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Lansana Kouyaté, leader du PEDN:"Je ne veux pas le poste de premier ministre..."





L'ancien premier ministre guinéen, Lansana Kouyaté a regagné mercredi Conakry après un long séjour à l'étranger.Le leader du Parti de l'espoir pour le développement national(PEDN) affiche une sérénité sur la suite des évènements en Guinée.Au micro de nos confrères de Guineenews, Lansana Kouyaté exprime sa position dans ce bras de fer entre les forces vives guinéennes et la junte du Capitaine Moussa Dadis Camara...

Guinéenews© : vous rentrez d’une tournée à internationale. Dites-nous quel en était le but ?

Lansana Kouyaté : Avant de vous parler de mon séjour à l’étranger, je voudrais d’abord profiter de ces premiers instants où je foule le sol guinéen, pour présenter mes condoléances, celles de ma famille, celles de mon parti à toutes les familles profondément éplorées par les événements du 28 septembre. Je voudrais exprimer à ceux qui ont été blessés, meurtris dans leur chaire, la solidarité et la compassion qu’il convient d’exprimer en de moments aussi graves. Je crois que ce qui s’est passé est sans précédent et tout guinéen conscient, patriote devrait se sentir concerner.

Vous savez que quand nous sommes partis à l’enterrement de notre très regretté Bâ Mamadou et au retour nous avons eu un accident qui était d’une certaine gravité : la voiture a culbuté et pratiquement en tonneau. Cela devait m’amener à aller à l’étranger pour faire un bilan médical. Malheureusement cela a coïncidé aux vacances et le bilan médical, Dieu merci, on est sorti indemne. Mais en même temps cela m’a permis d’être dans toutes les capitales : à Paris, à Bruxelles en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Grande Bretagne. Tout ce qui fallait mettre comme bureaux du parti de l’espoir et du développement national.

C’est après tout cela que les programmes se sont enchaînés. Il fallait d’abord aller à Washington pour une réunion importante que je devais présider, malheureusement dû aux calendriers très chargés, je n’ai pas pu être là le premier jour. Mais après s’en est suivi ma visite à New York pour participer ou être à la 64 ème session des Nations unies. Le débat général qui était intéressant, m’a permis de rencontrer le monde. De là bas, j’ai eu l’opportunité, la chance d’être au Venezuela, à Maguérita où s’était tenue la réunion des pays de l’Amérique du sud, des pays d’Afrique. Pourquoi ma présence là bas ? Ce projet est parti d’abord de l’Afrique de l’ouest et de l’Afrique du sud au moment où j’étais à la CEDEAO. Donc les organisateurs ont cru devoir m’inviter à ce deuxième sommet. Je crois que ça été une bonne chose.

Il y a eu par la suite plusieurs autres voyages, en Libye, à Abuja où j’ai participé aux côtés de mes collègues des Forces Vives à cette importante réunion. Ensuite je suis revenu en Libye, en Côte d’Ivoire où j’ai rencontré les autorités et puis finalement à Ouagadougou où j’ai rencontré le facilitateur. Voyez-vous comment les programmes se sont enchaînés, emboîtés les uns dans les autres. On ne voit pas le temps passé.

Comment le PEDN réagit-il aux condamnations et pressions exercées sur la Guinée au lendemain des événements du 28 septembre ?

Ce sont des condamnations qui sont tout à fait normales. La communauté internationale est une communauté de destins qui a été forgée d’abord avant la seconde guerre mondiale et la tentative de la Société Des Nations créée après la première guerre mondiale qui n’a pu aboutir. Je crois que le monde s’est trouvé dans une sorte de vide. On a pensé qu’après la seconde guerre mondiale, lorsque les Alliés l’ont remportée, il fallait créer une communauté qui d’abord, s’occupe de la paix, de la stabilité et de la sécurité du monde. Cela étant donné que cette communauté était naguère composée de pays nantis, on n’était pas allé jusqu’à penser question de développement, questions économique et financière ou question humanitaire. C’est au fil du temps que tout cela s’est répandu grâce à l’indépendance des pays naguère colonisés. Ainsi, le corps qu’embrassait cette communauté internationale s’est trouvé renforcé au-delà de la paix et de la sécurité, il est allé jusqu’aux droits de l’homme. Toutes choses qui font que cette communauté doit jouer son rôle. Les sanctions ne m’étonnent pas partout de tels drames sont arrivés, il y a eu les condamnations.

Face à cette tragédie sans précédente, l’on assiste à l’émergence de deux tendances. Celle qui opte pour la solution Guinéeo-Guinéenne et celle qui sollicite l’intervention de forces d’intervention étrangères. Dans lequel des deux camps s’inscrit votre parti ?

Soyez sûrs d’abord que la solidarité internationale s’exprimera toujours, qu’on le veuille ou pas. Parce que nous avons signé tout qu’il y a de traités, de conventions internationales. Vous savez que les conventions internationales en droit dépassent même la loi fondamentale des pays. Cela est donc quelque chose à laquelle nous avons adhéré depuis 1958 après notre indépendance. Nous avons accédé à l’organisation des Nations Unies. L’expression de cette solidarité par des formes multidirectionnelles est normale, somme toute.

Mais le déploiement des troupes est toute autre chose. Parce que j’ai été aux Nations Unies. J’ai mis en place des mécanismes d’intervention. C’est beaucoup plus compliqué, plus étriqué, plus laborieux que les gens ne le sachent. Il faut concevoir d’abord un concept d’opération. La technicité de la chose est tellement difficile que des pays qui doivent être mobilisés pour rentrer en ligne de compte, n’entreront jamais quand ils n’ont pas un concept d’opération clair et quand ils n’ont pas ce que les anglo-saxons appellent ‘’l’exit game’’, le jeu de sortie. C'est-à-dire quand on entre, comment sortir. Voilà des questions qui se posent. C’est pourquoi, je dis que bien avant qu’on en arrive à ça un jour… A l’évidence, on n’en est pas à ce niveau.

Il faut que les efforts se conjuguent, que les patriotes se lèvent, que la communauté internationale, de bonne foi, nous aident pour que cela se fasse sans chaos. A l’évidence quand vous avez des troupes internationales chez vous, c’est pour un objectif précis. Ici ce sera pour quel objectif ? Protéger les populations ? Oui, c’est une bonne chose. Mais partout à ailleurs, ça n’a pas été possible qu’on intervienne aussi aisément quand il y a deux camps qui, géographiquement font face. Tel n’est pas le cas non plus le cas. Ce ne sont pas des arguments que j’avance comme ça. C’est basé sur des arguments techniques. Mais oui nous ne devons pas rester dans cette situation. Il faut améliorer. Il faut qu’on se sorte de cette impasse pour donner à la Guinée la chance de respirer la liberté et la solidarité mais aussi la démocratie.

A quoi les Guinéens peuvent-il s’attendre aujourd’hui avec votre retour au bercail surtout en cette période de crise sociopolitique post- 28 septembre?

Comme je l’ai fait d’ailleurs à des milliers de kilomètre, d’apporter ma contribution à la solution de cette affaire avec deux choses qui doivent rimer : c’est la justice et la sérénité.

Avec votre dernière escale de Tripoli, nombreux sont des guinéens qui estiment que vous y étiez pour négocier auprès du guide Libyen une porte de sortie pour le capitaine Dadis ?

Ce que vous n’avez pas dit, on ajoute même que je veux être premier ministre. A ceux-ci, je réponds que je ne suis pas le mauvais élève qui veut doubler la classe. Après le CMI, il y a le CMII. Je ne veux pas rester au CMI, je veux aller au CMII. Deuxièmement, vous vous souvenez, il n’y a pas longtemps on disait que Kouyaté et Kadhafi veulent tuer Dadis. C’était suite à la visite avortée du président du CNDD en Libye. Urbi et orbi les mêmes qui colportent telle ou telle nouvelle aujourd’hui disaient ô c’était un complot Kouyaté-Kadhafi pour tuer Dadis. Aujourd’hui, c’est un complot Kouyaté-Kadhafi pour sauver Dadis. Ce n’est rien de tout cela. Il faut que les gens sachent raison gardée et qu’on ne se situe pas dans ce petit jeu n’est-ce pas de règlement de compte pour la chapelle personnelle mais on doit voir plutôt l’avenir. Le cas est plus sérieux, c’est plus grave. Il demande plus de sérénité que des rumeurs de bas étages.

Qu’est-ce que pense le PEDN par rapport à l’offre de formation d’un gouvernement d’union nationale proposée par le président Dadis au lendemain des événements du 28 septembre ?

Il y a des mécanismes qui sont en place dans lesquels la communauté internationale est impliquée. Laissons ces mécanismes se jouer, il y a beaucoup de choses à faire. Les élections…, on n’en est pas là. En fait nous devons aller vers des élections paisibles. Si cela doit passer par la mise en place d’un organe de transition, il faut mettre en place cet organe de transition. C’était déjà ce qui était dans le pipeline quand il y avait encore des discussions civilisées. Mais tout cela est jeté aux calendes grecques. Je crois qu’il faille reprendre à partir de ce qui s’est passé. Comme je le dis, on ne doit pas faire comme si le 28 septembre n’avait pas existé.

Etes-vous de ceux là qui réclament aujourd’hui le départ de Dadis comme préalable à toute ouverture du dialogue ?

Le départ de Dadis ? D’abord bien avant cela, il y avait d’autres exigences qui disent qu’il n’est pas candidat. Ce sont des exigences qui se sont exprimées, qui vont continuer d’être exprimées. Un facilitateur a été désigné par l’organe même qui était chargé de jouer ce rôle. C'est-à-dire le collège de toutes les organisations et pays qui faisaient parti du groupe de contact international sur la Guinée. C’est ce groupe là qui a choisi le facilitateur. Laissons donc le facilitateur faciliter.

Faites-vous confiance en ce facilitateur désigné par la CEDEAO ?

Oh ! Ma confiance importe peu. Ce qui importe c’est que le groupe auquel nous avons fait confiance, a confiance en lui. C’est un homme que je connais depuis très longtemps. C’est quand même une personnalité de la sous région qui a fait ses preuves à ailleurs. Il ne faut pas penser a priori qu’il ne sera pas… On était à Abuja, je veux dire les Forces Vives et les débats se sont passés. Le communiqué qui a été issu de la réunion du groupe de contact, c’était avec la contribution des Forces Vives. La dans, vous verrez que, à lui, au facilitateur on a renouvelé la confiance…

Quelle est la position du PEDN entre le Bloc des Forces Patriotiques et le Forum des Forces Vives. A-t-il rejoint les Forces Vives ou reste-t-il au Bloc Patriotique?

Rejoindre, ce n’est pas le mot. On n’a pas rejoint. Dès notre création, on était des Forces Vives, il y a eu, peut être, incompréhension à un moment donné autour d’un sujet donné. Mais au total, nous avons participé, depuis le début, à toutes les réunions des Force Vives, par la camarade Tété Nabé, par moi-même en personne. Tout cela avant que ce tohubohu ne commença sur une éventuelle participation du PEDN au bloc des Forces patriotiques. Mais nous sommes en plein dans les Forces Vives. On l’était hier ; nous le sommes aujourd’hui.

vous avez parlé de justice, dites-nous avec quel gage pour les justiciables ?

Il s’agit de faire confiance et que tout mécanisme qui est conçu pour juger de ce qui est arrivé qu’il n’y ait pas d’entraves, qu’on sache qui a fait quoi et qu’on ne continue pas de façon cyclique à tuer impunément. Cela peut se faire dans la sérénité sans qu’on ne prenne encore des canons pour créer d’autres violations des droits de l’homme sans quoi nous irons à saucisson à des lendemains encore plus sombres.

Propos recueillis par Camara Moro Amara à Conakry
Source : Guinéenews


  Rubrique: Interview  date: 22-Oct-2009 à 11:21:05  Partager:   :

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