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Alpha Dramé du Parti écologiste genevois:"J’espère que le gouvernement de Lansana Kouyaté qui a été
[IMG1] Symbole d'une intégration réussie en Suisse,le conseiller municipal de Genève,le guinéen Alpha Dramé réagit dans cet entretien sur la situation des immigrés guinéens en Suisse sans oublier le gouvernement de consensus de Lansana Kouyaté...Exclusif!
Africaguinee : Bonjour Monsieur Dramé.Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Alpha Dramé : Je suis Alpha Dramé,je suis originaire de Guinée,j’habite à Genève.Je suis marié et père de quatre enfants .Je suis conseiller municipal à Genève et j’aborde ma deuxième législature pour le parti écologiste genevois de 2007 à 2011.Ma première législative,c’était de 2003 à 2007 toujours avec le parti écologiste genevois. Dans le cadre de mes études, je suis arrivé à Genève en 1992.J’ai fait des études en environnement,j’ai un doctorat en écologie industrielle suivi de trois Masters dont un en administration publique,un autre de l’école polytechnique fédérale de Lausanne(EPFL) et le dernier de l’institut universitaire d’études du développement(IUED).
Quel regard portez vous sur le nouveau gouvernement de Lansana Kouyaté ?
Je tiens d’abord à féliciter le peuple de Guinée pour sa maturité. La Guinée est une exception dans la sous région,vu son passé colonial et le non historique à la France. J’espère que Lansana Kouyaté qui a été choisi par le peuple, par un consensus, fera ce qu’on lui demande. Je suis contre les « grands magiciens « de l’administration guinéenne dont on a tant applaudi, en vain !Je pense qu’il y a un potentiel guinéen qu’on peut mettre en valeur. Si Lansana Kouyaté s’est inspiré de cet potentiel pour former son gouvernement, je le félicite. Mais s’il a d’autres critères, l’histoire nous dira qui a raison.
Vous êtes très actif au sein du parti écologiste genevois.Avez-vous des contacts avec des partis politiques guinéens ?
En Guinée, j’étais militant mais j’avais aucune formation politique.J’ai vu les partis politiques guinéens naître. Je suis en contact avec les leaders politiques en tant que guinéen mais pas en tant qu’homme politique.
Revenons au cas de la Suisse. Vous êtes aujourd’hui un exemple d’intégration pour de nombreux africains en Suisse notamment à Genève. Ces dernières années,la Suisse a adopté une politique radicale en matière d’immigration. Que pensez vous du rapatriement des requérants d’asile guinéens à Conakry ?
C’est une erreur fondamentale que la Suisse commet tant au niveau politique que professionnel. Une anecdote : je suis le premier africain à être admis au cours de formation pénitentiaire. C’est à dire, je forme des directeurs de prisons et les employés de prisons sur la migration africaine. J’ai crée ce cours avec le Conseil National, Ueli Leunberger, qui s’occupe des bosniaques et des croates pour expliquer à ces gens qui nous sommes.Et croyez moi,ils ont apprécié le cours qui est indispensable à leurs yeux. Ils ont compris que les africains ne sont pas méchants, c’est juste un décalage culturel entre la Suisse et les africains.
Par rapport à la politique suisse,je pense que Monsieur Blocher (Ndlr :Conseiller fédéral chargé du département de la police et de la justice)a tort. Monsieur Blocher est un suisse mal intégré. La Suisse est un pays humain, c’est le pays de la Croix rouge,des institutions internationales,du consensus. A l’image des 26 cantons, l’union de la Suisse est fondée sur le respect des différences. Pensez aujourd’hui qu’un pays comme la Suisse peut avoir une loi xénophobe,est inimaginable pour autant qu’il n’y ait eu des immigrés mal intégrés comme M.Christophe Blocher.C’est un migrant de la deuxième génération qui s’est intégré en Suisse par le système économique .Il ignore toutes les valeurs humaines de la Suisse.
Comment voulez vous que le peuple suisse vote xénophobe s’il n’y a pas derrière lui des gens comme Blocher qui transfert ses problèmes sur les étrangers et les migrants.La migration guinéenne est nouvelle en Suisse.A mon arrivée ici en 1992,la plupart des africains à Genève étaient des fonctionnaires onusiens.Aujourd’hui,l’immigration va continuer dès lors que les lieux traditionnels de migration on t disparu en Afrique,les jeunes viendront en Europe. Construire des murs, des barbelés n’arrêtera pas la migration. La seule solution, c’est de réduire le train de migration, car les jeunes qui viennent ici cherchent l’espoir qu’ils ont perdu chez eux.
Si en Suisse on fait un travail de proximité, les partis de gauche soutiennent les associations, pour aider ces jeunes qui sont dans nos murs, ils auront l’espoir de rentrer chez eux et croyez moi ils retourneront. Sinon, ces jeunes resteront ici et ca va coûter à la Suisse à travers les frais d’hôpitaux, les asiles psychiatriques et tant d’autres. Je pense que la politique de migration suisse est actuellement archaïque et l’artisan de cette politique, c’est Monsieur Blocher !
Justement avez-vous des actions concrètes par rapport à nos nombreux compatriotes qui gémissent actuellement dans les prisons suisses ?
D’abord, j’ai une approche très pragmatique. La première chose, c’est de soulager ces jeunes qui croupissent en prison. J’ai créé un concept sur la migration africaine. Je le définis en quatre points : qui ils sont ? D’où ils viennent ? Pourquoi ils viennent ? Et qu’est ce qu’il faut ? Chaque année, je passe trois fois dans les prisons de Suisse romande avec les directeurs de prisons, pour leur expliquer qui sont les africains.
Ensuite j’ai crée un projet d’aide au retour que j’ai testé sur quelques personnes. L’objectif,c'est d’apporter un soutien financier grâce à des associations ici, à ces jeunes une fois qu’ils retournent dans leurs pays notamment en Guinée. Certains jeunes veulent rentrer et actuellement, nous avons ramené trois personnes à Conakry dans de meilleures conditions. C’est peu me direz vous, mais il faut un début à tout.
Enfin, je fais un travail de sensibilisation dans le milieu politique suisse pour leur dire qui nous sommes. Concrètement, la migration africaine est celle qui coûte le moins à la Suisse du point de vue de la surveillance, parce que l’africain est visible. Si la police utilise dix agents pour surveiller une personne d’origine européenne, avec les africains tout le monde voit. Je pense que c’est une responsabilité collective de la part des pays d’origine des migrants et du pays d’accueil pour redonner espoir à ces jeunes. En Suisse, je pense qu’il faut une politique alternative à la politique xénophobe soutenue par M.Blocher, car je pense qu’il a complètement tort !
Depuis 2003,la Suisse refuse d’octroyer des visas aux étudiants guinéens. Quelles solutions préconisez vous face à ce problème ?
Je pense qu’il faut négocier avec les autorités helvétiques pour revoir cette politique. Actuellement, je suis en contact avec des conseillers nationaux pour interpeller les autorités fédérales pour revoir ce problème. Parce que la Guinée et tant d’autres pays à cause de quelques fautifs (Ndlr : des faux étudiants qui ont falsifié des documents pour s’inscrire dans les universités suisses), ont été catégorisé dans le système helvétique comme étant des zones à risque .Et les missions diplomatiques ne font qu’obéir à la politique de fédérale de Berne. La Suisse est un pays de sécurité qui ne prend rien à la légère. Finalement,les actions frauduleuses de quelques petits malins ont pénalisé tout un pays.Juste une anecdocte :
Un guinéen débarque en Suisse pour l’Université.Il présente des papiers comme quoi il est titulaire d’un baccalauréat.Les autorités universitaires lui demandent de passer l’examen de fribourg avant d’accéder à l’université ,(Ndlr :un examen qui est dispensé aux étudiants ayant deux années de formation universitaire dans leurs pays.).Ce jeune revient deux mois après à l’université pour présenter des documents signifiant qu’il a fait trois ans à l’université de Conakry.
Gros paradoxe, car pour les autorités universitaires, il est impossible que ce jeune trouve en deux mois des documents prouvant qu’il est étudiant alors qu’au début il n’avait que son diplôme du Bac. C’est très primaire en termes de fourberie vu l’expérience et la compétence des autorités suisses. C’est malheureusement des cas comme celui là qui compromet aujourd’hui les chances de toute une génération. En Suisse, la qualité des études est reconnue dans le monde entier.
Les guinéens ont leur part de responsabilité dans ce problème notamment les notamment les ambassadeurs, responsables de l’éducation guinéenne qui font des faux papiers au nom de la corruption. Ils auraient dû soutenir les vrais étudiants qui ont envi de poursuivre leurs formations ailleurs car ils constituent l’avenir de la Guinée.
Votre dernier mot ?
Hier, les guinéens étaient étrangers à Genève.Je pense qu’aujourd’hui, ils ne le sont plus. Quand j’ai été élu, j’étais fier d’être un genevois d’origine guinéenne. Je suis très fier de mes racines car si un arbre est coupé de ses racines, il meurt. C’est grâce à mes racines guinéennes que j’arrive à œuvrer aujourd’hui pour la cause des africains dans cette ville multiculturelle,c'est-à -dire Genève.
Propos recueillis par Mamadou Kaba Souaré
Pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Interview  date: 09-Apr-2007 ŕ 14:15:54  Partager:   :  |
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