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Mémorandum des forces vives:l'entourage du Capitaine Dadis indexé...





Le forum des des forces vives guinéennes ont remis lundi un memorandum au médiateur de la crise guinéenne, le président Blaise Compaoré.Ce document officiel indexe plusieurs membres de l'entourage direct du chef de la junte, Capitaine Dadis Camara, comme responsables du massacre du 28 septembre à Conakry.Au final, les forces vives guinéennes réclament justice et le départ de la junte pour la suite de la transition.Nous vous livrons l'intégralité de ce document....

MEMORANDUM A LA HAUTE ATTENTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRESIDENT BLAISE COMPAORE, FACILITATEUR DE LA CRISE GUINEENNE

Le Forum des Forces Vives de Guinée est heureux de recevoir son Excellence le Président Blaise Compaoré, facilitateur dans la crise Guinéenne, désigné par la CEDEAO. Compte tenu de son expérience dans le règlement des conflits, son implication dans la crise guinéenne suscite beaucoup d'espoirs au niveau des Forces Vives et de l'ensemble du peuple de Guinée pour un retour rapide de la paix et la restauration de l'ordre constitutionnel dans notre pays.

Depuis le 23 décembre 2008, date de la prise du pouvoir par la junte militaire au lendemain du décès du Général Lansana Conté, la quasi-totalité des partis politiques et des représentants de la Société Civile regroupés au sein des Forces Vives de Guinée organisées en Forum, ont décidé d’accompagner le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) dans la conduite d’une transition consensuelle et apaisée en raison de son engagement à réaliser le programme suivant:

-la récupération des créances de l'Etat et l'audit des gestions passées suivant les procédures légales;

-la désarticulation et l'éradication des réseaux de trafic de drogue et d'êtres humains;

-la restructuration des forces de défense et de sécurité;

-le retour à l'ordre constitutionnel à travers des élections crédibles et régulières auxquelles ni le Président ni aucun membre du CNDD et du Gouvernement ne serait candidat.

C’est dans ce cadre qu’un chronogramme a été proposé par les Forces Vives et accepté par le Président du CNDD. Selon le consensus obtenu, les élections législatives et présidentielles devaient se dérouler respectivement en octobre et décembre 2009.

Mais l’absence manifeste de volonté politique de la part du CNDD l’a amené à retarder la prise de décisions importantes qui étaient nécessaires au respect des différentes étapes. Il s’agit principalement :

-de la mise en place du Conseil National de Transition (CNT) qui devait intervenir en mars 2009 et qui n’est pas réalisée à ce jour, soit plus de cinq mois de retard;

-du déblocage de la quote part de l’Etat soit quarante cinq (45) milliards de Francs Guinéens (environ 9 millions US$) intervenu avec quatre mois de retard;

-En lieu et place de la restauration de l'autorité de l'Etat, il s'est agi d'une militarisation de l'administration du territoire;

-de la formalisation de la décision de recensement des Guinéens de l’extérieur dans dix-huit pays, intervenue il y'a à peine une semaine;
-La promotion d'un dialogue responsable pour une gestion correcte de la transition;

Ces différents manquements ont entraîné un retard important dans la réalisation des différentes séquences, ce qui a abouti à la création, sur proposition des Forces Vives, d’un comité ad hoc paritaire. Ce comité devait en cerner les causes en vue de proposer des mesures susceptibles de rattraper le retard par rapport au chronogramme initial. Au terme de 14 jours de travaux, ce comité est arrivé à des conclusions qui décalent simplement le jour du vote étant entendu que toutes les candidatures doivent être validées par la Cour Suprême en Décembre 2009. Ces conclusions ne modifient le premier chronogramme que sur deux points essentiels :

-l’inversion de l’ordre initial des élections

-le report des élections à l’année 2010 selon le calendrier suivant :
. 31 janvier 2010 : premier tour de l’élection présidentielle
. 14 février 2010 : second tour
. 26 mars 2010 : élections législatives

Le respect de ce chronogramme était assorti de conditions dont le non-respect pouvait conduire à d’autres retards importants avec le risque que les dates ci-dessus ne puissent à leur tour être respectées.

Déjà, il faut noter que, dans le cadre de ce chronogramme révisé, les délais de mise en place du CNT chargé du toilettage de la constitution et ceux du lancement des opérations d’enrôlement des Guinéens de l’extérieur sont largement dépassés. Tout ceci semble procéder d’une absence manifeste de volonté politique et présage de l’intention du CNDD de créer les conditions d’un autre report d’élections dans le but évident de retarder la fin de la transition.

Par ailleurs, la modification unilatérale par le Chef de l’Etat de l’effectif et de la composition du CNT qui est passé de 163 membres convenus à 244 a créé une situation de blocage qui constitue un facteur de retard du processus électoral et provoque une crise de confiance entre les Forces Vives et le CNDD.

En ce moment précis, la raison fondamentale de la crise dont la manifestation la plus éloquente est l’enlisement du processus électoral et la rupture du dialogue entre les parties était l’intention manifeste (suscitation et manipulation des groupes de soutien du Capitaine Moussa Dadis Camara de se présenter à l’élection présidentielle prochaine en dépit des engagements solennels pris devant l’opinion nationale et la communauté internationale que ni lui ni un autre membre du CNDD et du Gouvernement ne se porterait candidat à ce scrutin.

En effet, les actes sont nombreux qui attestent de la ferme volonté du Chef de l’Etat de renier ses engagements. On peut citer entre autres :

-la monopolisation totale des médias d'état et l’interdiction d’accès des partis politiques aux radios et à la télévision publiques ;

-l’interdiction des débats et autres émissions politiques dans les médias privés même si cette mesure a été levée depuis, en raison de l'indignation générale qu'elle avait soulevée bau sein de l'opinion ;

-la multiplication des groupes de soutien et l’intensification de la propagande en faveur de la candidature du Chef de l’Etat par la sortie massive de fonds publics et ce, en dépit de la précarité de la situation économique du pays, du non paiement des dettes intérieures de l'Etat et de l’engagement ferme du CNDD à appliquer rigoureusement les règles de bonne gouvernance, surtout en matière de dépenses publiques ;

-la militarisation à outrance de l’appareil de l’Etat, en particulier de l'administration territoriale dont le rôle est prépondérant dans le processus électoral (gouverneurs, préfets, sous-préfets…);

-le recrutement anarchique au sein des forces de défense alors que le Président semblait se préoccuper du caractère pléthorique de l'armée;

-la recrudescence des arrestations arbitraires et des détentions illégales en des lieux non conventionnels (iles de Loos)

D’autre part, l’intention affichée de substituer aux Forces Vives les représentants des collectivités décentralisées procède de cette volonté de marginalisation des partis politiques dans le débat politique et dans la gestion de la transition. Or, dans le droit guinéen, les présidents des structures communales et communautaires n'ont aucune vocation à participer à l'élaboration du cadre juridique de la nation ou au choix des candidats aux élections nationales, rôle qui revient de droit et exclusivement aux partis politiques depuis la fondation de la République de Guinée.

La rupture totale du dialogue national et l’interdiction d’accès aux médias d’Etat et aux radios privées des différents courants d’opinion du pays ont amené des franges importantes de la population et en particulier les jeunes, à recourir, devant l’absence de perspectives à des manifestations pacifiques violemment réprimées par les forces de défense et de sécurité. En début Septembre déjà, on déplorait une victime lors des premières confrontations entre les émeutiers et les forces de l’ordre. Ce qui laissait présager des affrontements plus tragiques si l’enlisement du processus de transition était amené à se poursuivre.

Devant les périls qui menacent la paix et la stabilité de la Guinée, le Forum des Forces Vives de Guinée a demandé au Groupe International de Contact sur la Guinée, lors de sa 6eme réunion à Conakry, le 3Septembre dernier, d’intervenir auprès du Chef de l’Etat et du CNDD afin que les dispositions ci-après, de nature à décrisper la situation politique et sociale, soient prises sans délai :

-la révision de l’ordonnance portant création du CNT afin de la rendre conforme aux accords entre le Chef de l’Etat et les Forces Vives, notamment sur sa composition et son effectif

-la mise en place immédiate de cette institution sur la base des accords spécifiés ci-avant

-la levée de l’interdiction d’accès des partis politiques aux médias publics et des débats à caractère politique dans les médias privés

-la levée de l’interdiction des manifestations des partis politiques sur l’ensemble du territoire national à l’instar de la liberté de mouvement dont jouissent pleinement les groupes de soutien à la candidature du Chef de l’Etat ;

-la confirmation publique et formelle de son engagement selon lequel ni lui ni aucun membre du CNDD ou du Gouvernement ne serait candidat à la prochaine élection présidentielle. Cette confirmation est absolument nécessaire pour permettre à la Guinée d'évoluer dans la stabilité.

La réalisation de ces préalables aurait pu faciliter la reprise du dialogue et restaurer entre les Forces vives de la Nation et le CNDD la confiance sans laquelle aucune gestion consensuelle et apaisée de la transition n’est possible.

Malheureusement, lors de sa rencontre à huis clos avec les membres du Groupe International de Contact, le Chef de l'Etat a confirmé la forte probabilité de sa candidature à l'élection présidentielle prochaine mettant ainsi un terme au doute qu'il laissait planer sur ses intentions. Devant ce qu'il a qualifié de "remise en cause des engagements antérieurs du CNDD qui contrevient au partenariat établi avec la communauté internationale", le Groupe de contact a pris la décision de procéder à des consultations en vue de prendre les décisions appropriées par rapport à cette nouvelle réalité.

Le 28 Septembre 2009 à Conakry, des centaines de milliers de nos compatriotes de toutes les communautés, de tous les âges et de toutes les conditions, manifestant pacifiquement dans un stade de football clos contre la dictature militaire et pour le retour à une vie constitutionnelle normale, ont été piégés, brutalisés, humiliés, violentés, violés, poignardés et tués par des escadrons drogués de l'armée. Lors de ces manifestations historiques, nous avons assisté à des scènes d'une barbarie inouïe que rien, sinon la volonté du CNDD de terroriser et soumettre le peuple de Guinée ne justifiait. Des centaines de femmes et de jeunes filles ont été déshabillées, violées, les canons des fusils introduits dans leurs parties intimes, tout ceci publiquement et sous les yeux de la hiérarchie militaire.

Au même moment une manifestation de propagande financée par la junte dans les communes de Kaloum et Matoto pour la gloire du CNDD était protégée et montrée à la télévision.

Depuis le 23 Décembre 2008, le Forum des Forces Vives de Guinée a engagé toutes les démarches pacifiques possibles pour arriver à un consensus pour la conduite d'une transition apaisée. En face, nous n'avons rencontré que mépris, diktat, humiliations, insultes et dérision de la part de la junte du CNDD et de son chef. Les libertés fondamentales ont été graduellement confisquées, les médias mis aux ordres. Dans le même temps, contrairement à leurs premiers engagements publics nous avons assisté à une opération de légalisation du pouvoir militaire. Ceci avec une dilapidation sans précédent des fonds publics. Le Forum des Forces Vives a alors entrepris d'organiser un meeting d'information et de sensibilisation, montrant que le peuple n'acceptait pas l'usurpation du pouvoir par les militaires.

Ce meeting citoyen pouvait simplement éclairer l'opinion publique Guinéenne sur les enjeux des prochains scrutins. Malgré l'appel aux autorités pour sécuriser cette manifestation pacifique, le Forum des Forces Vives de Guinée n'a rencontré que dissuasion ou manœuvres diverses pour l'annuler. Au lieu de protéger les lieux sensibles le CNDD a infiltré des casseurs qui ont été responsables de tous les dégâts constatés, notamment ceux concernant les commissariats saccagés. Ceci dans l'objectif de discréditer l'ensemble des leaders politiques du Forum, dont les différents domiciles ont été mis à sac et pillés par les militaires.

Aujourd'hui, le dialogue est totalement rompu entre le CNDD d'une part, les Forces Vives et la Communauté Internationale, de l'autre. La transition est donc dans l'impasse et le processus électoral compromis. De plus, les évènements tragiques du 28 Septembre 2009, qui ont vu plus de 200 guinéens tomber sous les balles des militaires avec plus de 1200 blessées, des dizaines de femmes violées publiquement, ont creusé davantage le fossé entre les deux parties.

Le dialogue interne est devenu impossible.

Devant la gravité de la situation, nos exigences se résument aux suivants:

1 – Compte tenu de sa disqualification de fait, destitution du chef de l'état, dissolution du CNDD et mise en place d'un organe de transition, qui désignera un gouvernement d'union nationale;

2 – Libération immédiate et sans condition des personnes arrêtées lors de cette manifestation par les forces de défense et de sécurité; libération de nos compatriotes poursuivis à l'étranger pour manifestation dans les ambassades de Guinée et annulation des plaintes déposées contre eux;

3 – Recensement exhaustif des personnes portées disparues depuis le 28 Septembre 2009;

4 – Restitution de toutes les dépouilles mortelles à leurs familles;

5 – Libération immédiate des femmes violées et séquestrées;

6 – Mise en place immédiate d'une commission d'enquête internationale en vue de faire toute la lumière sur les tueries, viols et autres traitements dégradants infligées aux manifestants;

7 – Dans l'immédiat exigence à l'endroit du Capitaine Moussa Dadis Camara de mettre en état d'arrestation, les principaux responsables qui ont conduit les opérations au stade du 28 Septembre et qui ont été nommément identifiés par plusieurs témoins. Il s'agit notamment de:
• Lieutenant Toumba Diakité aide de camp du chef de l'Etat;
• Capitaine Siba Kourouma, neveu du chef de l'Etat;
• Capitaine Gomou Sangaré chargé du protocole du chef de l'Etat;
• Le chauffeur du chef de l'Etat.

8 – Sécurisation de la population civile, des leaders politiques et sociaux, ainsi que des diplomates accrédités en Guinée.

9 – Fermeture des camps d'entrainements des miliciens à caractère ethnique, notamment à Kaléah dans la préfecture de Forécariah;

10 – Expulsion des éléments léonais et libériens de l'ULIMO, de tous les autres rebelles venant des pays voisins et mercenaires présents sur le territoire Guinéen;

11 – Poursuites judiciaires à l'encontre des marchands d'armes, dont Rodha Fawaz, Hussein Dakhlala, qui contribuent à la formation et à l'équipement de milices à caractère ethnique. Ces entrainements sont financés, entre autres, par une société minière implantée en Guinée.

12 – Fermeture immédiate des lieux de détention non conventionnels: Kassa, Koundara etc...

13 – Envoi d'une aide humanitaire d'urgence pour assister les populations en détresse;

14 – Déploiement d'une force de protection par l'envoi urgent d'un corps expéditionnaire ;

15 – Embargo total sur les armes et équipements militaires à destination de la Guinée jusqu'à la restructuration complète des forces de défense et de sécurité.

16 – Envoi d'une assistance urgente pour la restructuration des forces de défense et de sécurité;

Si la Guinée n'arrive pas à trouver les voies et moyens de relancer la transition sur des bases saines, la paix civile sera irrémédiablement compromise. En plus, l'instabilité de la Guinée pourrait plonger fatalement l'ensemble de la sous-région ouest-africaine dans la désolation et l'instabilité.

L'ensemble des Forces politiques et sociales de la Guinée ainsi que la communauté internationale doivent anticiper sur ces évènements et prendre leurs responsabilités avant qu'il ne soit trop tard.

Le Forum des Forces Vives quant à lui est déterminé à assumer ses responsabilisé en mobilisant le Peuple de Guinée pour empêcher toute confiscation du pouvoir par la junte militaire.

La facilitation initiée par la CEDEAO et conduite par son Excellence le Président Blaise Compaoré suscite un grand espoir pour aider la Guinée à retrouver la voie de la démocratie et du progrès économique.

Conakry le 5 Octobre 2009
Le Forum des Forces Vives de Guinée


Africaguinee.com

  Rubrique: Interview  date: 06-Oct-2009 ŕ 16:55:34  Partager:   :

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