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Idrissa Chérif, conseiller spécial du chef de la junte:"Il faut associer tout le monde à la gestion

Face à la crise qui paralyse le pays, la junte guinéenne du Capitaine Dadis Camara invite l'opposition à intégrer un nouveau gouvernement de transition.C'est la position défendue par le ministre et conseiller spécial du chef de la junte, Idrissa Chérif.Sans surprise donc, la junte guinéenne refuse les propositions des forces vives qui demandent le départ de la junte.Au micro de nos confrères de Guineenews, Idrissa Chérif explique sa vision de la transition en Guinée...
Guinéenews© : Ce mardi les négociations, côté CNDD, vont s’ouvrir à Ouaga sous la houlette du président Compaoré. Dites-nous les grands axes de ce que vous allez y défendre ?
Chérif Idrissa : Comme nous l’avions dit depuis le 29 septembre, nous ouvrons un dialogue avec l’opposition dans le cadre d’un gouvernement de large ouverture. Nous allons à Ouagadougou pour aller rencontrer le médiateur dans cette crise guinéo-guinéenne afin de l’écouter par rapport à la consultation qu’il eue avec le forum des forces vives guinéennes. Ce déplacement de Ouaga a pour but de rechercher l’ensemble des voies et moyens d’une sortie de crise favorable pour notre pays. Nous souhaitons un seul et unique gagnant au terme de ce dialogue, c’est la Guinée et le peuple guinéen. C’est pour cette raison que nous effectuons ce déplacement avec un esprit de convivialité et surtout de large ouverture. Comme pour dire que nous nous en remettons entièrement à la sagesse du facilitateur. Nous allons pour enfin lier l’acte à la parole.
Concrètement qu’est-ce le CNDD ira défendre auprès du médiateur à Ouagadougou ?
Nous allons pour faire comprendre au président Blaise que le dialogue inter guinéens est nécessaire. Faut-il que nous ayons le courage de nous asseoir à la même table. Le président Compaoré nous dira sur quelles bases il s’est entendu avec l’opposition que nous considérons aujourd’hui comme plaignante. Car c’est elle qui est allée saisir la communauté internationale. Et éventuellement nous faire connaître les propositions de solutions à la crise. Par la suite, nous saurons nous retrouver pour donner notre position.
Les positions des parties belligérantes-forces vives et CNDD-étant très éloignées l’une de l’autre, pensez-vous qu’il soit possible encore de trouver un minimum de consensus ?
Depuis que cette crise a commencé, les forces vives restent toujours accrochés aux mêmes revendications. Elles sont constamment focalisées à ces mêmes points. A savoir le départ des militaires au pouvoir. Je me demande très bien en vertu de quel droit ils exigeront à l’armée de quitter le pouvoir. Ils se fondent sur quoi pour réclamer à tout prix à l’armée de partir. Alors que c’est cette même armée qui les accompagnera le jour où ils seront appelés à diriger ce pays. Donc il faut, à mon avis, exiger ce qui semble l’être. Ce qui est vraiment exigible. A défaut, on tournera en rond sans réaliser le moindre progrès escompté.
A votre avis quels sont les points autour desquels il peut y avoir effectivement consensus aujourd’hui ?
Au jour d’aujourd’hui le point qui me semble consensuel, c’est l’offre faite par le président Dadis qui consiste à associer toutes les parties protagonistes de la crise à la gestion du pouvoir. Je pense qu’à l’heure où nous sommes il est judicieux d’associer tout le monde à la gestion efficace du pouvoir. Cela est extrêmement capital aujourd’hui pour chacun d’entre nous en vue d’une sortie rapide de la crise.
Comment réagissez-vous aujourd’hui aux différentes sanctions prises à l’encontre de la junte. Notamment celles émanant de l’UA et de l’UE ?
C’est vraiment regrettable pour nous que l’Union Africaine, qui a été créée afin que les africains puissent s’unir quelques soient leurs obédiences politiques, religieuses, ethniques…nous sanctionne. Nous trouvons absurde, scandaleux voire injuste que cette institution continentale nous impose des sanctions injustifiées sans nous avoir consultés au préalable. Quoiqu’il en soit, cela ne nous surprend guère. Parce que depuis 1958, la Guinée croupit sous embargo. Comprenez donc par là que ces sanctions ne pourront rien arranger à la situation économique et socio politique de la Guinée. Que l’on sache que tous les pays environnants, y compris la Casamance au Sénégal, seront atteints. Pour la simple raison que cela va faciliter la circulation ou le trafic illicite des armes de guerre au niveau de la sous région.
La Côte d’Ivoire étant encore très fragile, le Libéria et la Sierra Léone sortant de plusieurs années de guerre civile, la Guinée Bissau, la Gambie sont également des États encore très fragiles autour de la Guinée. Donc les risques d’embrasement, d’une implosion sont palpables. Il faut que les gens soient conscients de ce danger et fassent très attention. Au niveau de l’Union Européenne, je dirais à leur intention qu’avant de condamner, il faut d’abord juger. Dans le souci d’un apaisement, le président de la République et le CNDD ont consenti d’énormes sacrifices. C’est dans cette optique que le président Dadis a demandé une commission d’enquête internationale dirigée par les Nations Unies.
Parallèlement, il a ordonné la mise en place d’une commission d’enquête nationale à laquelle prendront part des organisations de défense des droits de l’Homme, les magistrats, l’opposition... Et pour des soucis de transparence et d’impartialité, le CNDD a jugé nécessaire de ne pas y prendre part. Cela pour que les responsabilités quelque soit leur niveau puissent être situées.
Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue que le pays est régi par des règles et des lois. Il est clair aujourd’hui qu’il y a une responsabilité partagée dans ce qui est arrivé. Au tant dire que l’opposition à bien d’égards est en parti comptable de ce qui survenu. C’est pourquoi faut-il chercher et retrouver tous les coupables de quelques bords qu’ils soient pour les traduire en justice afin que leur soient appliquées dans toute la sévérité les peines prévues par la loi. Je pense, plus jamais, que ces genres de choses ne doivent arriver à l’avenir dans notre pays.
Comment percevez-vous aujourd’hui la position de la France qui prône carrément un isolement total de la junte ?
Vous savez la France n’a jamais aidé la Guinée. Et certains Français se sont véritablement inscrits dans une forme de lynchage politico-médiatique mais aussi de copinage. Dès lors que de tel comportement est présent dans une entité donnée, dites-vous qu’elle est vouée à toutes sortes de perniciosité. Et par conséquent, elle devient assez nocive. La France…, ça ne nous dit rien. Parce qu’elle n’a jamais pu construire même une simple maison des jeunes en Guinée. Alors qu’elle se pose en avocat défenseur du peuple de Guinée. La France que nous connaissons n’a jamais pu réaliser quelque chose pour la Guinée. Il ne faut pas qu’elle nous donne l’impression que ses réalisations faites en Guinée sont des gratuités. Ce sont des prêts qu’elle concède à l’État qui seront remboursés à échéances. Si elle refuse de nous assister, à sa place, d’autres nations volontaristes sont prêtes à nous consentir dès demain ces mêmes prêts et assistance. Et dans tous les cas c’est la France qui sera perdante. C’est pour cela nous que l’invitons pour qu’elle revienne à ses copies, qu’elle revienne à la raison et qu’elle rouvre les parenthèses pour permettre, dans l’intérêt de nos peuples la reprise de la coopération franco-guinéenne.
Votre dernier mot ...
A cette phase de la vie de notre nation, il me semble très important que le peuple sache et mesure le sens de la nouvelle dynamique, la nouvelle marche enclenchée depuis le 23 décembre 2008. Cela consistait à assurer l’avènement d’un État de droit au sein duquel, l’opposition qui a été bâillonnée pendant des décennies, sera associée à la gestion du pays. Ce qui allait conférer à l’opposition une posture de force politique à la fois de responsable et de partie prenante dans la gestion publique du pays.
Avec l’avènement du CNDD au pouvoir, les partis politiques ont vu davantage leur liberté d’expression se renforcer. Aujourd’hui si nous sommes arrivés à ces malheureux incidents, c’est parce que les idées étaient devenues de plus en plus divergentes. Nous allons très sereins à Ouagadougou non seulement pour défendre le peuple de Guinée mais aussi et surtout pour empêcher que notre intégrité et notre dignité soient bradées. Nous disons aux Guinéens que les événements du 28 septembre sont véritablement regrettables. A cet effet, nous nous joignons à toutes les familles éplorées pour prier pour l’âme des disparus. Nous pensons en conséquence que la solution qui s’impose à nous tous aujourd’hui est de s’asseoir autour d’une même table, discuter de façon responsable, qu’on puisse se regarder les yeux dans les yeux et se dire la vérité. Pour qu’on puisse se pardonner par la suite… Ce devoir nous incombe à tous, pouvoir et l’opposition y compris. Ce n’est pas l’occident ni la communauté internationale qui pourra le faire à notre place.
Propos recueillis par Camara Moro Amara et Camara Amadou Tham
Source:Guineenews |
  Rubrique: Interview  date: 10-Nov-2009 ŕ 14:08:06  Partager:   :  |
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