Detail de la News

François Loucény Fall, président du FUDEC:"Le président Amadou Toumani Touré doit servir d'exemple a





La candidature éventuelle du chef de la junte aux élections présidentielles de janvier prochain, inquiète la classe politique guinéenne.Pour François Loucény Fall, le Capitaine Moussa Dadis Camara doit suivre l'exemple de l'actuel président malien Amadou Toumani Touré.Le président du Front Uni pour la démocratie et le changement(FUDEC), estime que la préservation de la paix sociale en Guinée est à ce prix.Dans cette interview, François Fall revient également sur la position des forces vives, au sujet de la transition actuellement en cours...

L’Indépendant : Pourquoi affirmiez-vous récemment sur RFI que le Capitaine Moussa Dadis Camara ne devrait pas se présenter aux élections présidentielles?

François Louncény Fall : Je dois dire que ceci n’est pas une position personnelle contre le Capitaine Moussa Dadis Camara. C’est une position de logique dans l’intérêt de la République de Guinée. Vous vous souviendrez qu’au lendemain du coup d’Etat du 23 décembre qui l’a porté au pouvoir, le Capitaine Moussa Dadis Camara s’était engagé devant la Nation et devant la Communauté internationale à passer le témoin aux civils au terme de la transition. Je n’étais pas en Guinée mais je sais que cet engagement avait été salué par toutes les forces vives de la Nation. A l’époque, il faut le dire, je travaillais pour les Nations Unies et comme j’aime à le dire, les valeurs des Nations Unies sont en général contre la prise du pouvoir par la force. Mais, arrivé en Guinée où j’ai formé un parti politique, j’ai rallié les Forces vives dont j’ai partagé toutes les valeurs. Donc, je considère qu’il y avait un pacte entre les Forces vives et le CNDD dans la mesure où le CNDD s’était engagé à organiser des élections libres, transparentes et crédibles. Je me suis personnellement réjoui de ce qui allait être une grande première dans l’histoire de la Guinée. J’étais confiant lorsque j’ai vu le Capitaine Moussa Dadis Camara se référer au président A.T.T du Mali qui était son modèle. Au cours des deux rencontres que nous avons eues, je l’ai félicité et encouragé en lui disant qu’il sortirait par la grande porte de l’histoire. Parce que pour la première fois, un homme aurait réussi à mettre la Guinée sur les rails et sur le chemin de la démocratie qui est la seule voie indiquée pour la Guinée après 50 ans d’indépendance. J’ai donc rendu hommage au Capitaine Moussa Dadis Camara. Aujourd’hui, nous assistons à une campagne intense à la Radio et à la Télévision d’Etat pour la candidature du chef de la junte. Je considère que cela est un acte qui conduit à la rupture entre le CNDD et le Forum des Forces vives de Guinée. Ceci constitue aussi un danger pour la Guinée dans la mesure où si les élections se passaient dans les conditions actuelles, il est évident que leur transparence, leur crédibilité et leur justesse seront compromises. Nous savons que toute l’administration locale est entre les mains des militaires. Les gouverneurs et les préfets sont tous des militaires. C’est dire qu’aucune élection transparente n’est possible aujourd’hui. Je m’adresse ici au Capitaine Moussa Dadis Camara qui est patriote. Je l’ai approché et écouté. Je sais qu’il n’a jamais cessé de clamer qu’il aime son pays. Je pense que quand on aime son pays, on doit travailler à l’instauration d’une paix et d’un développement durables. Pour créer les meilleures conditions d’une paix durable, il serait bon que les prochaines élections soient des élections transparentes. Car, quand un Président est mal élu, quand une élection se passe dans de mauvaises conditions, le pays est exposé à de graves dangers. Je crois qu’il n’y a pas lieu de se mentir, la seule solution possible pour la Guinée c’est d’avoir l’alternance démocratique.

C’’est un Capitaine Moussa Dadis Camara presque triomphaliste qui a déclaré, les jours précédents, que les partis politiques avaient perdu le terrain. Partagez-vous cet avis ?

Je ne peux pas faire de commentaire spécial là-dessus. Mais, je reviens de l’intérieur du pays. Je pense que si on permettait aux autres leaders politiques du pays et surtout si la Télévision guinéenne permettait aux leaders politiques de montrer leurs activités à l’intérieur du pays, on se rendrait compte du contraire. Nous savons que ces partis sont bien implantés. Au cours de ma tournée à l’intérieur, j’ai pu constater que le peuple de Guinée aspire à un vrai changement, à une rupture avec les pratiques du passé qui ont donné leurs limites. Le peuple de Guinée veut aller vers la démocratie et le bien être. Je reconnais que le Capitaine Moussa Dadis Camara et le CNDD ont accompli de bonnes choses. Ils ont lutté contre les narcotrafiquants et la gabegie nationale. Ce sont des actions salutaires pour ce pays. Mais, il est temps que le Capitaine Moussa Dadis comprenne que dans l’histoire de ce pays, il pourrait occuper une place importante s’il ne se laissait pas entraîner par les sirènes de ceux qui l’encouragent aujourd’hui à briguer la magistrature suprême. La Communauté internationale et les Forces vives de la Nation n’y sont pas favorables. Ce qui pourrait créer de grosses difficultés pour notre pays. Notre pays qui a déjà traversé des moments très difficiles n’a pas besoin d’autres souffrances.

Il y a deux semaines, les Forces vives ont fait une déclaration invitant le peuple de Guinée à faire échec à toute tentative du Capitaine Moussa Dadis Camara de confisquer le pouvoir. N’est-ce pas un réveil tardif ?


Je ne dirais pas que c’est un réveil tardif. La réalité est que la classe politique a cru pendant très longtemps que le chronogramme qui avait été élaboré par la classe politique et accepté par le CNDD serait mis en œuvre. Mais jusqu’à ce jour, aucune séquence de ce chronogramme n’a été appliquée. Par contre, on voit tous les jours à la Télévision qu’il y a des groupes de soutien au CNDD qui se forment. Ce sont ces sirènes qui sifflent à l’oreille du Capitaine Dadis pour lui demander d’être candidat. Ayant vécu pareilles situations dans d’autres pays, je sais que la Guinée va s’enfoncer profondément dans une crise grave. Cela n’est ni dans l’intérêt du Président Moussa Dadis, ni dans l’intérêt du CNDD et ni dans l’intérêt des partis politiques, ni dans l’intérêt du peuple de Guinée. Ce que nous souhaitons en tant que patriotes, c’est que les Guinéens se ressaisissent. Qu’ils regardent leur avenir. Il faut que les Guinéens se disent que ce n’est pas l’intérêt personnel qui compte. Personnellement, j’ai toujours dit que je suis un leader politique mais je ne dis pas que forcement c’est moi qui dois être le Président de la République de Guinée. Je voudrais que la Guinée trouve un chef d’Etat, un leadership qui soit accepté par tout le monde. Si ce leadership est trouvé, moi-même je m’alignerais derrière lui. Je voudrais que les Guinéens raisonnent de cette manière. Que les Guinéens cessent de penser à eux-mêmes et qu’ils cessent à penser à leurs intérêts souvent égoïstes. Il faut qu’on pense à la Guinée afin qu’on essaye de sortir ce pays de cet état de misère. On doit aller résolument et courageusement vers la démocratie qui est la seule voie d’un développement durable pour notre pays.

A sa conférence de presse tenue à la Case de Belle-Vue, le Capitaine Moussa Dadis Camara a dit que les anciens Premiers ministres, à l'exception de François Louncény Fall, ne s'en sortiront pas après les audits. Il a également nuancé en disant qu'il ne sait pas comment vous avez géré les Affaires étrangères. Quelle réaction cela vous inspire-t-il?


Je dirais simplement qu’en démissionnant de mon poste de Premier ministre, j’avais dit non au pillage de l’économie guinéenne avant le CNDD. J’avais été le premier à constater que l’économie guinéenne était mal gérée. Je l’ai dit dans ma lettre de démission. C’est pour ne pas participer donc à la gabegie nationale que j’ai démissionné. Pour ce qui concerne les audits, je l’ai toujours affirmé, le CNDD peut les poursuivre. L’audit est une manière saine de préparer le terrain pour l’avenir de la Guinée. Les audits peuvent d’ailleurs s’étendre à tout le monde, pas seulement à l’administration. En principe, ces audits doivent toucher aussi l’administration actuelle. Il faut avoir le courage de le dire. Je suis un fervent défenseur de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption et de la mauvaise utilisation des fonds publics. Dans cet esprit, tous ceux qui ont la charge de la gestion d’un pays ont à un moment ou un autre l’obligation de rendre compte de leur gestion au peuple. Donc, lorsqu’on finira avec les anciens membres du gouvernement, il faudra avoir le courage aussi d’auditer l’actuelle administration avant les élections. Je suis convaincu que le pays-là a été pillé au cours des dernières années en raison du système qui était en place et de la maladie du Président Lansana Conté. J’encourage le CNDD de poursuivre dans la voie des audits. Pour ce qui concerne ma gestion aux Affaires Etrangères, je laisse libre cours au CNDD de poursuivre les enquêtes. Je suis en Guinée et je ne bouge pas. J’ai servi ce pays avec la foi et mon cœur. Je l’ai fait sans penser un seul jour me servir avec les biens de l’Etat. Pour preuve, je n’ai jamais accepté de loger dans une maison de fonction durant tout le temps où j’ai assumé les fonctions de ministre des Affaires Etrangères et de Premier ministre.

A sa prise du pouvoir, le Capitaine Moussa Dadis Camara prenait l’exemple sur ATT. Actuellement, c’est le nouveau président mauritanien qui est sa référence. Certains pensent qu’il feint d’ignorer le cas de l’Ivoirien Robert Géï. Craignez-vous un tel scénario en Guinée ?

Je ne souhaite pas un scénario apocalyptique en Guinée. Mais, je voudrais simplement encourager le Capitaine Moussa Dadis Camara à ne suivre que l’exemple d’ATT. C’est cet exemple qu’il avait choisi dès les premiers jours. Ce qui faisait honneur à lui-même et à toute l’armée guinéenne. Je suis convaincu qu’en suivant l’exemple de ATT, il sera un grand homme, il rentrera dans l’histoire. Ceux qui sont en train de l’encourager à imiter Robert Géï de la Côte d’Ivoire ou suivre l’exemple de la Mauritanie sont en train de l’induire en erreur. Le Capitaine Moussa Dadis Camara doit s’entourer d’hommes sages capables de lui dire exactement ce qu’il peut faire pour sauver la Guinée. J’insiste encore une fois sur le cas ATT. Pour moi, ce serait le meilleur exemple pour le Capitaine Moussa Dadis Camara.

Le CNT est devenu l’une des principales pommes de discorde entre le CNDD et les forces vives. Peut-on savoir ce qui s’est passé et pourquoi avez-vous rejeté cet organe dans sa composition actuelle ?

Ce qui s’est passé est très simple. Nous avons négocié avec le CNDD un projet d’ordonnance créant le CNT. Nous nous sommes mis d’accord sur un texte avec un mandat précis et une clef de répartition claire. Le nombre de membres du CNT a été porté 163. Nous nous sommes tous mis d’accord. Mais l’Ordonnance lue à la date du 27 juillet dernier a transformé ce projet d’Ordonnance. On a vu une autre ordonnance signée unilatéralement qui portait le nombre à 244 membres. Il n y a pas eu de consultation de la classe politique autour de ce nombre. Nous considérons que si ce nombre a augmenté et connaissant aussi la campagne qui était en cours nous ne pouvions pas accepter ce CNT. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de le rejeter par ce que nous sommes convenus dès le départ que cette transition devait être consensuelle. Donc, nous ne pouvions pas accepté d’être mis devant le fait accompli. C’est la raison pour laquelle nous avons rejeté le CNT dans sa composition actuelle. Nous voulons qu’on revienne à la composition initiale de 163 membres qui avait été acceptée par nous tous.

Les résultats des travaux de la Commission ad hoc sont l’objet de beaucoup de supputations. Certains ont estimé que cette Commission a outrepassé ses attributions, allant jusqu'à repousser la date des élections. Est-ce que vous pouvez apporter un éclairage sur cette question ?

Personnellement, en tant que leader d’un parti, je peux dire que nous n’avions pas de raison de nous opposer aux conclusions de la Commission ad hoc. C'est pourquoi dans la déclaration des Forces vives, nous avons défendu la position qui consistait à prendre acte des modifications qui avaient été faites par la Commission ad hoc. Le report vers le 31 janvier 2010 pour le premier tour des élections présidentielles a été certainement un tour de main fait par je ne sais qui à l’intérieur de la Commission ad hoc. Mais, étant donné que nos membres faisaient partie de cette Commission, nous n’avions pas de raison de nous y opposer. Il aurait été certainement sage d’avoir le premier tour le 25 et le 31 décembre 2009 pour rester dans le chronogramme. Mais personnellement, je ne désapprouve pas cette date si elle est respectée. D'ailleurs, ce qui est important ce n’est pas la date mais c’est la bonne préparation des élections. Cette fois-ci, il faut que les élections soient bien préparées et quelles soient réussies afin que le résultat soit accepté par tout le monde. Sans cela, nous risquons de retourner en arrière. On n'aura pas connu la rupture avec l’ancien régime. Les deux dernières élections qui ont été mal préparées n’ont pas été acceptées par la population et les partis politiques. Je ne dirais pas que le pouvoir en place était illégitime mais c’était tout comme. Nous ne voulons pas qu’on nous impose encore une nouvelle administration qui serait coupée de la base populaire. Nous voulons un gouvernement du peuple qui est élu par le peuple et qui sera accepté par le peuple. C’est la meilleure manière de conduire les destinées de ce pays.


Interview réalisée
par Talibé Barry
Source :L'Indépendant


  Rubrique: Interview  date: 15-Sep-2009 ŕ 10:32:24  Partager:   :

The Nun'S copyright -- design by Nun'S