
Face aux exactions des militaires guinéens contre les populations civiles, le président de l'Organisation guinéenne pour la défense des droits de l'homme (OGDH) lance un appel à la communauté internationale pour protéger les populations.Dans une interview accordée à nos confrères de RFI, ce spécialiste des droits de l'homme revient sur ces crimes commis sur les civils notamment les femmes qui ont été violées publiquement par des militaires...
RFI : Conakry est encore sous le choc aujourd’hui?
Thierno Madjou Sow :On ne s’attendait pas à une telle violence, à un tel carnage. Parce que samedi dernier,le chef de la junte, Capitaine Dadis Camara disait à Labé que les militaires n’allaient jamais tourner leurs armes vers les citoyens guinéens Et voilà que ce massacre s’opère lundi, avec beaucoup de morts, de blessés. J’ai vu comment les gens frappaient les jeunes, les vieux. Des femmes ont été violées…on dirait pas que ces militaires ont une mère, une sœur(…).C’était une violence gratuite, même les leaders politiques n’ont pas été épargné et ils ont été frappés sauvagement. Et la chose la plus grave, c’est le viol des femmes en public
Il y a une volonté d’humiliation des femmes ?
Oui ! Non seulement humiliées, mais les militaires cherchaient peut-être même à les mutiler. Ce ne sont pas des êtres humains ça, ce sont des monstres pour faire une telle violence aux femmes. Je viens d’apprendre que certaines femmes qui étaient dans un centre de santé de Matoto pour prendre des soins, ont été amenées par des militaires vers une destination inconnue. Nous ne savons pas si elles sont en vie. Peut-être les militaires voulaient cacher les preuves.
Est-ce qu’il y a quelque chose d’organiser ?
On ne peut pas penser que l’armée puisse faire des choses pareilles, sans qu’elle ait reçue l’ordre des supérieurs. C’est quelque chose d’organiser.
En termes de chiffres, avez-vous un bilan très précis aujourd’hui ?
On n’a pas de bilan très précis. On parle de 150 morts et 1200 blessés. Mais c’est très difficile parce que certains corps ont été enlevés par les forces armées et on ne sait pas où ces corps ont été emportés.
Est-ce que ces violences continuent ?
Mardi, les violences ont continué. J’ai appris qu’il y aurait eu deux civils morts en banlieue et que même un membre des forces de sécurité aurait été tué.Il y a des coups de feu sporadiques en haute banlieue. Ce qui est inquiétant, c’est que le peuple qui a tant souffert se dit maintenant il faut aller jusqu’au bout pour en finir avec cette violence, avec cette misère jusqu’à un point de non retour. Et c’est ça le danger. Il faudra prendre les mesures nécessaires pour que cela s’arrête.
Que demandez-vous Ă la junte ?
C’est de respecter les droits de la personne et qu’ils reconnaissent que les Guinéens sont des citoyens qui ont des droits notamment celui de manifester de se rassembler, …et il faut qu’ils respectent ces droits.
Que demandez vous en particulier au chef de la junte ?
C’est d’arrêter la persécution des populations, organiser une commission d’enquête, de conduire devant les juridictions toutes les personnes qui auront été reconnues après enquêtes qu’elles ont commis des crimes pendant ces manifestations. Il faut les juger, parce que c’est l’impunité qui fait que les militaires continuent encore à tuer , après avoir tuer en 2007.Nous demandons aussi que le chef de l’Etat maintienne sa position du début, c’est –à -dire d’être arbitre et non candidat aux prochaines élections présidentielles…
Que demandez-vous à la communauté internationale ?
Avec ces évènements, je pense que c’est très utile que la communauté internationale intervienne et fasse pression sur le pouvoir. Le président Wade du Sénégal avait posé un problème que je trouve intéressant, il s’agit d’une force multinationale en Guinée pour protéger la population guinéenne pour qu’on nous massacre pas encore.
Vous demandez à la CEDEAO d’intervenir...
Oui, nous pensons que c’est utile.
Interview réalisée par Carine Frenk
Source :RFI
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  Rubrique: Interview  date: 30-Sep-2009 ŕ 11:03:41  Partager:   :  |