvenir...
LETTRE OUVERTE DE LANSANA BEA DIALLO A TOUS LES GUINEENS
NON!
Non !
C’est sans doute le mot le plus important de l’histoire de notre merveilleuse nation, celui qui, lors du référendum du 28 septembre 1958, nous a donné l’immense responsabilité de notre Indépendance.
A chacun de mes retours trimestriels au pays, j’avais pris l’habitude de me rendre au stade qui en commémore la date, avec la grande fierté d’y avoir livré le plus beau combat de ma vie.
Pour moi, ce combat était bien plus qu’un simple championnat mondial, c’était le moyen de faire connaître la Guinée en y invitant des dizaines de journalistes et de chaînes de télévision pour la sortir de l’isolement dans lequel l’avait plongé des décennies de dictature.
Je me souviendrai toujours de ce moment extraordinaire, quand, quelques secondes après ma victoire, une pluie diluvienne tomba du ciel, que beaucoup dirent être les larmes de joie d’Allah.
Depuis ce jour, pour moi, le stade du 28 septembre était devenu un lieu de méditation, où le destin m’avait donné la chance de réaliser quelque chose d’important pour l’image de mon pays, là où, comme dans un pèlerinage, je réfléchissais à comment mieux le servir.
C’est là que j’avais eu l’idée de créer ma Fondation pour réaliser de grands projets, comme la relance d’ateliers et d’usines dans tout le pays, l’ accompagnement international pour nos sportifs, la relance des transports en commun à Conakry… tous ces grands projets qui furent réduits à néant par la malhonnêteté de certains politiciens de l’époque.
C’est là , que j’avais pris la décision d’apprendre le difficile métier de la politique avec l’ambition d’être le premier député guinéen à l’étranger et d’y défendre les intérêts de notre pays.
Une fois de plus, le destin m’a souri.
Par deux fois consécutives, j’ai eu l’honneur d’être élu Député de la Région de Bruxelles Capitale, au cœur des institutions européennes. Dans mes fonctions, je me suis vu confier la Présidence de la Commission des Relations Internationales de la Communauté Française de Belgique.
Grâce à cette expérience, j’ai pu voir combien la Guinée était exclue de la communauté mondiale et de ses grandes institutions, conséquence de ses cinquante ans de dictature.
Aussi, J’avais relevé comme nouveau défi de profiter de mes nouvelles charges pour tout faire afin de sortir notre pays de cet isolement, aux conséquences dramatiques pour notre économie nationale.
Malgré les sollicitations de nombreux politiciens guinéens, j’avais toujours refusé de me lancer dans la politique en Guinée, préférant agir plus efficacement pour mon pays au départ de la Capitale de l’Europe et sans me salir à Conakry dans un gouvernement non démocratique miné par la corruption.
A la mort du Président Conté, la junte militaire a promis des élections enfin transparentes, la lutte contre les dérives du pouvoir et les malversations : j’ai, comme vous tous, cru en sa bonne foi.
Pour mieux m’en assurer, j’ai même rencontré le capitaine Moussa Dadis Camara qui m’a confirmé ses bonnes intentions.
Puis advint le jour maudit du massacre du 28 septembre, le jour le plus triste de ma vie.
Ce stade, où j’avais vécu tant de joies, allait, par la folie sanguinaire d’une meute d’assassins, devenir le site le plus sinistre de l’histoire de notre pays. Pour moi, les larmes de joie que j’y avais connues sont devenues à tout jamais des larmes de sang.
Comment assumer la vue des corps de tant d’innocents lâchement abattus par des militaires félons dont le chef suprême assume la présidence de notre pays ?
Comment ne pas partager la souffrance indéfinissable des familles dont je tente de partager le deuil chaque jour dans mes prières ?
Comment ne pas voir dans ce jour horrible, un nouveau signe du destin qui m’oblige à prendre de nouvelles responsabilités.
A mon tour, comme l’ont fait si dignement les anciens lors du grand referendum, de dire NON.
Je dis NON à la reconduction d’un régime dictatorial qui, depuis plus de cinquante ans, a annihilé la liberté que nous conférait notre indépendance.
Je dis NON à toute future participation politique de tous ceux qui en été les complices.
Je dis NON au grenouillage de politiciens qui, sans aucun projet qu’il soit social, économique ou moral, tentent de profiter de ces pénibles moments pour asseoir leurs ambitions personnelles.
Je dis NON à tout parti qui, par des positions ethniques marquées, diviserait la Guinée au risque de provoquer des luttes fratricides, voire une guerre civile.
Notre pays vit des heures graves, sans doute les plus importantes de son histoire, celles qui peuvent nous apporter la grandeur ou l’horreur : soit, tous unis, nous installons ensemble une Guinée nouvelle, enfin démocratique et ouverte au monde, soit nous nous divisons et nous vivrons les jours les plus sombres de notre existence.
Dans ce contexte crucial, dont dépendent la sérénité et l’avenir de la Guinée, à la demande de nombreux Guinéens de toutes ethnies et de tous partis, je prends solennellement la décision de tout faire pour que ce jour des morts du 28 septembre, devienne celui de la naissance de cette Guinée nouvelle.
Dans les semaines à venir, j’organiserai en Guinée et en Belgique, une conférence de presse pour exposer mes projets et réunir les Guinéens qui partagent ma volonté de donner à notre pays le futur prospère qu’il mérite.
Le pays est au bord du chaos.
Le mouvement initié par les « forces vives » est certainement une solution provisoire et courageuse pour relancer le processus démocratique, mais il se compose d’adversaires politiques qui ne se sont réunis que pour obtenir le départ de Moussa Dadis Camara.
Je crains que la plupart des leaders des partis qui en font partie attendent avec impatience, une fois leur but atteint, de pouvoir reprendre leurs luttes politiciennes en oubliant le besoin d’unité du pays.
Je ne peux en aucun cas partager cette vision et ce pour de nombreuses raisons.
Certes, depuis le massacre du stade, la démission de Moussa Dadis est sans doute incontournable pour organiser des élections libres, certes les assassins doivent être durement châtiés, mais je me refuse à ce que l’on fasse porter l’opprobre à toute une armée dont la plupart des officiers et des soldats sont des hommes de grande qualité.
Certes, une vraie démocratie doit être installée pour élire en toute transparence le futur Président de notre nation, mais une vraie démocratie ne peut être dirigée par un homme d’un parti qui ne représente qu’une seule ethnie
Certes, le mouvement actuel de la réunion des « forces vives » a le mérite de lutter contre la tyrannie, mais il est peut-être, bien involontairement, le germe d’une instabilité qui amènera le chaos.
Les informations qui me sont rapportées par de nombreux observateurs me font voir, dans cette réunion contre nature, l’antichambre d’une lutte fratricide entre des adversaires dont le seul but est de se battre dans des élections sans pitié pour le pouvoir absolu.
Des élections, non encadrées par une armée assainie, et qui confronteront des partis divisée en ethnies et non portés par des idées ou des projets, ne peuvent, inéluctablement, qu’aboutir à des conflits sans précédents, voire à une guerre interethnique comme d’autres pays d’Afrique l’ont connu dans des circonstances analogues.
Des élections, organisées dans la concurrence impitoyable d’adversaires ataviques et souvent extrémistes, et sans une sérénité retrouvée entre la société civile et l’armée, seraient la source d’un désordre incommensurable qui, de son seul fait, justifierait l’intervention des forces armées et l’installation d’un nouveau dictateur.
De plus, malgré le respect, voire même l’amitié que je porte pour certains d’entre eux, nombreux Guinéens me rappellent à juste de titre que certains d’entre eux ont participé aux échecs des gouvernements qui ont conduit la Guinée dans la situation pénible que nous connaissons.
In fine, alors que l’enjeu des élections devrait être de créer une Guinée nouvelle unie et créative, je n’entends, ni ne vois, le moindre plan pour l’avenir même du pays.
Ma volonté est que l’horreur du 28 septembre soit l’occasion d’une prise de conscience collective de tous les Guinéens pour enfin créer une Guinée nouvelle réunissant anciens, femmes et jeunes , civils comme militaires , dans une dynamique unitaire seule capable de donner sérénité et prospérité à notre pays.
Le temps de l’unité et de la grande harmonie est enfin à notre portée.
Seule, la création d’un mouvement d’unité nationale, refusant les débats politiciens pour réunir tous ceux qui ont la volonté de créer cette Guinée nouvelle, peut nous sauver du chaos qui nous menace.
Il faut réunir la sagesse des anciens, la créativité des femmes et la dynamique des jeunes de toutes les ethnies et de tous les partis, pour créer ensemble ce mouvement « suprapolitique » dont le seul but est d’offrir à la Guinée, en toute harmonie, la prospérité et la place qu’elle mérite.
Ceci n’est pas une vision utopique, mais bien la seule qui puisse, enfin, donner, à notre merveilleux pays, la reconnaissance internationale qu’il mérite dans la paix, la prospérité, la sérénité, le respect et la participation de tous.
Après longue réflexion, convaincu que ce nouveau défi m’est dicté par le destin, j’ai donc pris la décision d’en prendre la tête et de tout faire pour créer ce grand mouvement d’unité nationale.
J’appelle tous les Guinéens à me rejoindre pour créer ensemble la Guinée nouvelle.
Je prie Dieu pour en mériter les lourdes charges.
La réussite de ce projet serait, pour nous tous, le plus bel hommage que nous puissions rendre tant à tous ceux qui depuis cinquante ans se sont battus pour une vraie indépendance démocratique que nos martyrs du 28 septembre et leurs familles.
Vive la Guinée nouvelle.
LANSANA BEA DIALLO
Bruxelles, le 13 novembre 2009
Africaguinee.com
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  Rubrique: Politique  date: 14-Nov-2009 ŕ 11:11:13  Partager:   :  |
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