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Sommet d'Abuja sur la Guinée."J'espère que les chefs d'Etat seront fermes contre la junte de Dadis..





A quelques heures de l'ouverture du sommet extraodinaire des chefs d'Etats de la CEDEAO consacré à la Guinée, l'ancien premier ministre François Loucény Fall invitent les dirigeants de la sous-région à plus de fermeté à l'égard de la junte du Capitaine Dadis Camara.Pour le leader du Front uni pour la démocratie et le changement, les coupables du massacre du 28 septembre doivent répondre devant la justice...

RFI :Bonjour M. Fall. Qu’est ce que vous attendez de ce sommet de la CEDEAO?

François Loucény Fall : J’Attends surtout des décisions courageuses qui pourraient aboutir sur une condamnation ferme des massacres, viols et autres sévices commis par les forces militaires guinéennes le 28 septembre, la mise en place d’une commission internationale d’enquête internationale pour situer les responsabilités pour ces crimes odieux en vue de traduire leurs auteurs et leurs commanditaires en justice et le déploiement d’une force de protection des populations civiles et des institutions civiles que nous allons mettre sur place durant la transition pour organiser des élections libres , transparentes et crédibles.

Cette force de déploiement nécessite-elle des milliers d’hommes comme c’était le cas au Libéria avec l’ECOMOG il y a quelques années?

Je ne pense pas que nous sommes dans le même cas de figure que le Libéria, parce que nous n’avons pas un conflit majeur. Ce dont on a besoin, c’est peut-être le modèle du Burundi où des centaines de soldats pourraient être déployés pour protéger les nouvelles institutions que nous devons mettre en place et assurer la protection des populations civiles. Je pense qu’on aura a pas besoin de milliers de soldats, mais c’est un minimum que nous demandons et je pense que cela pourrait nous aider.

Votre réaction sur le silence des chefs d’Etat africains alors que les pays du Nord demandent une force internationale et un procès pour crime contre l’humanité ?

C’est la raison pour laquelle, je souhaite que les chefs d’Etat africains se ressaisissent et qu’ils prennent la mesure des choses.

Ce silence des chefs d’Etats d’Afrique de l’ouest vous inquiète ?

Oui ce silence nous inquiète beaucoup ! Il faut avoir le courage de le dire, nous attendions des chefs d’Etats africains, au moins une condamnation des crimes qui ont été perpétrés. Nous avons entendu très peu de chefs d’Etat de l’Afrique de l’ouest condamner ces massacres !

Avant ce massacre de Conakry, il y a en a eu d’autres, 150 morts en mars 2004 à Abidjan selon l’ONU, 500 morts en 2005 au Togo, selon l’ONU…Est-ce que des chefs d’Etat comme Faure Gnassingbé ou Laurent Gbagbo ne vont pas hésiter demain, avant de jeter la pierre à Moussa Dadis Camara ?

C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de choses qui se sont passées dans plusieurs pays. Je ne voudrais pas condamner des chefs d’Etat parce que je ne possède pas tous les éléments. Ce que je peux dire c’est qu’en Guinée, il y a eu des crimes odieux. J’ai vu la CEDEAO dans d’autres circonstances prendre des mesures très courageuses. Nous l’avons vu en Sierra Léone, au Libéria et je souhaiterai que parmi la gamme de chefs d’Etats qui participent à ce sommet qu’il y ait certains qui encouragent leurs collègues à aller dans la bonne direction.

Il y a 22 ans, l’actuel facilitateur de la crise guinéenne, Blaise Compaoré est arrivé au pouvoir par un putch. Pensez-vous qu’il sera ferme à l’égard des putchistes guinéens ?

Je pense que la communauté internationale a balisé le chemin pour le Président Compaoré. Je souhaite que le président Compaoré réalise que le dialogue est une bonne chose mais il ne peut y avoir de dialogue sans la justice.

On dit que le président nigérian Umaru’ Yadua est un personnage effacé. Pensez-vous qu’il peut surprendre.

Absolument ! Nous avons déjà vu la position ferme des ministres nigérians. Je pense que le Nigeria sera à la hauteur durant ce sommet.

Qui peut entraîner ce mouvement demain à ce sommet entre le Nigeria et le Burkina?

Je pense que ce sera le Nigeria. Non seulement, ce pays assure la présidence en exercice de la CEDEAO, mais aussi le Nigeria est un poids lourd de la sous région.

Le Capitaine Dadis Camara est menacé aujourd’hui d’un procès pour crimes contre l’humanité. Est-ce qu’il ne faudrait pas lui laisser une porte de sortie ?

Je pense que maintenant que les crimes ont été commis, on ne peut pas oublier ces centaines de personnes qui ont été tuées, ces femmes qui ont été déshabillées et violées en plein jour au stade…Je pense que ces crimes ne sont pas négociables…

Vous préconisez donc la manière forte à la négociation…

Il faut que la justice soit rendue. On ne peut pas négocier avec des personnes sur lesquelles pèsent des présomptions de crimes contre l’Humanité. Donc pour une fois qu’on a l’occasion de rendre la justice, il faut la saisir.

Interview réalisée par Christophe Boibouviers
Source :RFI


  Rubrique: Interview  date: 16-Oct-2009 ŕ 19:29:53  Partager:   :

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