
La junte militaire du Capitaine Moussa Dadis Camara a rendu vendredi , aux familles des victimes, 58 corps du carnage du lundi 28 septembre 2009 au stade. Au terme de la remise des 58 corps, des centaines de personnes attendaient encore les corps de leurs amis ou membres de leurs familles, sans aucun doute tués lors de la répression sanglante.
Ceux qui ont reçu les corps de leurs parents étaient visiblement moins mécontents que ceux qui n’en ont pas reçu. Ces derniers, extrêmement mécontents, ont tout de suite commencé à lancer des pierres sur les lieux avec des slogans comme : Ils ont bouffé les corps. Venez nous saucer d’une armée qui tue et ment. Dadis est un Président faible…
Pour disperser ces malheureux, doublement malheureux, les forces de l’ordre ont lancé abondamment des gaz lacrymogènes sur eux.
« Lansana Conté a tué lui aussi ! Comme ce fut le cas en janvier et février 2007 ! Mais lui au moins, avait le courage de rendre les corps aux propriétaires. Dadis est un Président faible. Il n’a pas le courage de nous remettre les corps de nos parents », a dit un parent de victimes non retrouvées.
« Dadis est un Président peureux ! Il a suffit qu’on lui dise que les manifestants ont pris des armes dans un commissariat et sont allés se regrouper au stade. Dès qu’on lui a dit cela il a eu peur et a ordonné sa propre garde d’aller tuer tout le monde. Dadis lui-même a dit qu’il a été informé à 10 heures. Les massacres ont eu lieu après midi ; plus de 2 heures plus tard. Qui d’autre que Dadis a pu ordonner ce carnage ? C’est Dadis qui a tué mon frère, l’espoir de notre famille », dit un homme en versant de torrents de larmes à côté du corps de son grand frère qu’on venait de lui rendre.
« Il faut que l’Union Africaine et la communauté internationale protègent le peuple de Guinée avec une autre armée avant les prochaines manifestations. Sinon ces militaires n’hésiteront pas à tuer encore d’avantage. Les militaires Guinéens, au lieu de prêter serment de défendre le peuple et la nation, viennent de jurer sur le Coran et la Bible, d’obéir à deux hommes : Dadis et Sékouba Konaté ! C’est très dommage. Croyez-moi ces militaires tueront tous les Guinéens si ces deux hommes le leur demandent », dit une femme qui pleure en regardant les corps.
« Ma sœur a reçu deux balles en même temps : une dans la tête, l’autre dans la poitrine. Je jure, elle était juste à côté de moi ! A quelques millimètres seulement. J’ai tout de suite perdu la conscience. Un homme très robuste est venu la toucher. Je l’ai entendu dire : "Elle est morte". Cet homme m’a porté sur ses épaules et m’a emmené loin de là . Lorsque j’ai repris conscience je suis retourné au stade, je n’ai pas vu le corps de ma sœur. Je suis allé aux morgues de Donka et d’Ignace Deen, les militaires ne m’ont laissé entrer. Qu’ont-ils fait du corps de ma sœur ? », se demande un jeune homme.
« Je suis rentré au stade avec mon frère et mon père. Ils ont tous les deux été tués par balles. Donnez-moi leurs corps ou tuez-moi fils de putes », dit un malheureux, très en colère, aux forces de l’ordre.
Un compte-rendu d’Abdourahamane Bakayoko
Depuis Conakry pour Africaguinee.com
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  Rubrique: Politique  date: 03-Oct-2009 ŕ 18:34:23  Partager:   :  |