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Médiation entre protagonistes guinéens: Jeux et enjeux de Ouaga





Depuis ce 2 novembre, les protagonistes de la crise politique guinéenne, CNDD et Forces vives sont à Ouagadougou. Pour une rencontre autour du médiateur Blaise Compaoré, le président du Faso. De quoi braquer le regard de tous les Guinéens sur la capitale burkinabè où se joue le destin de leur pays. Un véritable écheveau à démêler par un homme d’expérience. Le défi sera-t-il relevé ?

Au demeurant, l’initiative de la médiation du chef de l’Etat burkinabè remonte aux dernières assemblées générales des Nations-Unies à New York. A cette occasion, Abdoulaye Wade, le président sénégalais, jusque-là père spirituel du capitaine Dadis, a proposé à ses homologues africains, le nom de Blaise Compaoré, pour faire de la facilitation dans la crise guinéenne. Les tristes événements du stade du 28 septembre n’ont fait que donner un coup d’accélérateur au processus et amener Umaru Moussa Yaradoua, chef de l’Etat nigérian et président en exercice de la CEDEAO à nommer le Burkinabè.

Toujours dans l’urgence, ce dernier voyant le feu à la case Guinée, hâte les pas pour jouer les pompiers avant que les frères ennemis guinéens ne se déchirent définitivement. D’où sa visite-éclair à Conakry, qui fut pour lui l’occasion de prendre toute la mesure du challenge qui l’attend.

Compaoré est un habitué des missions de bons offices qui plus est fort de ses expériences togolaise et ivoirienne. Sur le dossier guinéen, il a beaucoup consulté, pour que son souci premier soit de partager immédiatement avec les acteurs guinéens, ses premières conclusions. Ce qui l’amène à ouvrir ce premier round des négociations. Il faut seulement dire que la tâche du médiateur s’annonce hardie, étant donné que les deux parties en conflit sont aux extrêmes.

Le CNDD, par le fait de sa grande répression du 28 septembre, a toutes les raisons de se radicaliser, l’après-pouvoir ne s’annonce pas de tout repos pour lui, quand le Tribunal pénal international se profile à l’horizon. Avec une telle appréhension, nombre d’observateurs pensent que la crainte du TPI constitue désormais une donnée avec laquelle il faut compter dans la résolution de la crise guinéenne. Dans ce sens, d’importants signaux ont été envoyés à la junte du capitaine Dadis, certes pour en finir avec l’impunité ambiante héritée du système Conté, mais aussi pour que l’actuel chef de l’Etat guinéen s’accroche davantage à son fauteuil.

Bien sûr que les rapports accablants d’organisations internationales de droits de l’homme, les sanctions ciblées de la communauté internationales visant lui-même et ses proches, ainsi que l’embargo sur les armes sont autant d’éléments qui ne faciliteront pas les négociations.

S’agissant des forces vives, pour ne pas dire la classe politique, beaucoup de leurs leaders estiment que le capitaine Dadis est disqualifié à la tête du pays. Blessés dans leur amour propre (ils se disent humiliés), très peu de personnes les voient s’accommoder désormais du chef de la junte à la tête de la transition, tant l’envie de régler définitivement les comptes du CNDD transparaît de leurs propos chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

Vivant cela au quotidien, Dadis et son CNDD savent très bien qu’ils sont attendus au tournant. De là à voir la Guinée régentée dorénavant par l’équilibre de la terreur, il n’y a qu’un pas. La pauvre !
L’heure est si grave que, harcelé par la communauté internationale, le CNDD n’hésitera pas à s’appuyer sur l’armée pour organiser sa résistance. Quitte à démontrer une fois de plus si besoin en est qu’il a la gâchette facile. Et à l’opposée, ne pouvant dans l’immédiat compter sur leurs troupes (traumatisées par la répression du 28 septembre dernier), les forces vives n’ont pas d’autre choix que de jouer à fond la carte de l’isolement de la junte par la communauté internationale.

Tout ceci pour la misère des populations qui n’ont jamais connu le bonheur depuis l’indépendance. Ce, en dépit de la générosité de la providence à l’endroit de leur pays. Là est tout l’enjeu de la médiation du président Compaoré. Comment arrêter cette descente aux enfers ? Comment sortir la Guinée de ce cercle vicieux pour qu’elle ait enfin un bon départ ?
Les réponses à ces questions demandent beaucoup de génie de la part du médiateur de la CEDEAO.

Amadou Oury Diallo
Source: Nouvelle Elite, partenaire d'Africaguinee.com


  Rubrique: Politique  date: 03-Nov-2009 ŕ 20:46:25  Partager:   :

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